Le régime iranien se fissure

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Le régime iranien se fissure

En Iran, la guerre extérieure semble désormais révéler une autre bataille, plus feutrée mais potentiellement plus déstabilisante : celle du pouvoir à l’intérieur même du régime. D’après un rapport publié samedi et fondé sur des sources iraniennes, le président Massoud Pezeshkian serait entré en conflit avec Ahmad Vahidi, chef des Gardiens de la révolution, au sujet de la conduite de la guerre contre les États-Unis et Israël. Au-delà du duel d’hommes, l’affaire met en lumière une question centrale : qui gouverne réellement lorsque le pays s’enfonce dans une crise militaire, économique et sociale de grande ampleur ? Cette interrogation prend encore plus de poids dans un contexte où, depuis le début de la guerre fin février, les Gardiens ont renforcé leur emprise sur les décisions stratégiques.

Selon ce même rapport, Pezeshkian reproche aux Gardiens leur logique d’escalade régionale et la poursuite d’attaques contre des pays voisins, qu’il juge politiquement risquées et économiquement suicidaires. Il aurait averti qu’en l’absence de cessez-le-feu, l’économie iranienne pourrait s’approcher d’un point de rupture en quelques semaines. Le président aurait aussi exigé que les décisions exécutives liées à la guerre reviennent au gouvernement civil, et non à l’appareil militaro-sécuritaire. Refus net, dit-on, d’Ahmad Vahidi. En retour, les Gardiens accusent l’exécutif de ne pas avoir mené les réformes structurelles nécessaires avant l’entrée en guerre. Cette passe d’armes, si elle se confirme, traduit une fracture plus profonde : d’un côté, un président qui semble vouloir limiter la casse ; de l’autre, une institution armée qui paraît décider du rythme, du ton et des priorités. Les signaux récents vont dans ce sens, avec la nomination d’un responsable sécuritaire imposée sous forte pression militaire, signe d’un rééquilibrage du pouvoir au profit des Gardiens.

Cette rivalité éclate au pire moment. L’économie iranienne, déjà exsangue avant la guerre, est décrite comme proche de l’asphyxie. Le rapport évoque des prix alimentaires grimpant parfois de 50 % par rapport à l’avant-guerre, des distributeurs à court de liquidités, des services bancaires perturbés, des usines privées paralysées par le manque de matières premières, ainsi que des salaires et avantages sociaux versés de manière irrégulière depuis plusieurs mois. Sur le terrain, le tableau général va dans le même sens : coupure d’internet prolongée, activité privée en fort recul, commerces fragilisés, emplois menacés et population enfermée dans une économie de survie. Le contraste est saisissant : pendant que le pouvoir se dispute la chaîne de commandement, une partie croissante du pays semble surtout se demander comment payer ses courses, son loyer ou ses médicaments.

Le danger, pour Téhéran, ne tient donc pas seulement aux frappes ou aux revers militaires. Il réside aussi dans l’accumulation des colères. Le rapport affirme qu’une part très importante de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté absolue et que les citoyens approchent d’un seuil de rupture. Cette crainte n’a rien d’abstrait : l’Iran sort déjà d’une vague de manifestations massives et d’une répression particulièrement sévère. Autrement dit, si la guerre a resserré certains réflexes autoritaires, elle a aussi exposé les fissures du régime. Reste à savoir si ces dissensions déboucheront sur un réajustement interne du pouvoir, ou si elles ne feront qu’accentuer l’isolement d’une société déjà épuisée.

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