Le pari risqué de l’Iran dans cette guerre pourrait lui valoir un nouvel ennemi.
Les attaques iraniennes contre les Émirats arabes unis causent des dégâts considérables, et la patience d’Abou Dhabi semble s’épuiser. Même si les États-Unis et Israël détruisent la plupart des missiles, une menace continuera d’inquiéter les États du Golfe jusqu’à ce qu’un nouvel acteur rejoigne la lutte contre les ayatollahs.
par Asher Fredman
L’opération conjointe américano-israélienne contre l’Iran a abouti à un événement que peu auraient pu imaginer à la veille de l’attaque: la République islamique d’Iran a lancé environ 3 000 missiles et drones sur des pays arabes. Pas moins de 1 668 tirs visaient les Émirats arabes unis, un nombre bien supérieur au total des tirs effectués contre Israël.
Abou Dhabi a fermement démenti les informations israéliennes selon lesquelles il aurait frappé une usine de dessalement iranienne en représailles. Pourtant, les questions qui résonnent désormais à travers le Moyen-Orient demeurent les mêmes : pourquoi l’Iran attaque-t-il ses voisins avec une telle intensité ? Et ces pays sont-ils sur le point de riposter militairement ?
L’offensive iranienne dans le Golfe n’est pas irrationnelle. Elle s’inscrit dans une stratégie calculée visant à faire face à la puissance combinée des États-Unis et d’Israël et à survivre au conflit. Les dirigeants de Téhéran savent que les systèmes de défense du pays sont incapables d’enrayer totalement les attaques qu’ils subissent. Ils espèrent donc faire pression sur le président américain Donald Trump pour qu’il mette fin à la guerre avant que le régime ne s’affaiblisse au point de risquer d’être renversé par l’opposition intérieure.
Pour exercer cette pression, l’Iran s’efforce de saper les fondements de ce que l’on pourrait appeler le « modèle du Golfe » : l’image des États du Golfe, menés par les Émirats arabes unis, comme des îlots de stabilité, de prospérité et de richesse énergétique. En perturbant les flux pétroliers et en ciblant des centres d’affaires majeurs, les ayatollahs parient sur le fait que les gouvernements du Golfe feront pression sur Washington pour qu’il mette fin à la guerre prématurément.
Attaque iranienne aux Émirats arabes unis. Photo : AFP
Cette stratégie visant à faire pression sur Trump pour qu’il mette fin à l’opération se manifeste également sur d’autres fronts. Par exemple, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a commencé à reprendre une rhétorique qui semble tout droit sortie des monologues de Tucker Carlson ou de Candace Owens, affirmant que Trump est « induit en erreur » par le Premier ministre Benjamin Netanyahu et qu’il s’agit d’une guerre menée par « Israël d’abord » plutôt que par « l’Amérique d’abord ». L’objectif est clair : susciter l’opposition à la guerre au sein de la base électorale républicaine de Trump.
Pour l’instant, l’Iran semble toutefois échouer sur les deux fronts. Aux États-Unis, les sondages montrent qu’entre 77 % et 84 % des Républicains soutiennent l’opération. Dans le Golfe, malgré les dégâts économiques, les systèmes de défense aérienne ont enregistré des succès impressionnants. Les Émirats arabes unis ont fait état d’un taux d’interception exceptionnel de 99 % pour les missiles et de 94 % pour les drones.
Ce succès a alimenté la fierté nationale aux Émirats arabes unis et renforcé la confiance dans les capacités militaires du pays et sa résilience nationale. L’opinion publique dans les pays du Golfe s’est également considérablement durcie à l’égard de l’Iran.
La question majeure est désormais de savoir dans quelles circonstances, le cas échéant, les Émirats arabes unis riposteront militairement. Abou Dhabi reste prudent, craignant d’être entraîné dans un conflit plus large et incertain de la survie du régime des ayatollahs.
Comme l’a déclaré Anwar Gargash, conseiller principal du président Cheikh Mohammed ben Zayed : « Les Émirats arabes unis sont en état de légitime défense. Toute mesure défensive prise sera publique et transparente. Notre objectif est de mettre fin à cette agression en cours, et non de nous laisser entraîner dans une escalade. »
Pourtant, certains signes indiquent que la patience des Émiratis s’épuise. Le président, le cheikh Mohammed ben Zayed, a envoyé hier un message clair : « Les Émirats arabes unis ont la peau dure et le cœur ferme. Nous ne sommes pas une proie facile. »
Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyan, président des Émirats arabes unis. Photo : Reuters
L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent de forces aériennes modernes et bien entraînées. S’il apparaît clairement que les États-Unis et Israël sont déterminés à aller jusqu’au bout et à renverser le régime des ayatollahs, et si cette détermination se traduit par des frappes soutenues contre les cibles gouvernementales, militaires et de sécurité intérieure iraniennes, les Émirats pourraient décider de se joindre activement à cette campagne.
La probabilité d’une telle action augmente pour une raison : même si les États-Unis et Israël détruisent la majeure partie de l’infrastructure de lancement de missiles iranienne, il sera beaucoup plus difficile d’éliminer totalement les capacités de lancement de drones de Téhéran. Cette menace continuera d’attiser la colère des États du Golfe. Dans un tel scénario, les Émirats arabes unis frapperaient vraisemblablement des cibles militaires clairement définies tout en s’efforçant de minimiser les pertes civiles.
Une telle mesure consoliderait la position d’Abu Dhabi non seulement en tant que puissance économique et énergétique mondiale, mais aussi en tant que force militaire régionale capable de défendre sa souveraineté grâce à des moyens offensifs.
Pour Israël, cela représente une occasion historique d’approfondir la coopération en matière de sécurité et de faire progresser la vision d’une alliance stratégique au Moyen-Orient susceptible de remodeler la région pour les générations à venir.
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