Le pari iranien tourne au désastre
On s’attarde souvent, à juste titre, sur les fautes, les excès et les ambiguïtés de la politique menée par Israël et les États-Unis au Moyen-Orient. Mais l’autre grand acteur du chaos régional, l’Iran, mérite lui aussi d’être jugé à l’aune de ses résultats. Et le constat est sévère. En près d’un demi-siècle, la République islamique a multiplié les slogans, les menaces et les réseaux armés, sans jamais concrétiser ses ambitions proclamées. Elle a surtout laissé derrière elle une longue traînée de ruines.
Depuis 1979, le régime iranien a bâti sa doctrine sur une confrontation permanente : hostilité à Washington, obsession anti-israélienne, rejet des démocraties occidentales jugées corrompues, et soutien assumé à des groupes armés censés incarner une forme de résistance régionale. Cette stratégie n’a pas seulement structuré la diplomatie de Téhéran ; elle a servi de colonne vertébrale idéologique à tout un appareil militaire, dominé par les pasdarans, et projeté bien au-delà de ses frontières.
C’est ainsi qu’a pris forme ce que les dirigeants iraniens ont présenté comme un “axe de la résistance”. Dans les faits, cet ensemble a reposé sur des alliances coûteuses et souvent dévastatrices : le régime Assad en Syrie, le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, les Houthis au Yémen, sans oublier les milices pro-iraniennes en Irak. Chacun de ces relais a été un outil d’influence, mais aussi un foyer supplémentaire d’instabilité. La Syrie a sombré dans la guerre et l’écrasement intérieur. Le Liban a vu son équilibre politique et économique encore davantage défiguré. Gaza a été transformée en base militarisée sous tension permanente. Le Yémen, lui, reste prisonnier d’un conflit interminable.
L’attaque du 7 octobre 2023 a marqué un tournant dramatique. En frappant Israël avec une brutalité extrême, le Hamas a déclenché une riposte massive qui a ravagé Gaza et replacé la logique de guerre totale au centre du jeu régional. L’effet stratégique pour l’Iran apparaît aujourd’hui désastreux. L’État hébreu n’a pas été détruit ; au contraire, la guerre a renforcé sa posture sécuritaire, durci sa doctrine et accentué la pression sur tous les alliés de Téhéran.
Depuis, les revers se sont accumulés. Le régime de Bachar el-Assad, pilier central de l’influence iranienne au Levant, a chuté fin 2024. Le Hezbollah, malgré sa capacité de nuisance intacte, a subi de lourdes pertes et le Liban continue d’en payer le prix. Les Houthis restent capables de frapper, mais ils sont visés par des opérations militaires et des sanctions répétées. En Irak même, plusieurs groupes proches de Téhéran hésitent désormais à s’aligner aveuglément sur ses choix.
Le plus grave, pour la République islamique, est peut-être intérieur. Son aventure régionale n’a pas apporté la grandeur promise au peuple iranien, mais l’isolement, les sanctions, la peur et l’épuisement. Les contestations internes, la crise de légitimité du régime et l’affaiblissement de son réseau régional montrent une vérité simple : une stratégie fondée sur le fanatisme, la milice et la surenchère peut durer longtemps, mais elle finit souvent par se retourner contre ceux qui l’ont conçue.
Au fond, la politique iranienne au Moyen-Orient ressemble de plus en plus à une impasse historique. Non pas une démonstration de puissance, mais un pari idéologique ruineux qui a détruit des sociétés entières sans offrir à Téhéran la victoire qu’il promettait.
Jérémie de Jforum.fr
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