Le pacte de sécurité entre Israël et la Syrie
Un pas discret mais potentiellement structurant vient d’être franchi entre Israël, la Syrie et les États-Unis. Les trois parties se sont accordées sur la création d’un « mécanisme de fusion » conjoint, présenté comme une cellule permanente de communication. L’objectif affiché est double : réduire les risques de dérapage militaire le long d’une frontière particulièrement volatile, et instaurer un canal stable pour traiter, au fil de l’eau, des sujets sensibles allant du renseignement à la diplomatie, sans oublier des volets plus inattendus comme certains dossiers commerciaux.
Selon les éléments rendus publics, l’arrangement a été entériné après une série d’échanges tenus à Paris entre délégations israélienne et syrienne, sous supervision américaine. Le dispositif doit fonctionner comme une plateforme de coordination : partage d’informations, clarification rapide en cas d’incident, et messages de désescalade lorsqu’une opération militaire, un mouvement de troupes ou une frappe risque d’être mal interprété. Dans une région où la méfiance est structurelle, l’enjeu central est de limiter les “malentendus” qui, parfois, deviennent des escalades.
La composition des délégations illustre le niveau de sérieux accordé à ces discussions. Côté israélien, la délégation comprenait l’ambassadeur à Washington Yechiel Leiter, le secrétaire militaire du Premier ministre Roman Gofman et le responsable par intérim du Conseil national de sécurité Gil Reich. Côté syrien, étaient présents le ministre des Affaires étrangères Assad (Asaad) al-Chaibani ainsi que le chef des renseignements Hussein Salameh. Les Américains, enfin, se positionnent comme arbitres et facilitateurs : ils entendent superviser le mécanisme et trancher rapidement les différends pour empêcher l’enkystement des crises.
Derrière cette mécanique de coordination, une idée plus ambitieuse affleure : arrimer la discussion sécuritaire à des bénéfices concrets, y compris civils. Il a ainsi été question d’ouvrir des pourparlers dans des domaines non militaires — médecine, énergie, agriculture — afin de tester une coopération pragmatique, limitée, mais susceptible de créer des habitudes de travail. Dans le même esprit, les médiateurs américains auraient évoqué la possibilité d’une zone économique démilitarisée de part et d’autre de la frontière, qui servirait à la fois de tampon de sécurité et de projet incitatif (infrastructures, agriculture, énergie), sans qu’un calendrier précis n’ait été annoncé.
Ce mouvement intervient dans un contexte syrien bouleversé. Depuis la chute de Bachar el-Assad en décembre 2024 et l’arrivée d’un pouvoir intérimaire à Damas, la Syrie cherche à réaffirmer sa souveraineté, tandis qu’Israël maintient une posture de vigilance maximale. Les discussions portent notamment sur la remise en route d’un cadre ancien : l’accord de désengagement de 1974, censé organiser une zone tampon surveillée par l’ONU. Damas réclame un retour aux lignes antérieures à décembre 2024 et la fin des incursions et frappes israéliennes ; Israël, de son côté, insiste sur des garanties de sécurité robustes, incluant la démilitarisation de certaines zones au sud-ouest syrien et la protection des minorités.
Reste la question décisive : ce « mécanisme de fusion » est-il un simple canal de gestion de crise, ou le début d’une architecture plus large ? À ce stade, il ressemble surtout à une assurance anti-accident : parler vite, clarifier, et éviter l’engrenage. Mais s’il s’accompagne de mesures vérifiables — gel d’activités militaires, règles de transparence, étapes de retrait ou de redéploiement — il pourrait devenir un outil de stabilisation durable. Dans une relation historiquement hostile, la réussite se jouera moins sur les déclarations que sur la capacité à tenir, semaine après semaine, un fil de communication opérationnel.
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