Le Grand rabbin achkenaze : « Si le compromis du Mur s’applique, Kaplan paraîtra dérisoire face à ce qui s’y passera »

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Le Grand rabbin achkenaze, Kalman Meir Bar, explique comment mettre la politique de côté, pourquoi il est crucial d’inclure tous les secteurs et cultures sous un même chapeau, et pourquoi même des pilotes totalement athées disent le « Chema’ Israël » avant de frapper l’Iran.

Ma’ariv – Sarie Makover-Belikov 

Depuis toujours, et particulièrement ces dernières années, l’institution du Grand rabbinat a été sectorielle. Un rabbin avec une kippa tricotée était identifié au public sioniste-religieux, un rabbin avec une kippa noire était perçu comme représentant le monde orthodoxe (‘harédi), et le Grand rabbin sefarade comme le délégué naturel de la population religieuse orientale. C’est peut-être pour cela que le choix de l’actuel Grand rabbin ashkenaze, le rav Kalman Meir Bar, en a surpris plus d’un : d’une manière rafraîchissante, l’homme englobe plusieurs secteurs et cultures, bien que son chapeau soit noir et son vêtement celui d’un orthodoxe classique. « Je suis à la fois ‘hassidique, lituanien, ancien de l’armée (Hesder), de Bené Brak, de Netanya et de Jérusalem », dit-il de lui-même avec un clin d’œil.

Né dans une lignée de rabbins ‘hassidiques, il a étudié dans des yechivoth du courant sioniste-religieux. Il a grandi à Yad Eliyahu, au sud de Tel-Aviv, au contact naturel du public laïc, a servi comme combattant dans la brigade Na’hal, a été enseignant à la yechiva de Kerem B’Yavneh puis Grand rabbin de Netanya. Malgré son passé militaire, ce sont les représentants du parti orthodoxe Degel HaTora qui ont soutenu sa candidature. « Ma personnalité est plurielle », admet le rav Bar.

Est-ce un avantage ou une source de confusion ? « C’est une mosaïque où les pièces ne se contredisent pas, mais forment un tout. C’est la différence entre une stèle et un autel. Celui qui pense qu’il n’y a qu’une seule voie pour servir D’ et qu’il détient toute la vérité est une stèle. Un homme, surtout un rabbin, doit être un autel : accueillir les différentes approches. »

C’est ce que vous ressentez ? « Oui. Ma personnalité est faite de mon histoire, ce qui m’aide à me connecter partout. Je peux être le même jour chez un orthodoxe, un laïc, un juif d’origine orientale ou ashkenaze sans rien changer à mes habitudes. Je ne ressens aucune contradiction, seulement de l’amour et de l’unité. Un Grand rabbin doit être trans-sectoriel. »

Peut-il être politique ? « Non. Il est interdit à un rabbin de parler de politique. Dès qu’on entre en politique, on s’attache à une ligne précise et l’on perd tous ceux qui s’y opposent. »


L’élection et les coulisses

Beaucoup ont été surpris de voir le rav Kalman Meir Bar, rabbin de Netanya, occuper ce poste prestigieux. En coulisses, l’élection a été marquée par les manœuvres d’Aryeh Deri et de Bezalel Smotrich. Le processus s’est transformé en un vote de protestation des dirigeants de Degel HaTora contre les candidats proposés par le ministre des Finances et le président du Shas.

« Je dois vous dire que le soutien a été unanime, des plus orthodoxes aux membres de Mercaz HaRav (sionisme-religieux). J’étais même en excellent contact avec Yulia Malinovsky du parti Israël Beytenou », précise-t-il.

Pourquoi le Shas ne vous a-t-il pas soutenu alors ? « Parce qu’ils avaient un accord (un « deal ») avec Smotrich. Mais aujourd’hui, cela ne m’intéresse plus. Je suis le rabbin de tous. Dès l’instant où j’ai été élu, j’ai déchiré ma carte de membre imaginaire. »


L’armée et le monde orthodoxe

Vous avez fait votre service militaire et de nombreuses années de réserve. Aujourd’hui, les partis orthodoxes promeuvent l’exemption au nom de l’étude de la Tora. « Je le dis clairement : nous sommes pour l’étude de la Tora. Celui qui s’assoit et étudie, c’est parfait à mes yeux, car je crois que l’étude protège le peuple d’Israël. »

Ne peut-on pas étudier ET servir ? La Tora dit que pour une « guerre obligatoire », tout le monde sort. « Il faut trouver une formule qui convienne à la fois aux étudiants de la Tora et aux besoins de l’armée. Je peux vous confier que le Grand rabbin sefarade et moi-même travaillons en coulisses pour arriver à une solution qui satisfasse les deux parties. »


L’éveil spirituel et la guerre

Pensez-vous que le public laïc s’éloigne de la religion ? « Je ne suis pas d’accord. Israël ne s’éloigne pas de la religion. Au contraire, suite à la guerre, beaucoup de jeunes cherchent à se reconnecter à leurs racines, que ce soit par le port des tsitsioth ou les tefilines. »

De quoi parlez-vous avec eux ? « De judaïsme. De Bible. Du peuple élu. J’étais récemment dans une localité près de Gaza, il n’y a pas une seule famille religieuse là-bas, mais les habitants m’ont demandé de leur installer un bain rituel (Mikvé). Pour eux, c’est une question de connexion aux racines, pas de contrainte. »

Il raconte ensuite une anecdote marquante : « Un mois après le début de la guerre « Épées de Fer », j’ai visité les localités dévastées. Un homme, athée convaincu, m’a dit : « Avant le 7 octobre, je t’aurais montré la porte. Maintenant, je veux un câlin et un selfie. Je vois ce que vous, les religieux, faites ici pour le public laïc, et c’est plus fort que n’importe quel slogan. Cela me prouve que nous sommes frères. » »

Le rav Bar évoque aussi l’opération « Peuple comme un Lion » (contre l’Iran) : « Les pilotes se sont entraînés chaque jour. Le matin où l’ordre a été donné, l’officier d’armement m’a dit avoir su que c’était le moment car il a vu les pilotes mettre la main sur leurs yeux et dire Chema’ Israël. »


Le Mur des Lamentations et le statut quo

Quelle est votre position sur le compromis du Mur (l’esplanade mixte) ? « Le Mur est un lieu de prière, pas de dispute. La Cour Suprême (Bagatz) n’a pas le droit de s’ingérer dans ce sujet. Si les juges changent les règles, le Mur deviendra un lieu de manifestations permanentes. Kaplan (lieu des manifestations politiques à Tel-Aviv) paraîtra dérisoire face à ce qui s’y passera. Je demande aux juges : s’il vous plaît, regardez les conséquences. Gardez le Mur comme un lieu de prière, pas de conflit. »

Et concernant les transports publics le Chabbath ? « Nous sommes pour les droits individuels, mais en tant qu’État, nous devons préserver le caractère juif. L’espace public doit rester juif. C’est l’une de nos racines. Cela me fait mal de voir des maires organiser des transports le Chabbath, c’est du populisme. Celui qui veut se déplacer trouvera toujours des solutions privées, mais l’espace public appartient à l’État juif. »


Le mot de la fin

Quelle est la question de foi la plus difficile que vous vous soyez posée ? « La foi n’est pas quelque chose que l’on mesure avec l’intellect. Là où l’intelligence s’arrête, la foi commence. Quand j’étais jeune, je ne comprenais pas les actions de D’ et je Lui faisais sans cesse des suggestions. En grandissant, j’ai compris que D’ S’en sort très bien sans mes conseils… »

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