Le conflit change d’échelle en Iran
Le conflit israélo-iranien a changé de nature. Selon des données récentes de l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED), les frappes menées ces derniers jours par Israël et les États-Unis ont été plus intenses et plus étendues géographiquement que lors de la « guerre des 12 jours » de juin 2025. Là où, à l’époque, certaines zones du sud-ouest iranien avaient été relativement épargnées dans les premières phases, les opérations actuelles ont pénétré profondément dans des provinces stratégiques comme Hormozgan, le Sistan-et-Baloutchistan et le Khuzestan.
Ce changement d’ampleur s’accompagne d’une évolution tactique. En juin, Téhéran avait concentré ses représailles quasi exclusivement sur Israël. Désormais, la riposte s’étend à l’ensemble du Golfe et aux installations américaines régionales. Pour la directrice d’ACLED, Clionadh Raleigh, le risque d’une escalade rapide l’emporte sur celui d’une lente détérioration. Elle souligne que la fragmentation de la chaîne de commandement iranienne et l’affaiblissement des structures dirigeantes pourraient provoquer un chaos interne, tout en déstabilisant les équilibres régionaux.
La dimension politique est tout aussi déterminante. Contrairement à juin, où la logique affichée relevait principalement de la dissuasion, les déclarations récentes laissent entendre que Washington et Jérusalem envisagent désormais un affaiblissement structurel du régime, voire un changement en son sein. Cette perspective place les civils au cœur du risque et fragilise davantage les alliances régionales, déjà mises à l’épreuve par l’extension des frappes et l’implication de réseaux de mandataires.
Sur le plan militaire, des analystes notent que Téhéran pourrait faire face à une pénurie de munitions et de lanceurs, limitant sa capacité à soutenir un conflit prolongé. L’extension des attaques vers des pays voisins serait, selon certains chercheurs, une tentative risquée de contraindre les États-Unis à limiter leur engagement. Mais cette stratégie pourrait se retourner contre l’Iran si des États du Golfe choisissaient de s’impliquer plus directement.
Le décès de l’ayatollah Ali Khamenei a ouvert une séquence inédite. L’ancien président du Parlement Ali Larijani, figure influente et fidèle de longue date au système, a annoncé la création d’un conseil de direction provisoire pour combler le vide du pouvoir. Toutefois, la Constitution iranienne impose la désignation d’un Guide suprême, et l’organisation d’une assemblée religieuse dans un contexte de frappes et de risques sécuritaires majeurs demeure problématique. Plus le pays reste sans Guide officiellement désigné, plus la perception de faiblesse institutionnelle peut croître.
Des estimations citées récemment suggèrent qu’une majorité significative d’Iraniens souhaiterait un changement politique, même si l’opposition reste largement non structurée. La mort de Khamenei aurait été célébrée publiquement dans certaines villes, phénomène rare sous un régime caractérisé par une répression sévère. Toutefois, un black-out internet limite fortement la circulation d’informations indépendantes, laissant le discours officiel dominer l’espace médiatique.
L’hypothèse d’un retour du prince en exil Reza Pahlavi est régulièrement évoquée dans certains cercles occidentaux. Mais plusieurs experts doutent de sa capacité à incarner une alternative réaliste à court terme. Le scénario le plus probable, selon eux, serait plutôt une recomposition interne : un dirigeant issu du régime — civil ou issu des Gardiens de la révolution — pourrait chercher à conclure un compromis international afin d’éviter l’effondrement total.
Comparée à juin 2025, la guerre actuelle apparaît plus large, plus profonde et plus directement liée à la survie même du système iranien. Si certains anticipent une durée similaire au précédent conflit, la dynamique interne du pouvoir et la pression régionale rendent l’issue bien plus incertaine. Entre fragmentation politique, risques de soulèvements et négociations potentielles, la confrontation dépasse désormais la seule logique militaire pour toucher au cœur de l’architecture du régime.
Jérémie de Jforum.fr
Similaire
La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.
La source de cet article se trouve sur ce site

