Le 7 octobre, l’aviation a regardé ailleurs

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Le 7 octobre, l’aviation a regardé ailleurs

Depuis l’attaque du 7 octobre, une question hante l’opinion israélienne : où était l’armée de l’air durant ces heures décisives ? Un rapport interne conduit par le sous-général (rés.) Oren Solomon, enquêteur de la division de Gaza, apporte un éclairage brutal sur cette journée, en décrivant une chaîne de défaillances, d’alertes non exploitées et de décisions stratégiques mal orientées.

Tout commence dans la nuit du 6 au 7 octobre. Selon l’enquête, l’armée de l’air reçoit des renseignements indiquant une activité inhabituelle du Hamas. Le fameux « téléphone rouge » sonne, les officiers répondent « compris », puis plus rien : aucune véritable évaluation de situation n’est organisée, aucune procédure opérationnelle n’est déclenchée. Les signaux d’alerte sont traités comme un bruit de fond, pas comme les prémices d’une offensive majeure.

Au cœur de cette nuit, vers 2h30, une jeune officière de permanence dans la cellule d’alerte remarque que les informations en provenance du renseignement indiquent une préparation du Hamas. Elle tente d’en savoir plus : près d’une cinquantaine d’appels sont passés au renseignement militaire et à l’unité 8200 pour obtenir des détails. En vain. On lui répond qu’elle n’est pas habilitée à recevoir certains documents, qu’« on va vérifier ». Au final, rien n’est transmis et aucune décision d’élévation d’alerte n’est prise. Pour Solomon, cette scène concentre le problème : une armée compartimentée, où la circulation de l’information est entravée au moment précis où elle devrait être la plus fluide.

À 4h00 du matin, le chef d’état-major Herzi Halevi tient une évaluation de situation. D’après le rapport, il écarte quasiment l’hypothèse d’une offensive aérienne du Hamas, sans même consulter le commandant de l’armée de l’air, qui n’est pas convié à la discussion. Quelques heures plus tard, la réalité contredit cette analyse : des dizaines de drones explosifs frappent des positions israéliennes, détruisent la majorité des tours d’observation et aveuglent environ 80 % des moyens de surveillance le long de la frontière. Dans le même temps, des terroristes atteignent Israël en parapente motorisé.

Les enquêtes publiées depuis montrent que l’aviation se trouvait, ce matin-là, dans un état de préparation minimal, avec très peu d’appareils prêts à décoller immédiatement et un seul drone survolant Gaza, dont les images n’ont pas été interprétées à temps. Cette faiblesse structurelle a prolongé le délai entre les premières alertes et une réaction aérienne adaptée.

À 6h43, la division de Gaza déclenche l’alerte « invasion » : il ne s’agit plus d’incursions limitées mais d’une attaque de grande ampleur. Pourtant, conformément aux ordres reçus, l’armée de l’air concentre ses frappes sur des cibles souterraines pré-planifiées, là où personne ne se trouve, tandis que des milliers de terroristes franchissent la barrière. Moins d’une demi-heure après le début de l’offensive, des informations précises font état de deux infiltrations massives à travers la clôture, mais ces données ne se traduisent pas en missions immédiates contre les assaillants.

Vers 6h53, un officier d’état-major de la division de Gaza signale au centre de contrôle aérien « plusieurs raids simultanés » le long de la barrière et demande la confirmation qu’une politique de feu élargie est en vigueur. La réponse est un « reçu à 100 % ». Pourtant, aucune frappe n’est ordonnée sur les axes d’infiltration, et le commandement Sud ne modifie pas ses priorités.

La raison principale, selon Solomon, tient à l’opération « Épée de Damoclès » : un plan de frappes préparé à l’avance contre des centres de commandement du Hamas en profondeur dans la bande de Gaza. À 7h10, l’ordre est donné de lancer cette opération. Des dizaines d’avions restent alors au sol pendant près de trois heures, le temps de finaliser la planification. Ce n’est qu’à 10h30 qu’ils décollent pour frapper leurs objectifs… loin des kibbutzim attaqués et des villages envahis.

Pendant ce temps, les axes de pénétration ne sont toujours pas pris pour cible. Certains groupes terroristes auraient réussi à effectuer plusieurs allers-retours entre Gaza et le territoire israélien. D’autres appareils sont mobilisés pour une opération séparée contre les stocks de roquettes du Hamas ou pour protéger l’espace aérien national, au détriment d’un soutien immédiat aux forces au sol débordées.

Peu avant 10h00, le commandant de l’armée de l’air, le général Tomer Bar, ordonne enfin de concentrer les efforts sur la barrière. Mais cet ordre ne se traduit sur le terrain qu’aux alentours de midi. Un officier de frappe du commandement Sud résumera plus tard ce moment par une phrase devenue symbole de l’échec : « Nous n’avons compris qu’à 10h00 qu’il fallait attaquer la barrière. Trop tard. »

Ces révélations s’ajoutent à d’autres enquêtes internes sur la gestion du 7 octobre, qui pointent des problèmes similaires : manque de coordination entre unités, sous-estimation du risque et rigidité d’un commandement trop centralisé. Ensemble, elles nourrissent en Israël un débat profond, non pas sur la légitimité de la riposte, mais sur la capacité du système militaire à voir, comprendre et agir assez vite pour empêcher qu’un tel désastre ne se reproduise.

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