L’avenir de l’Iran ?

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M. Prasquier – Radio J

La mort de Khamenei et d’une grande partie des responsables du régime dans ce qui restera dans l’histoire comme un fantastique succès du renseignement, du commandement, de la technologie et du professionnalisme israéliens n’a cependant pas anéanti le potentiel de nuisance de la dictature iranienne et ne l’a pas entièrement décapitée.

Sur le plan militaire, la chaîne de commande des pasdaran est décentralisée, ce qui laisse une autonomie d’action aux directions régionales. Dans un pays trois fois grand comme la France, cela implique  que le travail d’éradication militaire entrepris par les américano-israéliens risque d’être long mais aussi que les initiatives de commandants locaux expliquent peut-être des décisions incompréhensibles. Bombarder des pays arabes alliés ou neutres avec l’idée que ces pays demanderont aux Américains d’arrêter la guerre, Israël n’aurait pas pu rêver d’une décision aussi absurde. Mais il se peut que la faible répercussion de  l’assassinat en 48 heures de dizaines de milliers de manifestants désarmés ait entrainé les mollahs dans un sentiment d’omnipotence…..

Sur le plan institutionnel, à la mort du Guide le samedi 28 février fait suite un triumvirat intérimaire  en accord avec la constitution. Mais dès mardi, ce triumvirat devait céder la place à Mojtada, fils de Ali Khamenei, élu par l’Assemblée des experts. Cette nomination n’était pas officiellement confirmée le mercredi 4 mars au soir.

 Mojtada n’est qu’un clerc de rang moyen alors que la loi impose que la place de maître absolu du pays soit attribuée à un dignitaire religieux de haut niveau. Ce problème s’était posé en 1989 avec son père, qui à l’époque du Shah avait passé plus de temps en prison que dans une université religieuse. Il devait son élection à une alliance avec le rusé Rasfandjani qui sut convaincre l’Assemblée des Experts d’assouplir ses critères pour barrer la route au successeur désigné, l’Ayatollah Montazeri, qui s’était permis de dénoncer les énormes massacres dans les prisons quelques mois auparavant.

Une fois nommé Guide Suprême, Khamenei a marginalisé Rafsandjani. Il s’est fait attribuer le titre d’Ayatollah puis l’appellation de Marja et Source d’imitation, censée lui conférer un prestige équivalent à celui de Ali Sistani de Najaf, considéré comme la plus grande autorité religieuse du chiisme duodécimain.

Le vieux Sistani, qui s’était pourtant toujours opposé à la doctrine de Khomeini de tutelle absolue du juriste religieux sur le politique, velayat e faqih, a reconnu le caractère de martyre à la mort de Khamenei. Les familles des innombrables victimes de ce dernier apprécieront….

Les faibles compétences de Mojtada sont passées au second rang, alors que d’autres candidats, tel Alireza Arefi, membre du triumvirat, ou le petit-fils de Khomeini avaient un pedigree religieux plus fourni. En revanche, l’insubmersible Ali Larijani ne pouvait pas postuler car il n’est pas un clerc. Apprécié  par certains occidentaux qui le considèrent comme un politicien influent, cultivé et réaliste, il a couvert et parfois encouragé tous les crimes d’un régime où il a par ailleurs beaucoup d’ennemis.

Mojtada porte un turban noir, il descend donc du prophète et son absence à la réunion au cours de laquelle son père a été tué passera pour un miracle signant la bienveillance à son égard de l’imam caché.

La rapidité avec laquelle l’Assemblée des experts l’a choisi indique la pression des Pasdaran, les Gardiens de la Révolution. Ceux-ci sont en effet ses partenaires dans la mise en coupe réglée de l’économie iranienne.

C’est le Guide Suprême et lui seul qui dispose des biens confisqués après la révolution de 1979. Ce gigantesque conglomérat, évalué à près de 200 milliards de dollars, fait de la famille Khamenei l’une des plus riches du monde. Dans un Iran dont la population vit dans la misère, ces richesses servent, sous couvert d’un discours religieux, guerrier, messianique, violemment anti-occidental et prônant ouvertement l’annihilation d’Israel, à consacrer aux activités militaires, au soutien des proxies et à une charité intéressée des sommes considérables.

Les pasdaran profitent de leur mainmise sur des ressources énergétiques devenues difficiles à exporter du fait des sanctions internationales pour se livrer à un juteux trafic de minage de bitcoins. Grâce aux machines énergivores d’analyse cryptographique,  l’embargo a transformé à leur profit l’électricité issue de gaz ou de pétrole en actifs numériques liquides. Nul doute que Mojtada Khamenei connait ces mécanismes mieux que la jurisprudence religieuse.

Soutenu par de tels profiteurs, par les militants fanatiques et les familles pauvres à qui les fils enrôlés dans les bassidji ouvrent une promotion sociale, le régime ne s’effondrera que par une guerre. J’ai du mal à comprendre comment des hommes politiques sincères peuvent vitupérer les violations du droit international, promouvoir le retour à la table des négociations et exciper du risque de chaos pour appeler, in fine, à faire confiance à une ONU gangrenée et inefficace.

Je me demande comment les mêmes auraient réagi en juin 40 et plus tard aux tentatives de paix séparée des nazis. Je pense à la photo d’Emmanuel Macron, à son sourire un peu crispé avec le président iranien feu Ebrahim Raissi, protégé de Ali Khamenei et auteur principal des massacres de 1988. A quoi bon parler à un tel homme qui ne connait que les rapports de force ?

Le régime des mollahs est une honte absolue et un danger  pour Israël mais aussi pour le monde démocratique et laïc. Tout accommodement est une illusion. Le peuple iranien n’a pas aujourd’hui les moyens, on l’a vu en janvier, de renverser seul une dictature aussi féroce.

Aider ce peuple, c’est nous aider nous-mêmes. Se limiter aux bons sentiments et aux belles paroles relève de l’aveuglement et devient une obscénité.

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