Les régimes sont déstabilisés mais maintenus en place, les écosystèmes djihadistes sont affaiblis mais non démantelés. Des figures recyclées, issues du même moule idéologique, sont présentées comme des partenaires. Il en résulte malheureusement des guerres à moitié terminées, présentées comme des solutions judicieuses.
En Syrie… Ahmed al-Sharaa, connu sous son ancienne identité d’Abu Mohammad al-Julani — un homme autrefois affilié à Al-Qaïda et dont la tête était depuis longtemps mise à prix par les Américains pour 10 millions de dollars — a été accueilli à la Maison Blanche le 10 novembre 2025 et, dans ce qui a été présenté comme une ouverture diplomatique historique, a été publiquement décrit par Trump comme un « dirigeant fort ».
Légitimer ensuite ces terroristes sous le prétexte commode d’une conversion idéologique n’est pas seulement contradictoire ; cela signifie pour toute la région que le temps et la patience suffisent à venir à bout de la détermination occidentale.
Les idéologies ne disparaissent pas simplement lorsque leurs représentants adoptent les codes de la diplomatie. Ils se contentent d’enfiler costumes et cravates, de se préparer à dire ce que les dirigeants occidentaux veulent entendre et de réintégrer la scène internationale grâce à une légitimité conférée par ceux-là mêmes qui cherchaient à les éradiquer. L’ancien chef des services de renseignement roumains, Ion Mihai Pacepa, qui a fait défection du bloc soviétique vers l’Occident en 1978, écrivait déjà en 2003 : « En mars 1978, j’ai secrètement emmené Arafat à Bucarest pour lui donner les dernières instructions sur la manière de se comporter à Washington ». « Il vous suffit de continuer à faire semblant de rompre avec le terrorisme et de reconnaître Israël, encore et encore », lui répétait Ceaușescu pour la énième fois. Ceaușescu était euphorique à l’idée qu’Arafat et lui puissent décrocher le prix Nobel de la paix grâce à leurs vaines démonstrations de paix.
Le principal défaut qui continue de miner la politique occidentale semble être l’illusion selon laquelle éliminer les individus équivaut à démanteler le système qui les produit.
La position de Trump semble tiraillée entre deux prémisses incompatibles. D’un côté, il reconnaît clairement l’hostilité intrinsèque du régime iranien, animé par une vision expansionniste ancrée dans une théologie qui privilégie le martyre au détriment du compromis et la confrontation à la coexistence.
De l’autre, il manifeste une tentation récurrente : celle d’explorer le dialogue avec des éléments prétendument « moins radicaux » au sein de ce même système, comme si l’extrémisme était une question de degré plutôt qu’un principe fondamental. Cette ambiguïté constitue une faille stratégique.
Tant que le Corps des gardiens de la révolution islamique, la hiérarchie cléricale et l’infrastructure idéologique iranienne demeurent intacts, toute figure présentée comme modérée évolue dans un cadre qui empêche toute véritable transformation. Ce qui apparaît comme une modération aux yeux des observateurs occidentaux fonctionne souvent comme une adaptation tactique au sein d’un système idéologique inchangé.
Dans ce contexte, les demi-mesures représentent la voie la plus dangereuse qui soit. Elles associent les coûts de l’intervention à l’échec de la retenue: déstabiliser les adversaires sans les empêcher de se reconstruire et, ce faisant, renforcer souvent les dynamiques mêmes que les partisans des demi-mesures cherchaient à contenir.
Si l’objectif est véritablement de modifier les dynamiques qui perpétuent un conflit — de démanteler les régimes et les cadres idéologiques qui exportent l’instabilité dans toute la région —, alors les mesures partielles sont indiscernables d’un échec.
Les électeurs américains, surtout à l’approche des élections de mi-mandat, sont peu susceptibles de s’intéresser aux subtilités des manœuvres diplomatiques ou aux complexités de la guerre par procuration.
Leur jugement se fondera sur les résultats visibles : sur la cohérence entre les objectifs déclarés et les résultats concrets.
Dans cette optique, une stratégie qui sème la perturbation sans apporter de solution risque d’être perçue non comme de la prudence, mais comme un abandon de mission, une simple défection à l’américaine.
Il ne saurait y avoir de réhabilitation des djihadistes sous de nouvelles étiquettes, ni de recours à d’hypothétiques « modérés » au sein des systèmes révolutionnaires, ni d’acceptation de résultats partiels en lieu et place d’un changement structurel.
Toute autre attitude ne ferait que perpétuer les mêmes menaces, reformulées et renforcées, pour le prochain conflit.
Pierre Rehov, diplômé en droit de Paris-Assas, est un journaliste, romancier et documentariste français. Il est l’auteur de six romans, dont « Au-delà des lignes rouges », « Le Troisième Testament » et « L’Éden rouge », traduit du français. Son dernier essai sur les suites du massacre du 7 octobre, « 7 octobre – La riposte », a figuré parmi les meilleures ventes en France.
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(Source de l’image : Donald Trump/Truth Social/Wikimedia Commons)
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