5/03/2026
LA PROVIDENCE DIVINE
Au centre des préoccupations de l’âme religieuse
Maurice-Ruben HAYOUN
Commençons par une remarque philologique: en hébreu le même terme – Hashgaha – est utilisé pour dire la surveillance, le contrôle et la providence divine, ce qui constitue un rapprochement et un voisinage étonnant !
Il faut savoir comment on se représente l’univers qui nous entoure, le mot qui signifie Providence, c’est-à-dire Protection, conscience d’être l’objet d’un désir d’une quiétude et ne laisse pas indifférent l’être humain que nous sommes !
La question qui se cache derrière cette approche est la suivante : Est-ce que Dieu continue de se soucier de sa création ? Quand on voit les dérapages effrayants, il est permis d’en douter !
Dieu est censé avoir produit l’univers et l’homme auquel il a soumis tous les autres règnes, mais depuis, a-t-il tenté de le faire ?
En d’autres termes, Dieu se sent-il concerné par ce qui est arrivé ici-bas ? Et on peut se demander s’Il porte atteinte à la liberté de l’homme, s’il venait à agir directement.
Kant nous explique que si le monde venait à disparaître, le droit n’en continuerait pas moins d’exister, par la force de son essence.
Faut-il le croire ? Et que viendrait faire la providence divine dans toute cette affaire ?
Il est des sujets dont la nature religieuse est inévacuable et conduit à les traiter au plan métaphysique, on pourrait donner quelques exemples d’une inaction divine particulièrement scandaleuse au grand dam des sophistes qui confondent par leur action médecins et rebouteux.
On le voit, la philosophie n’a pas fini de se confronter à des thèmes, des notions et des concepts.
Croire en la providence divine, c’est croire à une intelligence cosmique, réparatrice des injustices et prometteuse d’un avenir meilleur, et cela présuppose une foi solide en l’avenir.
Il est temps à présent de raccrocher ces déclarations générales à quelques exemples concrets tirés de la littérature biblique ou de son environnement idéologique.
Je vais donc interpréter un verset du deutéronome et un récit talmudique relatant l’exclusion et la mise à l’écart d’un grand sage auquel on a même jugé bon de retirer son appellation statutaire, le désignant comme un sage Rabbi Elisha (Elysée) Ben Abouya.
De quoi s’agit-il ? Nous parlons de la providence divine et de la régularité de ses actions sur terre. Et voilà que ce sage exclu assiste à une scène religieusement révoltante ! Le Talmud fait la mise en scène suivante, qui est évidemment imaginaire, alors qu’il se rend à l’académie pour étudier la Thora de Dieu, voici qu’un jeune enfant, attiré par un nid d’oiseau, tombe d’une échelle et meurt sous les yeux du sage !
Elicha Ben Abouya juge ce spectacle insupportable, il lui vient à l’esprit un verset du deutéronome qui juge de cette affaire : À savoir, comment réagir face à un nid d’oiseau qui croise votre chemin ?
« Si par hasard, tu te retrouves face à un nid d’oiseau, chasse la mère et garde les oisillons pour toi »
Il faut bien comprendre que si l’enfant est tombé de l’échelle, c’est parce qu’il voulait accomplir un commandement de la Thora !
Elisha s’écrie : C’est donc cela la Thora ?
Et c’est ainsi que l’on récompense ceux qui la pratiquent et ceux qui la respectent ?
Il est question ici de la condamnation du dualisme et du gnosticisme : Il y a un Dieu bon et un Dieu mauvais et méchant qui s’oppose à la création, tout ce qui ne marche au monde est de sa faute !
Cela nous permet de renouer avec le problème de la providence divine :
Elisha Ben Abouya aurait dû savoir que l’irruption du bien et du mal n’est pas prévisible à cent pour cent.
La causalité terrestre fonctionne autrement pour une nature religieuse comme celle d’Elisha, Dieu est responsable de tout, puisqu’il est le maître de la création.
Ce qui m’étonne c’est qu’Elisha ait fait preuve de tant d’émotion ; la mort d’un enfant n’est pas une mince affaire, il aurait dû savoir que la science divine est le repli des plus intimes de la nature divine.
Les explications de la science divine ne sont jamais évidentes.
Ce n’est pas un hasard si le père fondateur de l’historiographie juive moderne, Heinrich Graetz a consacré sa thèse de doctorat au rapport entre gnosticisme et judaïsme (Gnosticismus und Judenthum) publiée en 1845 à Krotoschin.
Maurice-Ruben HAYOUN
Similaire
La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.
La source de cet article se trouve sur ce site

