La menace croissante des missiles iraniens : les États-Unis et l’Europe vont-ils rester les bras croisés ?
par Majid Rafizadeh
Depuis la fin de la guerre de douze jours entre l’Iran et Israël, de plus en plus d’éléments indiquent que le régime iranien accélère sa production de missiles. La position de Téhéran est claire: si son programme nucléaire est devenu plus vulnérable, son arsenal de missiles doit se renforcer comme instrument de puissance compensatoire.
Nul n’ignore que le régime iranien accélère et développe son programme de missiles balistiques à un rythme alarmant, et investit massivement dans l’amélioration de la portée, de la précision, de la capacité de survie et de la charge utile de ses missiles. Ces missiles – qui font désormais partie de ce qui serait le plus grand arsenal de missiles du Moyen-Orient – peuvent atteindre non seulement des cibles régionales, mais aussi les États-Unis et l’Europe, comme l’a ouvertement affirmé un haut responsable politique iranien .
Ces déclarations, loin d’être de simples rhétoriques, semblent s’inscrire dans une stratégie délibérée d’intimidation et de coercition visant aussi bien les démocraties que les alliés des États-Unis. Si l’attention internationale s’est, à juste titre, concentrée sur les ambitions nucléaires de l’Iran, son programme de missiles balistiques s’est discrètement imposé comme la menace crédible la plus immédiate.
Cette évolution devrait profondément inquiéter les États-Unis, l’Europe et les autres démocraties. Un régime qui appelle ouvertement à la destruction d’Israël, fournit des armes à des groupes armés et soutient l’effort de guerre russe contre l’Ukraine ne saurait être autorisé à développer ses capacités balistiques sans contrôle.
Il serait erroné de conclure que, parce que la guerre de douze jours a considérablement endommagé des éléments clés de l’infrastructure nucléaire iranienne, la menace que représente le régime iranien a été neutralisée. Durant ce conflit, lorsque l’Iran a lancé des missiles sur Israël, les mollahs ont utilisé ces armes directement contre des civils – ce qui constitue très probablement un crime de guerre – et non contre des cibles militaires.
Ce qui est tout aussi inquiétant, c’est que, au fil des ans, Téhéran a transféré des systèmes de missiles, des composants et un savoir-faire technique à son réseau de groupes armés et de milices régionales. Le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen et d’autres groupes armés alignés sur l’Iran ont tous bénéficié de cette prétendue « bienveillance ». Ces transferts d’armes ont transformé des milices locales en acteurs stratégiques menaçant les voies maritimes internationales, les populations civiles et les infrastructures critiques bien au-delà de leurs frontières. Le programme de missiles iranien n’est donc pas seulement « défensif », comme il le prétend . Il constitue la pierre angulaire d’une stratégie transnationale visant à déstabiliser le Moyen-Orient et à remettre en cause les intérêts occidentaux.
Les responsables iraniens ont maintes fois souligné – sans doute pour affirmer leur puissance – que leurs missiles peuvent atteindre des bases américaines et des cibles européennes. Lorsque les démocraties hésitent à répondre à de telles menaces, elles finissent par encourager les comportements qu’elles cherchent à prévenir. L’Iran a certainement appris, au fil du temps, que l’ambiguïté et les réponses tardives jouent souvent en sa faveur, lui permettant de développer progressivement ses capacités tout en évitant des conséquences déstabilisatrices.
Avec les armes qu’elle fournit à la Russie, l’Iran, par le biais de ses drones et des technologies associées, ravage déjà l’Ukraine. Ce seul fait devrait dissiper toute illusion quant au caractère purement régional du programme de missiles balistiques iraniens. Il s’agit d’une source d’instabilité qui s’étend désormais du Moyen-Orient à l’Europe de l’Est, sapant les normes internationales et alimentant des conflits bien au-delà des frontières iraniennes.
Le régime iranien possède aujourd’hui le plus important arsenal de missiles balistiques du Moyen-Orient, et ces missiles sont au cœur de sa stratégie d’intimidation, de guerre par procuration et de domination régionale. Même sans ogive nucléaire, de telles armes peuvent bouleverser les calculs stratégiques dans de nombreuses régions. Ignorer cette réalité, c’est risquer de reproduire les erreurs du passé qui ont permis au problème de s’aggraver jusqu’à ce que le coût d’une intervention devienne exorbitant.
La question qui se pose aux démocraties est donc la suivante : allons-nous rester les bras croisés ? Si la réponse est non, alors les flux financiers qui soutiennent le régime doivent être considérablement réduits, et les sanctions visant les réseaux maritimes, les institutions financières et les circuits d’approvisionnement iraniens doivent être étendues et appliquées avec rigueur.
Les exportations de pétrole demeurant la principale source de revenus de Téhéran, l’application des sanctions existantes – notamment sur les achats de pétrole iranien par la Chine – doit être considérablement renforcée. Sans une pression soutenue sur cette source de revenus, l’Iran continuera de financer la production de missiles, la guerre par procuration et la répression intérieure.
Les gouvernements européens doivent dépasser les simples déclarations d’intention et adapter leurs politiques en conséquence. Une application fragmentée de la loi ne fait que créer des failles que l’Iran exploite avec une efficacité remarquable.
L’Occident doit engager un débat sérieux – en étroite concertation avec Israël, les Émirats arabes unis et le Maroc – sur la dissuasion au-delà des sanctions. Si l’Iran poursuit le développement de sa production de missiles balistiques et menace ouvertement d’autres nations, les décideurs politiques doivent se demander si la même logique qui a justifié une action contre les infrastructures nucléaires s’applique également à ses capacités de production de missiles. Il ne s’agit pas d’un appel à une escalade inconsidérée, mais plutôt à des conséquences crédibles qui convainquent Téhéran que sa position actuelle a un coût inacceptable.
L’Iran utilise ses armes directement, les transfère à des milices ou s’en sert pour contraindre et intimider d’autres nations. Le renforcement des sanctions, la pression concertée et la volonté manifeste de maintenir toutes les options – notamment militaires – sur la table ne constituent pas des actes d’agression. Ce sont des mesures de responsabilité face à une menace croissante et irréfutable.
Majid Rafizadeh, docteur en sciences politiques et analyste diplômé de Harvard, est membre du comité de rédaction de la Harvard International Review. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la politique étrangère américaine.
JForum.fr avec gatestoneinstitute.org
Sur la photo : le président iranien Massoud Pezeshkian assiste à la présentation d’un missile « Qassem Soleimani » lors d’un défilé militaire à Téhéran, le 21 septembre 2024. (Photo : Atta Kenare/AFP via Getty Images)
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