La machine de propagande iranienne

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La machine de propagande iranienne

L’un des fronts les plus décisifs des conflits modernes ne se situe plus seulement dans le ciel, sur les routes ou autour des sites stratégiques. Il se joue aussi sur les écrans. Dans cette bataille de la perception, l’Iran déploie depuis plusieurs mois une stratégie de communication particulièrement agressive, fondée sur une mécanique simple mais redoutable : apparaître à la fois comme une puissance capable de frapper fort et comme une victime d’une agression jugée disproportionnée. Cette double narration, loin d’être incohérente, répond à deux objectifs distincts : dissuader ses adversaires tout en cherchant à rallier une partie de l’opinion internationale. Des analyses publiées ces derniers jours décrivent une intensification nette de cette guerre informationnelle, amplifiée par les réseaux sociaux et par l’usage croissant de contenus manipulés ou générés par intelligence artificielle.

Le procédé repose sur deux récits menés en parallèle. D’un côté, Téhéran cherche à projeter une image de force, en diffusant des messages sur sa capacité à infliger des dégâts à Israël, aux États-Unis et à leurs alliés. De l’autre, le régime insiste sur les dommages subis par ses infrastructures et se présente comme la cible d’une offensive injuste, afin d’alimenter la pression diplomatique en faveur d’un arrêt des combats. Ce balancement entre puissance et victimisation n’a rien d’improvisé. Il s’inscrit dans une tradition politique plus large, nourrie par une culture du sacrifice et de la résistance profondément ancrée dans l’histoire du chiisme politique iranien. Le but n’est pas seulement de convaincre un public intérieur, mais aussi de fabriquer des messages différents pour des audiences arabes, occidentales et israéliennes.

L’efficacité de cette stratégie tient surtout à ses outils. Des séquences authentiques filmées sur le terrain peuvent être réutilisées, recadrées, remontées, privées de leur son d’origine puis accompagnées de commentaires trompeurs. À cela s’ajoutent des images d’archives réemployées comme si elles étaient récentes, de fausses scènes de frappes et des visuels créés par IA pour simuler des destructions, des captures de soldats ou des scènes de panique. Ces dernières semaines, plusieurs contenus viraux attribués à la guerre en cours ont été identifiés comme faux, mal légendés ou artificiellement générés. Le phénomène n’est pas marginal : il profite à plein de la vitesse de diffusion des plateformes et de leurs algorithmes, qui récompensent l’émotion, la peur et la sidération bien davantage que la vérification.

Le plus inquiétant est peut-être ailleurs : cette guerre psychologique compense partiellement des fragilités opérationnelles. Autrement dit, lorsqu’un acteur ne domine pas partout sur le terrain militaire, il peut tenter de reprendre l’initiative dans l’espace informationnel. L’Iran n’est d’ailleurs pas seul à utiliser ce levier ; l’ensemble de ses alliés régionaux a déjà montré sa capacité à harmoniser slogans, images et récits. Face à cela, les réponses adverses existent, mais elles paraissent souvent plus lentes, plus fragmentées et moins virales. La conclusion n’est pas confortable, mais elle est utile : aujourd’hui, gagner une bataille sans maîtriser le récit qui l’entoure ne suffit plus. Dans les conflits contemporains, la perception publique n’est pas un théâtre secondaire. C’est un champ de bataille à part entière.

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