La Jordanie inquiète Israël et les États-Unis
Alors que le Moyen-Orient traverse une nouvelle phase de fortes turbulences sécuritaires, la Jordanie adopte une posture de fermeté prudente qui retient l’attention d’Israël comme des États-Unis. Le royaume hachémite, situé au carrefour de plusieurs zones de tension majeures, cherche avant tout à préserver sa stabilité et à éviter toute implication directe dans une confrontation régionale qui s’intensifie.
Dans ce contexte, le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman al-Safadi, a adressé un message clair à son homologue iranien, Abbas Araqchi, lors d’un entretien téléphonique récent. Il a affirmé sans ambiguïté que la Jordanie n’autoriserait aucune partie à utiliser son espace aérien pour mener des attaques militaires, quelle qu’en soit la cible. Plus encore, Amman se dit prête à s’opposer activement à toute violation de sa souveraineté aérienne, y compris par des moyens coercitifs si nécessaire.
Cette déclaration intervient alors que les tensions entre les États-Unis et l’Iran nourrissent la crainte d’une escalade régionale incontrôlée. Les frappes, menaces et démonstrations de force qui se multiplient dans la région font redouter un élargissement du conflit, susceptible d’impliquer des États qui cherchent pourtant à rester en retrait. Pour la Jordanie, l’enjeu est double : protéger sa population et empêcher que son territoire ne devienne un couloir stratégique ou un champ de bataille indirect.
Ayman al-Safadi a rappelé que le royaume hachémite ne servirait ni de base militaire ni de plateforme logistique pour des opérations contre l’Iran ou tout autre pays. Cette position s’inscrit dans une ligne diplomatique constante, fondée sur la neutralité active et le respect du droit international. Amman entend ainsi préserver ses équilibres internes, dans un contexte régional où la moindre implication peut avoir des répercussions politiques, sécuritaires et économiques majeures.
Au-delà de la question de la souveraineté territoriale, les échanges entre les deux diplomates ont porté sur les moyens de désamorcer les tensions régionales. Le chef de la diplomatie jordanienne a plaidé pour une approche fondée sur le dialogue et la négociation, estimant que seule la voie diplomatique permettrait de traiter durablement le dossier nucléaire iranien et de réduire les risques d’affrontement. La Jordanie défend l’idée qu’une solution pacifique reste possible, à condition que les principes de souveraineté et de non-agression soient respectés par l’ensemble des acteurs.
La position jordanienne n’est toutefois pas dénuée d’ambiguïté stratégique. Par le passé, le royaume a déjà démontré sa capacité à intervenir pour sécuriser son espace aérien, notamment lors de précédentes attaques visant Israël. Cette expérience confère à Amman une crédibilité opérationnelle, tout en soulignant la complexité de sa situation géographique, coincée entre plusieurs fronts potentiels.
Les déclarations d’al-Safadi visent ainsi à transmettre un double message. D’un côté, un signal dissuasif à l’égard de toute tentative d’entraîner la Jordanie dans un conflit régional. De l’autre, un message rassurant à destination de Téhéran, indiquant que le royaume ne s’inscrit pas dans une logique d’hostilité active envers l’Iran et ne soutiendra aucune offensive menée depuis son territoire.
Dans un Moyen-Orient marqué par la volatilité des alliances et la rapidité des escalades, la Jordanie tente de maintenir un équilibre délicat entre coopération sécuritaire avec ses partenaires occidentaux et affirmation de son indépendance stratégique. Cette posture, scrutée de près par Washington et Jérusalem, illustre le rôle central mais fragile du royaume dans la stabilité régionale actuelle.
Jérémie de Jforum.fr
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