La Jordanie glisse vers une stratégie de double jeu

Vues:

Date:

La Jordanie marche sur un fil alors que les menaces internes s’intensifient.

Face à la montée des menaces régionales, le Royaume hachémite de Jordanie restructure son appareil sécuritaire et adopte une politique étrangère de plus en plus conflictuelle envers Israël. Or, ce qui commence par des provocations se transforme souvent en menace intérieure.

par Shachar Kleiman

Le roi Abdallah II a récemment émis des directives inédites visant à réorganiser les services de sécurité jordaniens face à la nouvelle réalité du Moyen-Orient. Ce plan repose sur une nouvelle stratégie et une feuille de route destinées à transformer structurellement les forces armées du royaume d’ici trois ans.

L’objectif, comme l’a clairement indiqué Abdullah, est de permettre aux forces armées de faire face aux menaces actuelles et futures, notamment celles liées aux évolutions technologiques. Il s’agit de garantir que les forces armées jordaniennes et les autres forces de sécurité puissent opérer efficacement dans des environnements opérationnels diversifiés, y compris contre des acteurs utilisant l’intelligence artificielle, les cyberattaques et les drones. Cette initiative pourrait s’inspirer des enseignements tirés des guerres en Syrie et au Yémen, où les armées conventionnelles ont lutté contre des organisations terroristes.

Ces dernières années, le débat public en Jordanie s’est de plus en plus concentré sur les menaces d’infiltration terroriste et la mise en place de cellules dormantes au sein du royaume. Ce phénomène s’accompagne d’un trafic continu d’armes et de drogue à travers les frontières jordaniennes, effectué par drones. Malgré la chute du régime du président syrien Bachar el-Assad, principal instigateur du trafic de captagon, les réseaux criminels poursuivent leurs activités de contrebande.

De plus, le régime d’Assad a été remplacé par un gouvernement islamiste qui représente une menace à long terme pour le royaume. Certaines des factions qui ont porté Ahmad al-Charia au pouvoir sont affiliées à des organisations terroristes telles qu’Al-Qaïda et l’État islamique. Ces groupes considèrent la monarchie jordanienne comme une cible future. Les autorités d’Amman en sont parfaitement conscientes et agissent en conséquence, même si elles adoptent publiquement un ton conciliant envers leurs nouveaux voisins.

Ces menaces extérieures sont exacerbées par l’importante présence palestinienne en Jordanie. Nombre d’entre eux ont exprimé leur soutien au Hamas, organisation terroriste, durant la guerre à Gaza et ont participé à des manifestations. Ces manifestations ont été encouragées par de hauts responsables du Hamas, tels que Khaled Mashaal, un fait qui n’a pas échappé aux autorités jordaniennes. Le soutien au Hamas, bien entendu, ne se limite pas à cela.

Cette semaine, un tribunal jordanien a condamné trois résidents d’un camp de réfugiés palestiniens au nord d’Amman à dix ans de prison chacun. Ils ont été reconnus coupables de tentative de soutien à des organisations terroristes en Judée-Samarie. Selon les informations disponibles, ils avaient suivi un entraînement en vue de franchir la frontière vers la Judée-Samarie et de mener des attaques contre les troupes des Forces de défense israéliennes. Leur condamnation fait suite au démantèlement d’un réseau terroriste des Frères musulmans qui projetait d’installer un système de missiles et de drones sur le territoire jordanien. Il est raisonnable de penser qu’il ne s’agit pas de cas isolés.

Dans le même temps que ce changement de doctrine sécuritaire, la Jordanie a adopté une politique étrangère conflictuelle envers Israël. Lors d’une rencontre cette semaine avec des parlementaires britanniques, le roi Abdallah a accusé Israël de prendre des « mesures illégales visant à consolider les implantations, à imposer sa souveraineté sur des territoires et à saper les efforts de désescalade. Ces mesures risquent d’aggraver le conflit. » Ces déclarations s’inscrivent dans une démarche plus large menée par la Jordanie et d’autres États arabes et islamiques pour faire pression aux Nations Unies sur les récentes décisions d’Israël concernant la Judée-Samarie.

La conduite du monarque jordanien s’inscrit dans une tendance régionale plus large de double jeu. D’une part, il renforce ses capacités militaires et technologiques pour prévenir les menaces terroristes et applique une politique de répression stricte par le pouvoir judiciaire et les forces de l’ordre. Il n’est pas exclu que, dans l’ombre, les différents services de sécurité jordaniens coopèrent discrètement avec leurs homologues israéliens sur ces questions. D’autre part, il existe une volonté manifeste de canaliser les pressions politiques et économiques internes vers Israël.

Le problème de l’approche de la cour royale hachémite, comme celle d’autres États de la région, est qu’elle engendre un cercle vicieux. D’une part, elle s’attaque aux mouvements soutenant le terrorisme, tels que les affiliés du Hamas et diverses branches des Frères musulmans. D’autre part, elle alimente l’hostilité anti-israélienne, l’une des principales sources de puissance de ces mêmes acteurs. Et ce qui commence par une incitation à la haine contre Israël se transforme généralement en menace pour la sécurité intérieure.

JForum.fr avec ILH
Photo du roi Abdallah II (AFP)

La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

La source de cet article se trouve sur ce site

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

PARTAGER:

spot_imgspot_img
spot_imgspot_img