La guerre en Iran met en péril le pétrole, mais aussi le commerce mondial

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Depuis samedi, le détroit d’Ormuz, au large de l’Iran, est fermé. Après les séries d’attaques américaines et israéliennes, les Gardiens de la révolution ont annoncé sa fermeture, coupant une grande partie du commerce mondial. Au-delà des hydrocarbures, c’est l’ensemble de l’économie qui risque d’en souffrir.

Dimanche, des agences de sécurité maritime ont fait état de trois navires attaqués dans le détroit, une zone maritime d’environ 50 kilomètres, bordée par l’Iran d’un côté et la péninsule de Moussandam appartenant à Oman de l’autre.

L’agriculture va manquer d’engrais

« Environ 33 % des engrais mondiaux, y compris le soufre et l’ammoniac, transitent par le détroit d’Ormuz », couloir étroit bordé par l’Iran et Oman, selon le cabinet d’analyse Kpler. Chargés sur des cargos au Qatar, en Arabie saoudite ou aux Emirats arabes unis, ces fertilisants ont des destinations diverses : Inde, Chine, Brésil, mais aussi des pays africains. « Il n’existe pas d’alternative viable » à la navigation dans le Golfe, « les voies terrestres sont limitées par la capacité des pipelines et des camions », selon Kpler.

Comme une large partie des engrais est fabriquée en utilisant massivement du gaz ou du pétrole, la flambée du prix des hydrocarbures provoquée par la guerre en Iran devrait aussi avoir un effet boule de neige sur les tarifs des engrais. Un cinquième du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz, selon l’Agence américaine de l’Energie (EIA). Une grande partie de ces navires vont vers les pays asiatiques, notamment l’Inde, la Chine et le Japon.

Comme attendu, les cours de l’or noir ont bondi à l’ouverture du marché pétrolier dans la nuit de dimanche à lundi, grimpant d’environ 9 %. Selon Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler, les prix pourraient grimper au-delà des 120 dollars, un niveau plus vu depuis des années, en cas de guerre prolongée avec un embrasement régional et des ruptures d’approvisionnement.

« Cela dit, il est également possible que les prix du brut chutent rapidement en cas de cessation rapide des combats, permettant ainsi la reprise de la production pétrolière normale et du transport maritime dans la région », relèvent les analystes d’Eurasia Group.

Des détours maritimes à effectuer

Les principaux armateurs mondiaux ont annoncé se détourner du détroit d’Ormuz face au risque pesé par l’embrasement militaire dans la région. Les assureurs ont fait bondir leurs tarifs pour les navires traversant le Moyen-Orient, voire carrément annulé leur couverture, comme c’est le cas du scandinave Skuld. Dans ces conditions, naviguer dans le Golfe devient prohibitif ou impossible pour les cargos.

Les navires sous pavillon français ou appartenant à des entreprises françaises bloquées « à l’intérieur » du Golfe sont au nombre de 60, selon Armateurs France. Leurs cargos doivent désormais contourner l’Afrique pour rallier l’Europe depuis le Moyen-Orient et l’Asie, un détour de plusieurs milliers de kilomètres et plusieurs jours.

Ces conditions de navigation viennent aussi perturber l’arrivée au Moyen-Orient de bateaux chargés. L’enjeu est de taille : « le Moyen-Orient est une région structurellement dépendante des importations alimentaires », soulignent les analystes de XP Investments. L’Iran importe par exemple massivement du maïs brésilien.

Selon les données du ministère américain de l’Agriculture, les Emirats arabes unis ont, eux, acheté pour 1,5 milliard de dollars de production agricole auprès des Etats-Unis. « Une grande partie » de ces importations transite par le détroit d’Ormuz « ou à proximité », selon les experts de XP Investments. Lors de la précédente opération militaire américaine en Iran en juin 2025, des cargaisons entières de riz à destination de la région avaient été bloquées en Inde.

Une situation inédite

Selon Dirk Siebels, de l’agence de sécurité maritime Risk Intelligence, cette situation n’a « pas de véritable précédent » : « Le trafic des pétroliers avait été fortement perturbé lors de la « guerre des pétroliers » (entre Iran et Irak dans les années 80, ndlr) mais les échanges commerciaux et le secteur du transport maritime en général ont considérablement évolué au cours des 40 dernières années ».

Pour Ali Vaez, analyste à l’International Crisis Group (ICG), un blocage total du détroit serait toutefois un « suicide » pour l’Iran. « L’Iran utilise cette voie maritime pour vendre son pétrole à la Chine, et une telle fermeture lui aliénerait son principal partenaire économique, qui dépend des importations énergétiques du Golfe pour environ 25 % de ses besoins », estime-t-il.

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Au lieu de bloquer, voire miner, le détroit, « l’hypothèse la plus plausible est que l’Iran s’inspire des (rebelles yéménites) Houthis […] en ciblant des navires spécifiques en raison de leur pavillon ou de leur cargaison », estime-t-il : « De cette manière, elle parviendrait à faire grimper les primes d’assurance et les prix mondiaux de l’énergie ».

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