Les errements et revirements de Donald Trump sur les questions internationales, dont la guerre en Ukraine, inquiètent les pays alliés des Etats-Unis. Au point de leur donner envie de tester la fiabilité du président américain ? Dans un post en anglais principalement relayé par des comptes se présentant comme opposants à Donald Trump, un auteur anonyme avance que « la France et l’Ukraine » ont « fourni » à l’administration Trump « de faux renseignements classés secret défense afin de voir s’ils seraient transmis à [Vladimir] Poutine ». L’auteur ne donne aucune preuve de ce qu’il avance et le post comporte au moins deux fautes de syntaxe, questionnant sur son authenticité.
Le post a connu un important succès sur les réseaux sociaux samedi et dimanche, où il a notamment été reposté par Mark Hamill, acteur américain connu pour avoir joué le rôle de Luke Skywalker dans la saga Star Wars et également connu pour ses prises de position contre la politique de Donald Trump. Une recherche montre toutefois que l’acteur n’est pas le premier à l’avoir posté. Les premiers posts sur X, Instagram, Facebook et Threads retrouvés par 20 Minutes datent du 18 janvier.
FAKE OFF
Cette date n’est pas un hasard pour comprendre comment est née cette infox. Trois jours auparavant, le 15 janvier, Emmanuel Macron prononce un discours face aux forces armées françaises. Un passage retient l’attention médiatique. Le président y avance que la France fournit dorénavant « deux tiers » des renseignements à l’Ukraine, précisant que le pays, attaqué par la Russie depuis février 2022, était auparavant « éminemment dépendant des capacités de renseignement américaines ».
L’extrait est repris et commenté dans les médias américains et français. Sur la chaîne d’informations en continu française LCI, l’expert en renseignement Vincent Crouzet explique cette annonce « est essentielle à double titre, d’abord parce qu’elle acte le divorce entre le renseignement ukrainien et le renseignement américain, parce que si nous fournissons les deux tiers des capacités du renseignement pour l’Ukraine, j’imagine bien que le troisième tiers est fourni par les autres partenaires européens, en l’occurrence les Allemands et le Royaume-Uni. »
L’expert développe, ajoutant que le « divorce » entre les parties « date évidemment depuis le 28 février 2025, depuis l’année dernière depuis la fameuse séquence du bureau ovale et qui a induit une rupture de confiance entre le renseignement ukrainien et le renseignement américain. A tel point que les deux responsables de l’époque du renseignement ukrainien, Vassyl Maliouk pour le SBU, et Kyrylo Boudanov, pour le GUR, le renseignement militaire ukrainien, ont décidé de ne plus partager le renseignement efficient qu’ils avaient avec leurs partenaires américains de la part de fuites américaines vers Moscou. » La séquence est visible dans le replay de l’émission à partir d’une heure et quarante minutes.
Un commentaire erroné à l’origine de l’infox ?
C’est la reprise de cet extrait sur X, publié avec un commentaire erroné, qui est probablement à l’origine de l’infox. Comme l’a identifié le site de fact-checking américain Snopes, un utilisateur du réseau social a posté un extrait de l’émission de LCI, l’accompagnant de ce commentaire : « Un message intéressant sur la chaîne d’informations française LCI. Les services de renseignement ukrainiens ont fourni de fausses informations stratégiques aux services de renseignement américains… et ont observé que les informations avaient été relayées par la Russie et utilisées par les forces russes. »
Interpellé par un internaute sur X qui lui demandait s’il avait bien dit sur LCI que les Etats-Unis auraient fourni des informations ukrainiennes à la Russie, Vincent Crouzet y a apporté un démenti : « Non je n’ai pas dit ça, a-t-il répondu. J’ai dit que les Ukrainiens suspectaient des risques de fuite d’informations des Américains au profit des Russes. » Il n’a toutefois pas précisé sur quelles sources il s’appuyait pour cette affirmation au sujet des services ukrainiens. Contacté, celui-ci n’a pas donné suite à nos sollicitations.
Le renseignement ukrainien nie
Auprès de nos confrères de Lead Stories, il a élaboré au sujet de potentielles fuites américaines : « Ce n’est pas si improbable, compte tenu des fuites concernant les conversations téléphoniques entre Witkoff et Ouchakov, ou si l’on connaît l’histoire de Tulsi Gabbard [la directrice du renseignement américain qui a eu des déclarations prorusses au début de la guerre en Ukraine]… ce qui n’est pas très rassurant pour Kiev ».
Une source au sein du renseignement ukrainien a nié que l’Ukraine ait délibérément fourni de faux renseignements aux Etats-Unis. Auprès du journal Kiyv Post, cette source a souligné que « les services de renseignement ukrainiens, à l’instar d’autres organismes et personnes habilités en Ukraine, continuent de coopérer activement avec les partenaires internationaux, y compris les États-Unis, dans le respect des principes de professionnalisme et de responsabilité ». Selon cette source, cette rumeur « discrédite » le travail des services des renseignements ukrainiens.
Une infox similaire au sujet des Pays-Bas
Si cette infox a pris beaucoup d’ampleur, en octobre, une rumeur similaire avait déjà circulé comme l’a constaté 20 Minutes, sans toutefois prendre la même importance. Sur Facebook, une vidéo a circulé, dans laquelle on entendait une voix masculine avec un accent américain affirmer que les Pays-Bas avaient décidé d’arrêter de partager des renseignements avec les Etats-Unis, « car une personne au sein de la Maison-Blanche fait fuiter des informations directement au Kremlin ».
Si le chef des renseignements domestiques et extérieurs des Pays-Bas a bien expliqué en octobre que son pays allait désormais être plus attentif au type de renseignements partagés avec les Etats-Unis, celui-ci n’a pas dit que c’était parce que l’allié transatlantique faisait fuiter des informations vers la Russie. Erik Akerboom a en revanche cité auprès du journal De Volkskrant une utilisation « politique » de leurs renseignements et s’est déclaré « vigilant » « aux violations des droits de l’homme ». Une prise de distance publique, rare, avec un allié de longue date.
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