La fin d’un grand déni
Ils bouclent leur livre alors que l’histoire accélère brutalement. Fin février 2026, les États-Unis et Israël lancent une offensive conjointe contre l’Iran, ouvrant une nouvelle phase militaire au Moyen-Orient. Dans ce fracas, la parution de Paris-Téhéran, le grand dévoilement d’Emmanuel Razavi et Jean-Marie Montali prend une résonance particulière : l’ouvrage défend l’idée que l’aveuglement occidental face à la République islamique ne date pas d’hier, et que cette faillite intellectuelle a contribué à brouiller durablement la lecture du régime iranien. Le livre est bien paru en mars 2026 et se présente comme une enquête sur le passé, le présent et les oppositions au pouvoir iranien.
Le premier fil conducteur du livre est sévère : selon ses auteurs, une partie des élites politiques, médiatiques et intellectuelles françaises aurait largement sous-estimé, dès 1979, la nature profonde du projet khomeyniste. En exaltant une révolution présentée comme émancipatrice, beaucoup auraient négligé les textes, les discours et les signaux qui annonçaient déjà un pouvoir autoritaire. L’ouvrage revient ainsi sur la construction d’un récit flatteur autour de la révolution iranienne, puis sur la manière dont ce récit aurait survécu, malgré la répression, la censure et l’exportation de la violence régionale. Plus qu’un simple retour historique, le livre entend démonter un mécanisme : celui d’une indulgence idéologique qui, pendant des décennies, aurait dissimulé la brutalité du régime derrière un habillage politique plus acceptable.
Razavi et Montali s’attachent aussi à replacer l’Iran dans une histoire plus longue que celle des mollahs. Ils rappellent l’héritage perse, la modernisation engagée sous les Pahlavi et l’existence d’une société iranienne bien plus diverse, plus instruite et plus ouverte que l’image figée d’un pays réduit à son appareil théocratique. Leur démonstration n’a rien d’un plaidoyer monarchique simpliste : elle vise surtout à montrer que l’Iran contemporain ne peut pas être résumé à la seule République islamique. Cette distinction est au cœur de leur propos. Pour eux, le fossé entre le régime et une partie croissante de la population est devenu central, notamment chez une jeunesse urbaine, connectée, cultivée et de plus en plus étrangère au logiciel idéologique de 1979.
La guerre déclenchée le 28 février semble, à leurs yeux, refermer brutalement un cycle. Mais sur ce point, il faut rester rigoureux : malgré l’ampleur des frappes et l’affaiblissement du pays, les services américains estiment encore, à la mi-mars, que le pouvoir iranien demeure en place, même fortement dégradé. Washington envisage d’ailleurs de nouveaux renforts militaires, preuve qu’aucun effondrement simple ou immédiat n’est acquis. Cette donnée renforce plutôt l’intérêt du livre : il ne raconte pas seulement une guerre, il décrit la longue crise de lecture qui a précédé cette guerre.
Au fond, Paris-Téhéran, le grand dévoilement apparaît comme un réquisitoire autant qu’une enquête. Ses auteurs y défendent une idée nette : pour comprendre l’Iran d’aujourd’hui, il faut cesser de confondre un peuple ancien, complexe et multiple avec un régime qui s’est longtemps imposé par la peur, la propagande et la répression. Que ce livre paraisse au moment où le conflit s’intensifie lui donne un relief particulier. Non pas celui d’une prophétie, mais celui d’un avertissement que beaucoup n’ont pas voulu entendre.

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