La crise du Nil piège Israël

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Des enfants observent des camions calcinés, détruits lors de la guerre au Tigré, le 18 février 2024, dans la région du Tigré, en Éthiopie.

La crise du Nil piège Israël

Le conflit autour du Nil connaît un nouveau regain de tensions, transformant un vieux différend hydropolitique en enjeu stratégique régional. Au cœur de la crise se trouve le gigantesque barrage de la Renaissance éthiopienne (GERD), désormais opérationnel. Ce projet, porté par Addis-Abeba depuis plus d’une décennie, oppose frontalement l’Éthiopie à l’Égypte et au Soudan. Dans ce contexte déjà fragile, l’implication renouvelée de Washington complique encore l’équation et place Israël dans une situation diplomatique délicate.

Le barrage GERD, inauguré officiellement en 2025 lors d’une cérémonie spectaculaire à Addis-Abeba, est présenté par l’Éthiopie comme le projet le plus ambitieux de son histoire moderne. L’ouvrage, destiné à produire plus de 6 000 mégawatts d’électricité, doit permettre au pays de soutenir sa croissance économique et de sortir des millions de personnes de la pauvreté énergétique. Financée en grande partie par l’État et par la population éthiopienne elle-même, l’infrastructure est devenue un symbole puissant de souveraineté nationale.

Mais pour l’Égypte, le projet représente une menace existentielle. Le pays dépend du Nil pour plus de 90 % de ses ressources en eau douce. Toute modification du débit du fleuve, notamment en période de sécheresse, pourrait avoir des conséquences majeures pour l’agriculture, l’approvisionnement en eau et la stabilité sociale. Le Caire estime que le remplissage et l’exploitation du barrage doivent être strictement encadrés par un accord juridiquement contraignant.

Le différend, qui dure depuis plus de dix ans, s’est récemment durci avec la reprise de l’initiative diplomatique américaine. Donald Trump, revenu au premier plan sur la scène internationale, a relancé les efforts de médiation entre les parties. Washington semble toutefois adopter une position favorable à l’Égypte, allié stratégique des États-Unis et acteur clé dans plusieurs dossiers régionaux, notamment la stabilisation de Gaza.

Cette posture pourrait pousser les États-Unis à exercer des pressions supplémentaires sur Addis-Abeba afin d’obtenir un compromis rapide. Une telle stratégie rappelle les tentatives précédentes de médiation américaine, interrompues en 2020 lorsque l’Éthiopie avait refusé certaines propositions jugées trop favorables à l’Égypte.

Du côté éthiopien, la question du barrage dépasse largement la simple gestion de l’eau. Le GERD est devenu un élément central de l’identité politique nationale. Le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed considère que les accords historiques qui régissaient le partage du Nil, hérités de l’époque coloniale, sont profondément injustes et doivent être révisés.

La situation régionale rend cependant toute négociation encore plus complexe. La Corne de l’Afrique est déjà marquée par de multiples crises, dont la guerre civile au Soudan et les tensions persistantes au sein de l’Éthiopie elle-même. Un retour à des affrontements internes, notamment dans la région du Tigré, pourrait inciter Addis-Abeba à adopter une position encore plus ferme sur la question du barrage.

Dans ce contexte instable, Israël observe la situation avec prudence. L’État hébreu entretient des relations stratégiques avec l’Égypte, partenaire essentiel pour la sécurité régionale, mais aussi avec l’Éthiopie, pays clé de la Corne de l’Afrique où Israël cherche à développer sa présence diplomatique et économique.

Certaines initiatives israéliennes récentes dans la région – notamment le renforcement des relations avec Addis-Abeba et les discussions autour du Somaliland – ont déjà suscité l’irritation du Caire. Un engagement trop visible dans la crise du Nil risquerait donc de compromettre cet équilibre délicat.

Face à ces tensions croissantes, la priorité pour de nombreux observateurs reste d’éviter une escalade entre l’Égypte et l’Éthiopie. Dans une région déjà fragilisée par les conflits et les rivalités géopolitiques, une confrontation directe autour du Nil pourrait avoir des conséquences bien au-delà des rives du fleuve.

Jérémie de Jforum.fr

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