L’« OTAN du Moyen-Orient » ne verra pas le jour
Le projet souvent décrit comme une « OTAN du Moyen-Orient » semble avoir atteint ses limites avant même de prendre forme. Contrairement aux rumeurs apparues ces dernières semaines, la Turquie n’a pas l’intention de rejoindre le pacte de défense conclu entre l’Arabie saoudite et le Pakistan. Cette position, confirmée par plusieurs sources régionales, met fin aux spéculations sur l’émergence d’une alliance militaire élargie regroupant Ankara, Riyad et Islamabad.
Selon une source proche de l’appareil sécuritaire saoudien, l’accord signé entre Arabie saoudite et Pakistan restera strictement bilatéral. Aucune discussion sérieuse ne serait en cours concernant son élargissement à d’autres partenaires. Cette lecture est partagée par des responsables du Golfe, qui soulignent que Riyad privilégie des accords distincts et ciblés avec ses partenaires régionaux, y compris la Turquie, sans pour autant les fusionner dans une architecture de défense commune.
Ces déclarations viennent contredire plusieurs informations publiées en début d’année, selon lesquelles Ankara aurait été proche de rejoindre le pacte. À l’époque, certains responsables pakistanais avaient même évoqué un cadre trilatéral en cours d’élaboration. En réalité, ces signaux relevaient davantage de projections politiques que d’un consensus stratégique réel. Le pacte saoudo-pakistanais, conclu en septembre 2025, répondait à des préoccupations précises : les attaques de drones iraniennes de 2019 contre les installations pétrolières saoudiennes, la perception d’un soutien américain jugé insuffisant, ainsi que l’évolution du contexte sécuritaire régional après plusieurs frappes ciblées en 2025.
Pour Ankara, l’intérêt de rejoindre un tel accord reste limité. Les analystes estiment que la Turquie ne tirerait que peu d’avantages concrets d’une alliance militaire supplémentaire, alors même qu’elle bénéficie déjà d’une couverture stratégique solide. En tant que membre de l’OTAN, la Turquie est protégée par un cadre de dissuasion bien plus étendu, incluant la garantie nucléaire américaine et britannique, ainsi que des capacités militaires avancées déployées sur son territoire, notamment sur la base d’Incirlik. Comparées à ces garanties, les capacités offertes par le Pakistan apparaissent nettement moins dissuasives.
Au-delà de l’aspect militaire, la question est aussi politique. Les rumeurs autour d’une éventuelle adhésion turque à une alliance régionale alternative servent avant tout de levier diplomatique. Elles permettent à Ankara de rappeler qu’elle dispose d’options multiples et qu’elle n’est pas totalement dépendante de ses partenaires occidentaux. Cette posture s’inscrit dans une stratégie plus large visant à affirmer son autonomie stratégique, sans pour autant rompre avec les structures existantes.
Du côté saoudien, l’approche est pragmatique. Riyad cherche à diversifier ses partenariats de sécurité sans créer de blocs rigides susceptibles d’aggraver les tensions régionales. Un pacte bilatéral avec Islamabad répond à des besoins spécifiques, notamment en matière de coopération militaire et de formation, tandis que les relations avec Ankara reposent sur d’autres cadres, économiques et politiques.
L’échec de cette « OTAN du Moyen-Orient » illustre ainsi les limites des alliances régionales formelles dans un environnement marqué par des intérêts divergents et des équilibres complexes. Plutôt qu’un front militaire unifié, les puissances régionales privilégient des accords flexibles, adaptés à leurs priorités immédiates, et conservent une marge de manœuvre diplomatique essentielle dans un Moyen-Orient en recomposition permanente.
Jérémie de Jforum.fr
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