Israël a bombardé un site de production d’armement naval et des usines de missiles en Iran, tandis que le Pentagone envisagerait de déployer 10 000 soldats supplémentaires ; l’Iran menace les hôtels du Golfe et frappe les ports du Koweït
Illustration : Un secouriste inspecte la structure endommagée d’un immeuble résidentiel touché lors d’une précédente frappe américano-israélienne à Téhéran, le 27 mars 2026. (Crédit: AP Photo/Vahid Salemi)
Le ministre de la Défense, Israel Katz, a averti vendredi qu’Israël allait intensifier ses frappes contre l’Iran dans les jours à venir, invoquant les tirs continus de missiles balistiques iraniens en direction de cibles civiles en Israël – malgré les apparents efforts actuellement livrés par le président américain Donald Trump pour mettre un terme aux hostilités.
Des propos qui sont intervenus après que Tsahal a annoncé, ce matin, que l’armée de l’air israélienne avait bombardé un site de production de missiles navals et de mines iraniens de premier plan, ainsi que des usines de missiles balistiques et des systèmes de défense antiaérienne.
L’Iran, de son côté, a poursuivi ses attaques à l’encontre d’Israël et des États du Golfe, après avoir réagi jeudi de manière peu enthousiaste à l’accord qui a été proposé par Trump pour mettre un terme à la guerre. Malgré cela, des diplomates de plusieurs pays concernés ont laissé entendre que des négociations indirectes entre Washington et Téhéran étaient toujours d’actualité.
« Le Premier ministre et moi-même avons averti le régime terroriste iranien de cesser ses tirs de missiles contre la population civile en Israël », a commenté Katz lors d’une réunion d’évaluation avec des responsables militaires. « Malgré ces mises en garde, les tirs se poursuivent et par conséquent, les frappes de l’armée israélienne en Iran vont s’intensifier et s’élargir à d’autres cibles, des cibles qui aident, par ailleurs, le régime à construire et à utiliser des armes contre les civils israéliens. »
Il a averti que Téhéran « paiera un prix lourd et croissant pour ces crimes de guerre », selon des propos qui ont été fournis par son bureau.
La majorité des missiles balistiques lancés en direction d’Israël par l’Iran étaient équipés de bombes à sous-munitions, qui dispersent sans discernement des dizaines de petites munitions sur un vaste secteur.
Ces munitions ne disposent ni de propulsion, ni de système de guidage et elles tombent simplement au sol – elles sont conçues pour exploser à l’impact. Certaines sous-munitions n’explosent pas lorsqu’elles touchent la surface de la terre et elles peuvent ainsi continuer à être un danger pour toutes les personnes susceptibles de les trouver.
L’utilisation de telles bombes est interdite par la Convention sur les armes à sous-munitions de 2008, même si ni l’Iran ni Israël n’ont signé cet accord.
Dans la matinée de vendredi, Tsahal a expliqué que l’armée de l’air avait bombardé l’installation « la plus centrale » de l’Iran s’agissant de la production d’armes navales – une installation située à Yazd, dans le centre du pays.
Selon l’armée, cette installation était utilisée par l’Iran pour planifier, développer, assembler et stocker « des missiles avancés destinés à être lancés depuis des navires de croisière, des sous-marins et des hélicoptères vers des cibles maritimes mobiles et fixes ».
« Sur ce site, la majorité des missiles et des mines navales sont développés des mains mêmes des forces navales iraniennes », a noté Tsahal.
Les militaires ont précisé que la frappe, qui a été lancée suite à des renseignements fournis par la Direction du renseignement militaire et par la Division du renseignement naval, « a porté un coup significatif aux capacités de production des forces navales ».
Cette attaque a marqué un nouveau revers pour les opérations navales iraniennes, après qu’Israël a tué jeudi le commandant de la marine du Corps des gardiens de la révolution islamique, ainsi que d’autres officiers supérieurs.
Les secours inspectent un bâtiment touché par une frappe américano-israélienne à Téhéran, en Iran, le 27 mars 2026. (Crédit : AP Photo/Vahid Salemi)
Vendredi également, les militaires israéliens ont annoncé que l’armée de l’air avait bombardé, cette nuit, des dizaines de cibles militaires en Iran, notamment des sites de lancement de missiles balistiques et des soldats iraniens qui, selon eux, se préparaient à tirer sur Israël.
Ces frappes, dans la région de Téhéran, ont touché des dizaines de sites de fabrication d’armes et d’autres cibles, notamment une base militaire où étaient stockés des systèmes de défense aérienne, un site de production de « composants clés pour missiles balistiques », un site de production de batteries pour divers types d’armement, ainsi qu’un site de production d’armes du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI).
Cette nuit également, les avions de chasse ont frappé plusieurs sites de lancement de missiles balistiques — dont un appartenant au CGRI — des systèmes de défense aérienne et des postes de surveillance du CGRI et de l’armée iranienne, a déclaré l’armée.
Tsahal a ajouté que des soldats iraniens appartenant à la division chargée des missiles balistiques au sein de la république islamique avaient été repérés dans un bâtiment à Téhéran, disant que « quelques minutes après leur identification, l’armée de l’air a frappé et éliminé les soldats qui prévoyaient de tirer en direction de l’État d’Israël ».
Israël et le Golfe font face à de nouveaux tirs
Entre-temps, après une accalmie de près de huit heures, l’Iran a repris ses tirs de missiles balistiques en direction d’Israël dans la matinée de vendredi, déclenchant des sirènes dans tout le sud d’Israël peu avant 11 heures.
Une nouvelle salve de tirs de roquettes, quelques heures plus tard, a déclenché des alertes dans tout le centre d’Israël, dans la région de Jérusalem et en Cisjordanie.
Aucun blessé n’a été signalé lors de ces deux attaques et, dans les deux cas, les premières évaluations de l’armée israélienne ont laissé entendre que les missiles avaient été interceptés par les systèmes de défense aérienne.
Les États du Golfe n’ont pas non plus été épargnés par les attaques iraniennes dans la journée de vendredi – le Koweït et l’Arabie saoudite ayant tous les deux été touchés par des drones et par des tirs de missiles.
Les sirènes ont également été activées à Bahreïn, aux Émirats arabes unis et au Qatar, tandis que l’Iran avertissait les civils de toute la région de se tenir à l’écart des forces américaines présentes sur place.
L’autorité portuaire du Koweït a déclaré dans un communiqué qui a été diffusé sur le réseau social X que le principal port commercial du pays, le port de Shuwaikh, avait été pris pour cible à l’aube « par des drones ennemis ». « Les informations préliminaires font état de dégâts matériels mais d’aucune victime », a noté le communiqué.
Quelques heures plus tard, le port de Mubarak Al Kabeer a également été attaqué par des drones et par des missiles de croisière, causant des « dégâts matériels » mais aucun blessé, ont indiqué les autorités.
De la fumée s’élevant au-dessus de la zone de l’aéroport international du Koweït après qu’un drone iranien a frappé un dépôt de carburant, le 25 mars 2026. (Crédit : AFP)
La cible de l’attaque était une installation actuellement en construction dans le cadre de l’initiative chinoise « Belt and Road » dans ce pays riche en pétrole.
Il semblerait que ce soit la première fois qu’un projet lié à la Chine dans la région soit pris pour cible depuis le début des combats, le 28 février. Pékin, qui a continué d’acheter du pétrole brut iranien pendant la guerre, n’a fait aucun commentaire sur cette attaque.
En Arabie saoudite, les autorités ont, de leur côté, signalé que quatre drones et six missiles avaient été lancés sur le royaume par l’Iran. Le ministère de la Défense a déclaré avoir « intercepté et détruit » quatre drones au-dessus de l’est du pays, et les autorités ont indiqué que deux missiles avaient également été interceptés.
Les quatre missiles restants se sont abattus dans le golfe Persique et sur des zones heureusement inhabitées, ont-elles précisé.
De l’autre côté de la frontière, au Qatar, les services de secours ont envoyé une alerte de sécurité renforcée sur les téléphones des habitants, les exhortant à rester chez eux en prévision d’une attaque de missiles iraniens.
Cela a été la première alerte de ce type à avoir été envoyée en une semaine. Elle a été émise après que le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien a averti les civils de toute la région de rester à l’écart des zones proches des forces américaines.
« Les forces américano-sionistes lâches… tentent d’utiliser des sites civils et des innocents comme boucliers humains », a dit le CGRI dans un communiqué qui a été diffusé publié sur son site internet, Sepah News.
« Nous vous recommandons de quitter d’urgence les lieux où sont stationnées les forces américaines afin qu’aucun mal ne vous soit fait. »
Une accusation qui a fait écho aux propos qui ont été tenus par le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, qui a accusé jeudi les soldats américains d’utiliser les populations des pays du Golfe comme « boucliers humains ».
« Dès le début de cette guerre, les soldats américains ont fui les bases militaires du CCG [Conseil de coopération du Golfe] pour se cacher dans des hôtels et dans des bureaux », a-t-il écrit dans un message publié sur X, appelant les hôtels de la région à leur refuser toute réservation.
Téhéran a ensuite déclaré que la république islamique était en droit d’attaquer les hôtels du Golfe s’il s’avérait qu’ils hébergeaient des soldats américains.
« Lorsque toutes les forces américaines se sont réfugiées dans un hôtel, alors, de notre point de vue, cet hôtel devient américain », a affirmé ainsi le porte-parole des forces armées, Abolfazl Shekarchi, devant les caméras de la télévision d’État.
« Devons-nous simplement rester les bras croisés et laisser les Américains nous frapper ? Lorsque nous ripostons, naturellement, nous devons frapper là où ils se trouvent », a-t-il ajouté.
L’agence de presse Fars, qui a cité des sources anonymes, a indiqué que l’Iran avait adressé des « avertissements fermes » aux hôtels de la région, en particulier aux Émirats arabes unis et à Bahreïn.
Elle a ajouté que l’armée iranienne avait identifié des forces américaines utilisant des sites similaires en Syrie, au Liban et à Djibouti.
Des pourparlers indirects « très bientôt »
Même au beau milieu d’hostilités qui s’avèrent être plus féroces que jamais, les diplomates ont affirmé vendredi que les préparatifs avançaient en vue de négociations indirectes entre l’Iran et les États-Unis, après que Trump a présenté à Téhéran, dans la semaine, son plan en 15 points visant à mettre un terme à la guerre.
Dans ses premiers commentaires sur la proposition, dans la journée de jeudi, l’Iran a qualifié l’offre de « partiale et injuste ». La proposition comprend des exigences qui visent à démanteler le programme et les installations nucléaires du pays, à mettre fin au soutien apporté aux proxies régionaux de la république islamique et à imposer des limites strictes à son programme de missiles.
Vendredi, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a toutefois déclaré qu’il était prévu que des représentants des États-Unis et de l’Iran se rencontrent au Pakistan dans un avenir proche.
« D’après mes informations, des contacts indirects ont eu lieu et des préparatifs ont été entrepris en vue d’une rencontre directe. Cela devrait avoir lieu très prochainement au Pakistan, apparemment », a-t-il déclaré au micro de la station de radio Deutschlandfunk.
Le président américain Donald Trump s’exprime lors de la cérémonie de prestation de serment du secrétaire à la Sécurité intérieure Markwayne Mullin dans le Bureau ovale de la Maison Blanche à Washington, le 24 mars 2026. (Crédit: AP Photo/Alex Brandon)
Le ministère égyptien des Affaires étrangères a indiqué que les entretiens téléphoniques entre le ministre des Affaires étrangères Badr Abdelatty et ses homologues turc et pakistanais avaient porté sur les « efforts intensifs » actuellement livrés pour favoriser la tenue de pourparlers directs entre les États-Unis et l’Iran. Il n’a fourni aucun autre détail.
Le 23 mars, Trump a annoncé la suspension de sa menace de frappes contre les centrales électriques et contre les infrastructures énergétiques de l’Iran pendant cinq jours, avant d’annoncer jeudi qu’il reportait encore son ultimatum de dix jours supplémentaires, jusqu’au 6 avril.
L’Iran a déclaré qu’il riposterait par ses propres frappes contre des installations énergétiques dans la région du Golfe si Trump devait mettre sa menace à exécution.
L’Iran a effectivement bloqué le détroit d’Ormuz, par lequel transitent environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux, ce qui a fait grimper les prix de l’énergie et ce qui a semé le trouble sur les marchés financiers.
Vendredi, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a réaffirmé qu’il empêcherait tout navire faisant route « vers et depuis les ports des alliés et des partisans des ennemis israélo-américains » de passer par le détroit.
Trois porte-conteneurs de différentes nationalités ont été refoulés du détroit d’Ormuz après des mises en garde de la marine du CGRI, ont également rapporté les médias d’État iraniens.
Mais même après que Trump a repoussé l’escalade menacée, le Wall Street Journal a fait savoir que le Pentagone envisageait le déploiement de 10 000 soldats américains supplémentaires dans la région afin de donner au président davantage d’options militaires, alors même qu’il envisage des pourparlers de paix.
Ces soldats viendraient s’ajouter aux 1 000 parachutistes de la 82e division aéroportée et aux 5 000 Marines qui sont déjà déployés dans le Golfe.
L’article, qui a cité des responsables du département de la Défense, a précisé que ces forces seraient probablement stationnées à portée de frappe de l’île iranienne de Kharg, qui gère environ 90 % des exportations de pétrole brut de l’Iran. Les États-Unis ont déjà frappé des cibles sur l’île au cours de la guerre actuelle, et Trump n’a pas ouvertement exclu l’option de s’emparer de Kharg, une initiative qu’il avait préconisée pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980.
Cette image capturée par le satellite Copernicus Sentinel-2, montre l’île de Kharg en Iran, à environ 30 kilomètres au sud du continent, au nord du golfe, le 7 mars 2026. (Crédit: Agence spatiale européenne/AFP)
Israël a lancé sa campagne contre l’Iran, aux côtés des États-Unis, afin d’affaiblir les capacités militaires du régime iranien, d’éloigner les menaces posées par l’Iran — notamment ses programmes nucléaires et de missiles balistiques — et de « créer les conditions » permettant au peuple iranien de renverser le régime, ont déclaré des responsables militaires et d’autres dirigeants israéliens.
L’armée de l’air israélienne a mené des centaines de vagues de frappes en Iran, larguant plus de 13 000 bombes sur des sites du régime et sur des sites militaires iraniens – notamment sur des systèmes de défense antiaérienne, des lanceurs de missiles balistiques, des sites de production d’armes, des installations nucléaires et divers quartiers généraux.
L’armée israélienne a estimé qu’environ 5 000 soldats iraniens ont été tués lors de ces attaques israéliennes, et que des dizaines de milliers d’autres ont été blessés. Un grand nombre d’entre eux étaient des membres des forces de sécurité intérieure et des forces paramilitaires Basij.
Depuis le début de la guerre le 28 février, 15 civils israéliens et ressortissants étrangers ont trouvé la mort en Israël lors d’attaques aux missiles balistiques iraniens, ainsi que quatre Palestiniens en Cisjordanie.
Plus de 400 missiles balistiques ont été lancés depuis l’Iran vers Israël depuis le début de la guerre, l’armée faisant état d’un taux d’interception de 92 % des frappes visant des zones peuplées et des infrastructures de premier plan.
Au total, au moins huit missiles équipés d’ogives conventionnelles contenant des centaines de kilogrammes d’explosifs ont frappé des zones peuplées en Israël, causant des dégâts considérables dans six cas. On a également dénombré plus de 30 incidents impliquant des missiles équipés d’ogives à bombes à fragmentation qui ont frappé des zones peuplées, avec plus de 150 sites d’impact distincts.
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