Jusqu’où peut-on encore négocier avec l’Iran ?
Alors que la tension entre Washington et Téhéran atteint un nouveau seuil critique, une possible rencontre diplomatique entre hauts responsables américains et iraniens suscite à la fois espoir et inquiétude. Selon plusieurs informations concordantes, Steve Witkoff, émissaire spécial de l’administration Trump, et Abbas Araghchi, ministre iranien des Affaires étrangères, pourraient se rencontrer prochainement à Istanbul. Cette perspective intervient dans un climat marqué par des avertissements militaires d’une rare fermeté émanant de l’état-major iranien.
La réunion envisagée, qualifiée par certaines sources de « scénario le plus favorable », viserait à sonder la possibilité d’un nouvel accord sur le nucléaire iranien. Côté américain, le message serait clair : écouter les propositions iraniennes tout en rappelant la ligne rouge absolue sur l’arme nucléaire. La Maison-Blanche estime qu’un canal de dialogue, même fragile, reste préférable à une escalade militaire incontrôlée. De son côté, Téhéran affirme demeurer attaché à la diplomatie, tout en dénonçant ce qu’il considère comme une politique de menaces incompatible avec toute négociation sincère.
Cette ouverture diplomatique contraste fortement avec la rhétorique martiale adoptée par les chefs militaires iraniens. Le chef d’état-major des forces armées, le général Abdolrahim Mousavi, a récemment affirmé qu’en cas de conflit, « aucun Américain ne serait en sécurité ». Il a également rejeté toute hypothèse de blocus naval efficace contre l’Iran, estimant que la configuration géographique et stratégique du pays rendait une telle manœuvre irréaliste. Selon lui, l’Iran a tiré les leçons des confrontations passées et ajusté sa doctrine de défense vers un modèle de riposte immédiate et massive.
Dans le même temps, les Gardiens de la révolution islamique ont multiplié les signaux de préparation opérationnelle. Leurs responsables aérospatiaux affirment que les centres de commandement sont pleinement actifs et que les forces iraniennes surveillent en permanence les mouvements de leurs adversaires et de leurs alliés régionaux. Cette démonstration de force vise autant à dissuader une attaque qu’à renforcer la position de Téhéran à la table des négociations.
Sur le plan politique, le Parlement iranien adopte une ligne de fermeté. Plusieurs responsables ont rappelé que les capacités nucléaires civiles, tout comme les programmes balistiques et de drones, constituent des lignes rouges non négociables. Téhéran se dit toutefois prêt à discuter dans un cadre « logique et clairement défini », à condition que la levée des sanctions économiques reste au cœur des échanges.
Aux États-Unis, les positions restent également tranchées. Des figures influentes du Sénat, dont Tom Cotton, insistent sur l’interdiction absolue pour l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire, appelant le régime iranien à prendre au sérieux les avertissements présidentiels. Cette fermeté politique alimente la perception iranienne d’une diplomatie sous pression.
Parallèlement, Abbas Araghchi a intensifié ses contacts régionaux, échangeant avec ses homologues égyptien, saoudien et turc afin d’évaluer les équilibres régionaux face aux menaces américaines. Téhéran a également convoqué plusieurs ambassadeurs européens pour protester contre la décision de l’Union européenne de qualifier le Corps des gardiens de la révolution islamique d’organisation terroriste, une mesure perçue comme un nouvel obstacle au dialogue.
Dans ce contexte explosif, la diplomatie avance sur un fil. La perspective d’une rencontre à Istanbul illustre la coexistence paradoxale de deux dynamiques opposées : l’affirmation d’une force militaire assumée et la recherche d’une issue politique à un bras de fer qui engage bien au-delà du seul dossier nucléaire.
Jérémie de Jforum.fr
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