« Judaïsme et séparation des pouvoirs » Maurice-Ruben Hayoun

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DINA DEMALHOUTA DINA
« Judaïsme et séparation des pouvoirs »
Par Maurice-Ruben HAYOUN

Le problème de la laïcité touche tout le monde, pourtant le terme lui-même ne connaît pas d’occurrence dans certaines civilisations non occidentales…

Par exemple, la langue arabe et la langue hébraïque, dans ces deux cultures l’idée même d’une séparation entre le sacré et le profane concernant la foi n’a pas cours, ce n’est pas une évolution naturelle…

L’arabe libanais, entre les mains des chrétiens libanais, a créé un terme qui ne signifie pas exactement « laïcité » mais « mondanités », c’est-à-dire les affaires de ce monde.

De même les juifs, eux, ont opté pour le mot « profane » qui lui aussi ne veut pas dire laïcité. C’est à croire que ce terme est extrêmement difficile à transcrire dans un milieu non-occidental.

Pourtant les grandes migrations, les grands mouvements de population modifiaient la géographie spirituelle et religieuse de ces régions lointaines du globe.

Ces antagonismes religieux et sociaux entre juifs et non-juifs ont aussi occupé l’esprit de grands théologiens comme Rabbi Menahem ben Solomon Haméiri (XIIIᵉ – XIVᵉ siècle).
C’est à ce théologien que revient le mérite d’avoir déclaré le christianisme comme religion « acceptable » par les juifs.
Haméiri expliqua que les Chrétiens, même lorsqu’ils disent 3 (Trinité), en réalité ils pensent 1 (Unicité).

Le problème de la laïcité touche l’Humanité dans son ensemble, l’Occident ne peut plus imposer sa vision des choses, à l’exclusion de toute autre.

Après ces remarques préliminaires, il faut aborder le sujet de plain-pied.

Jetons un regard sur la Bible hébraïque pour commencer :

On y trouve la séparation entre le politique et le religieux incarnée par les Rabbins d’une part et les Prophètes d’autre part.
Il n’est pas question pour la Bible hébraïque que les Rabbins confisquent le pouvoir, elle maintient cette séparation aussi longtemps que possible, c’est ainsi que le Rabbin peut parfois être amené à se justifier et se défendre.
Il y aurait tant à dire sur ce sujet, mais il est préférable de conserver les commentaires pour ce qui va suivre.

Concernant le judaïsme, les écrits de Moïse Mendelssohn – qui s’est penché sur la question – montrent que, pour les juifs, la notion de laïcité s’inscrivait dans un pénible combat contre les sociétés de l’Europe chrétienne qui refusaient de leur accorder les droits civiques. L’Europe ne consentait pas à accorder aux Juifs la possibilité de s’établir à l’intérieur de ses frontières.

La cuisante défaite militaire de l’An 70, subie par la petite Judée devenue une colonie Romaine sans aucune autonomie, suivie de près par l’occupation et l’exil, ont changé la donne.

Les habitants de la Judée étaient désormais confrontés aux problèmes qui agitaient le vaste monde sans y avoir été préparés.

Cette confrontation du monde juif avec la monde païen allait durer deux millénaires.

Une telle situation modifia de fond en comble la direction du judaïsme, devenu rabbinique.

La Halakha (le normatif) prenait définitivement l’ascendant sur la Agada (le narratif), c’est-à-dire que le judaïsme allait devoir se replier sur lui-même, intensifier le courant charismatique et proclamer le règne absolu de la Torah (la loi).

Or, les relations avec la nouvelle Église ne connurent jamais d’apaisement, l’opposition était trop forte, trop éloignées les unes des autres.

L’apôtre Paul eut maintes fois l’occasion de dire son aversion pour la pratique religieuse juive dont il était pourtant le produit.
Les pratiques ancestrales furent rejetées par Paul et ses adeptes, on se mit à opposer l’Église de Jérusalem à l’Église d’Antioche.

Petit à petit, la réalité se transforma et les églises sœurs firent de cette sororité imposée un bastion imprenable.

Pour maintenir leur rigorisme religieux les adversaires de Paul contestaient chacune de ses mesures. Je ne vais pas développer davantage, j’en ai assez dit pour expliquer le surgissement de cette formule araméenne qui sert de titre à mon article « DINA DEMALHOUTA DINA », ce qui signifie : « LA LOI DU ROYAUME, C’EST LA LOI ».
Je laisse de côté l’extrême richesse de cette formule lapidaire, elle est pourtant clairement rabbinique, elle n’est pas connue de la Bible !

C’est en étant acculés, le dos au mur, que les Rabbins ont frappé une telle formule pour défendre leurs convictions théologiques mises à mal par la nouvelle Église primitive.

Désormais, la population juive de l’Empire Romain (10% de la population totale) s’acquittera de ses impôts régulièrement et préférera se soumettre à l’autorité romaine. D’où la célèbre formule « Donner à César ce qui est à César ».

Ainsi, il était permis à ces populations, juives et chrétiennes, de s’acquitter de l’impôt sans commettre de péché car il était interdit de participer au développement du paganisme en fortifiant son capital.

On peut parler d’un « légalisme juif » : Il ne s’agissait plus de contester la tyrannie romaine, le TALMUD a choisi la formule araméenne que nous analysons dans les Évangiles.

En guise de conclusion, nous retenons la formule araméenne du TALMUD qui a régi la vie communautaire juive durant des siècles.

Maurice-Ruben Hayoun
Maurice-Ruben Hayoun est un philosophe, exégète et historien, spécialiste de la philosophie juive. Auteur de de près de cinquante ouvrages constamment réédités et traduits notamment la philosophie juive allemande.
Le 04 janvier 2025

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