A. POLYMARKET ET LE CONFLIT ISRAËL/IRAN.
Une société d’analyse a pointé du doigt six utilisateurs de la plateforme Polymarket ayant réalisé un bénéfice de 1,2 million de dollars, grâce à des mises dans les heures précédant les raids israéolo-américains visant Téhéran.
Les plateformes de marchés de prédiction font de nouveau parler d’elles à l’occasion de la guerre en Iran. Sur Polymarket et Kalshi, les deux principaux sites de ce type – interdits en France -, où il est possible de miser sur un énorme éventail d’événements en tous genres, des millions de dollars ont été pariés ces derniers jours sur les attaques des États-Unis et d’Israël sur la République islamique. Le pari «Les États-Unis frappent l’Iran d’ici le…?» est même devenu l’un des plus gros contrats de l’histoire sur Polymarket, avec 529 millions de dollars misés, avant qu’il ne soit fermé après les premières frappes samedi matin.
Certains de ses paris s’avèrent douteux, alimentant les soupçons de délits d’initiés. La société d’analyse Bubblemaps a mis en lumière six comptes ayant réalisé un bénéfice de 1,2 million de dollars, grâce à des mises sur Polymarket dans les heures précédant les raids américains. «La plupart de ces portefeuilles avaient été alimentés au cours des dernières 24 heures, ont spécifiquement parié sur le 28 février et ont misé “oui” quelques heures avant la frappe», a noté la société sur le réseau social X (ex-Twitter).
Le membre démocrate de la Chambre des représentants pour la Californie, Mike Levin, a de son côté pointé du doigt un compte ayant empoché «515.000 dollars en une seule journée en pariant sur l’attaque américaine contre l’Iran (…), la première transaction ayant été effectuée 71 minutes avant que la nouvelle ne soit rendue publique». «C’est fou que ce soit légal. Les proches de Trump tirent profit de la guerre et de la mort. Je vais présenter dès que possible un projet de loi visant à interdire cela», a réagi le sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy sur X, après avoir déjà évoqué dans les jours précédant le dépôt prochain d’un projet de législation «visant à interdire les marchés prédictifs corrompus et déstabilisateurs».
Paris sur la mort
D’autres paris ont également beaucoup fait réagir. Sur Polymarket comme Kalshi, il était possible de miser sur l’éviction du guide suprême iranien Ali Khamenei. Mais la mort de l’ayatollah de 86 ans dans les frappes israélo-américaines sur Téhéran samedi a embarrassé les plateformes. Kelshi a ainsi décidé de rembourser les traders sur la base du dernier cours négocié avant le décès du guide suprême, ainsi que les frais de transaction. «Lorsqu’il existe des marchés dont les résultats potentiels impliquent la mort, nous élaborons des règles pour empêcher les gens de tirer profit de la mort. C’est ce que nous avons fait ici», a justifié le patron de la plateforme, Tarek Mansour, sur X.
Une décision contre laquelle certains parieurs ont protesté. «Les règles du marché n’ont pas été modifiées. La clause d’exclusion en cas de décès et le règlement basé sur le dernier cours négocié faisaient partie des règles du marché publiées dès le début», a rappelé le cofondateur de Kalshi dans un autre post sur X. Et celui-ci de rappeler qu’«en tant que marché de prédiction réglementé au niveau fédéral, nous sommes tenus et estimons qu’il est important de ne pas permettre de tirer directement profit de la guerre, des assassinats, du terrorisme ou d’autres événements violents». Sur Polymarket, les paris sur «Khamenei out» sont, eux, en «période de débat», après que des traders ont contesté leur résolution – la plateforme a estimé que la mort de l’ayatollah équivalait à son éviction.
Ces types de paris sont dans le collimateur des élus aux États-Unis. Fin février, six sénateurs démocrates ont adressé une lettre au régulateur financier américain, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), pour lui faire part de leur «vive inquiétude concernant les contrats de prédiction qui encouragent les blessures physiques ou la mort, ainsi que les implications morales et géopolitiques graves et perverses de ces contrats», citant des paris sur Polymarket concernant la mise à l’écart du président vénézuélien Nicolas Maduro ou l’explosion de la fusée de la mission lunaire Artémis 2. Ces polémiques n’ont pas refroidi les plateformes, qui proposent toujours plusieurs paris sur la guerre en Iran, notamment sur le nom du futur guide suprême iranien ou la fermeture du détroit d’Ormuz par Téhéran.
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