IsraelValley Q & A. Pourquoi les Émirats sont particulièrement visés par les missiles iraniens?

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Les Émirats sont particulièrement visés par les missiles iraniens en raison de leur proximité géographique, mais pas seulement. Selon Agnès Levallois, présidente de l’Institut de recherche d’études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (iReMMO), si l’Iran concentre une partie de ces tirs sur cet État, c’est aussi en raison de sa vulnérabilité.

« Les Émirats n’ont pas tellement intérêt à riposter, ça pourrait vraiment les mettre en difficulté. L’Iran peut très bien cibler les installations pétrolières émiriennes et, dans ce cas, le pays peut tout perdre car toutes ses ressources viennent du pétrole », explique la spécialiste.

Des bombardements de grande ampleur pourraient également pousser une partie conséquente des habitants à fuir le pays : « Toute la crédibilité des Émirats repose sur la sécurité qu’ils offrent aux investisseurs et à la population étrangère présente sur place, soit environ neuf millions d’expatriés, sur dix millions d’habitants. S’il y a une guerre et des bombardements, cette population peut partir, et à ce moment-là l’économie des Émirats pourrait s’écrouler, ou à minima se retrouver en très grande difficulté », estime Agnès Levallois.

La spécialiste évoque également les accords d’Abraham, deux traités de paix entre Israël et les Émirats arabes unis d’une part et entre Israël et Bahreïn d’autre part, signés en 2020. Même si elle estime que la normalisation des rapports avec l’État hébreu n’est pas forcément au cœur des motivations iraniennes, elle peut néanmoins constituer « un élément en plus ».

L’espoir d’une pression sur les États-Unis.

En s’attaquant aux pays du Golfe et plus particulièrement aux Émirats, l’Iran espère semer la peur au sein des monarchies pétrolières, au point de les pousser « à faire pression sur les États-Unis pour que cette guerre s’arrête », indique Agnès Levallois.

Selon elle, ces frappes interviennent à rebours de la stratégie poursuivie depuis plusieurs années par les monarchies du Golfe.

« Les pays du Golfe ne sont pas du tout favorables à cette guerre parce que ça ruine tous leurs efforts de stabilisation, ça met en danger leur économie, et ça montre leur vulnérabilité. Donc pour eux, cette option n’est vraiment pas la bonne, même si le fait que l’Iran soit à nouveau affaibli peut être perçu comme une bonne chose. Ils sont favorables à l’affaiblissement du régime iranien, mais pas au point que cela mette en danger leur survie et surtout leur économie », détaille-t-elle

Selon Agnès Levallois, cette crainte repose aussi sur un rapport de forces régional ancien. En effet, même si les pays du Golfe « disposent de moyens technologiques pour se défendre, notamment avec des armes américaines, ils n’ont pas une armée significative, alors que les Iraniens disposent d’une armée entraînée, qui sait se battre depuis des dizaines d’années ».

« Personne n’a intérêt à une déstabilisation du Golfe persique »

Les monarchies pétrolières pourraient se retrouver en difficulté économique si la guerre se poursuit. « Personne n’a intérêt à une déstabilisation totale du Golfe persique. Cela poserait des problèmes d’exportation du pétrole et ferait monter les prix. Et même si ça arrange les pays pétroliers, encore faut-il que le pétrole puisse sortir, et la fermeture du détroit d’Ormuz et les menaces sur les routes maritimes compliquent les choses », prévient la spécialiste du Moyen-Orient.

L’Iran a également tout intérêt à mettre fin aux hostilités. « Jusqu’ici ils ont eu de quoi réagir, mais leur stock de missiles n’est pas infini. Au contraire, la coalition israélo-américaine a des moyens incommensurables », observe Agnès Levallois. Le régime des mollahs pourrait, à terme, avoir des difficultés à « sauver la face ».

Sabrine MIMOUNI

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