Israël; Un corridor secret vers l’Euphrate ?

Vues:

Date:

Un corridor secret vers l’Euphrate ?

Un nouvel épisode s’ajoute au théâtre instable du Moyen-Orient. Qais Khazali, figure de proue de la milice irakienne Asaib Ahl al-Haq, accuse Israël d’un vaste projet de redécoupage territorial impliquant la Syrie et le Kurdistan irakien. Lors de son discours pour l’Aïd el-Fitr, ce chef paramilitaire proche de l’Iran a dénoncé l’existence du « couloir David », qu’il présente comme une tentative israélienne de s’étendre jusqu’à l’Euphrate. Un soupçon d’ingérence qui n’est pas anodin dans un contexte de tensions croissantes.

Depuis l’attaque du Hamas contre Israël en octobre 2023, plusieurs factions pro-iraniennes ont multiplié les frappes de drones contre des positions israéliennes. Dans cette dynamique, Khazali a affirmé que l’État hébreu jouerait un rôle dans une reconfiguration de la région, notamment en Syrie, où les alliances et rivalités façonnent un échiquier politique incertain. Selon lui, cette initiative viserait à renforcer la présence israélienne dans des territoires traditionnellement sous influence kurde, et par extension, à affaiblir la Syrie et l’Irak dans leur souveraineté.

L’accusation n’a rien d’anecdotique. En Irak, de nombreux groupes chiites pro-iraniens entretiennent une méfiance envers les Kurdes, les associant à Israël et aux États-Unis. Khazali, lui-même critique virulent de l’autonomie kurde, n’a jamais caché son opposition au gouvernement du Kurdistan irakien, qu’il accuse de collaborer avec l’ennemi sioniste. Une rhétorique qui trouve un écho dans une partie de l’opinion publique irakienne, notamment parmi ceux qui voient dans la coopération kurdo-israélienne une menace pour l’unité nationale.

Un projet contesté
L’idée d’un corridor israélien reliant certaines régions de Syrie à l’Euphrate repose sur des spéculations difficiles à vérifier. Mais elle s’inscrit dans un jeu de forces plus large, où chaque acteur régional cherche à tirer son épingle du jeu. Damas, affaibli après des années de guerre civile, se retrouve à négocier avec les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition dominée par les Kurdes et soutenue par Washington. Or, cette même alliance constitue un point de friction avec la Turquie, qui voit dans les FDS une extension du PKK, groupe considéré comme terroriste par Ankara.

En mars dernier, Mazloum Abdi, chef des FDS, a rencontré Ahmed al-Sharaa, nouvel homme fort du pouvoir syrien, pour discuter d’une intégration progressive des forces kurdes au sein de l’armée gouvernementale. Une évolution qui bouleverse les équilibres, notamment pour l’Iran, dont les milices locales ont longtemps opéré en Syrie au nom du soutien à Bachar al-Assad. Aujourd’hui, ces factions pro-Téhéran se sentent évincées, d’où l’hostilité de figures comme Khazali face au nouveau gouvernement de Damas.

Un vieux contentieux
L’intérêt d’Israël pour les Kurdes ne date pas d’hier. En 2017, lors du référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien, des drapeaux israéliens flottaient dans plusieurs villes kurdes, symboles d’une proximité politique et historique entre ces deux peuples sans État. Pour Tel-Aviv, le soutien aux Kurdes représente une manière de contrer l’influence iranienne dans la région et d’entretenir une alliance indirecte contre des ennemis communs. Cependant, la Syrie n’est pas aussi accessible que le Kurdistan irakien, ce qui rend la thèse du « couloir David » sujette à caution.

De son côté, Khazali n’est pas un acteur neutre. Sanctionné par le Trésor américain pour son rôle dans la répression des manifestations en Irak en 2019, il est aussi connu pour ses liens avec Téhéran. Ancien détenu des forces américaines, il a depuis renforcé l’influence de sa milice au sein des Forces de mobilisation populaire (PMF), une coalition de groupes armés pro-iraniens en Irak. Ces milices, initialement formées pour combattre Daech, ont ensuite étendu leur champ d’action, allant jusqu’à menacer directement les intérêts occidentaux dans la région.

Une équation à plusieurs inconnues
La recomposition en cours au Moyen-Orient laisse peu de place aux certitudes. Entre les ambitions des Kurdes, les manœuvres d’Israël, les calculs iraniens et les repositionnements du pouvoir syrien, chaque camp avance ses pions. La question du « couloir David » relève-t-elle du fantasme géopolitique ou d’un projet concret ? Pour l’heure, les déclarations de Khazali tiennent davantage du discours de propagande que de la révélation fondée sur des faits établis. Mais dans une région où les alliances se font et se défont au gré des circonstances, il serait imprudent de sous-estimer les logiques souterraines qui façonnent l’avenir du Moyen-Orient.

Jforum.fr

La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

La source de cet article se trouve sur ce site

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

PARTAGER:

spot_imgspot_img
spot_imgspot_img