Dans le secteur de la Tech israélienne, les investissements sont à leur plus haut niveau depuis trois ans malgré les multiples fronts de la guerre – un signe de sa résilience.
Mais du côté de l’emploi dans ce secteur, qui constitue l’une des principales sources de rentrées fiscales, on constate un ralentissement après une décennie de croissance ininterrompue, apprend-on à la lecture d’un rapport sur la main-d’œuvre.
Si elle se pérennisait, cette tendance inquiétante pourrait avoir des répercussions importantes sur les perspectives de croissance d’une économie israélienne déjà meurtrie par la guerre ainsi que sur les emplois générés par le secteur de l’IA, avertissent l’Institut RISE Israël et le centre de recherche IVC dans un rapport conjoint.
« Après des années de croissance rapide de l’emploi, ces deux dernières années se sont caractérisées par un coup d’arrêt brutal – en raison des contre-performances de l’économie mondiale, des incertitudes politiques domestiques et des conséquences de cette guerre de longue durée », explique Assaf Patir, économiste en chef de RISE Israël.
« La conséquence la plus importante de ces tendances contrastées a porté sur le capital humain du secteur des hautes technologies : la forte augmentation – + 75 000 emplois entre 2021 et 2022 – a été suivie d’un arrêt presque complet de la croissance de l’emploi ces deux dernières années. »
« Israël a le plus fort pourcentage d’emplois de haute technologie rapporté à la masse globale des emplois et leur performance est d’une importance cruciale pour l’économie dans son ensemble », poursuit M. Patir.
Ces 22 derniers mois, les startups israéliennes ont fait face au rappel sous les drapeaux de certains de leurs employés réservistes ainsi qu’à une pénurie de personnel, en raison des incertitudes autour de la durée et de l’étendue de la guerre, qui a éclaté le 7 octobre 2023, le jour où des terroristes du Hamas se sont introduits dans des communautés du sud d’Israël, près de la frontière de Gaza, et y ont massacré1 200 personnes et fait 251 otages.
La dépendance de l’économie à l’égard du secteur technologique s’est considérablement accrue ces dix dernières années, alimentée par la croissance rapide des rentrées fiscales du secteur, elle-même dopée par la hausse des emplois et des salaires du secteur. Les employés de la Tech représentent ainsi plus d’un tiers des rentrées fiscales totales, signe de l’importance vitale de ce secteur moteur de l’économie israélienne frappée par la guerre.
Ces deux dernières années, la croissance de l’emploi a ralenti et s’est même stabilisée, après une décennie de hausse ininterrompue.
Selon le rapport, entre 2014 et 2020, le nombre d’emplois technologiques a augmenté à un rythme annuel moyen de 3,3 %. Après une brève pause liée à la pandémie de COVID-19, l’emploi a rebondi et les embauches ont repris à un rythme de l’ordre de 10 % par an en 2021 et 2022.
Patir a constaté que les employés du secteur technologique les plus concernés par ce ralentissement et ces suppressions d’emplois occupaient des postes non essentiels ou de niveau infra-universitaire ou alors étaient des femmes.
Entre 2023 et 2024, l’emploi dans le secteur, notamment dans le marketing, les ventes et le service client, a baissé de 6,6 %. Le nombre d’emplois administratifs et opérationnels, y compris la finance et le conseil juridique, a diminué de 4,1 % dans la même période et celui du secteur des ressources humaines de 8 %, signe qu’un grand nombre d’entreprises n’ont aucune intention d’augmenter leurs effectifs, avertit M. Patir.
Dans le même temps, le nombre d’employés occupant des postes à contenu directement technologique, que ce soit dans la cybersécurité ou les algorithmes, a augmenté modérément de 0,4 % en 2023, avant de plafonner en 2024.
« Bien que le secteur de la haute technologie reste stable en taille – ce qui est en soi déjà décevant pour une industrie habituée à une expansion rapide –, il offre désormais beaucoup moins d’opportunités dans des postes à contenu non technologique », conclut M. Patir.
En 2024, la proportion de femmes employées dans l’industrie technologique a diminué de 0,15 %, pour la première fois en l’espace de dix ans et le nombre de départs a été plus élevé que le nombre de recrutements.
Tiré par la demande accrue de spécialistes des technologiques hautement qualifiés et formés à l’université, le nombre de diplômés de l’enseignement supérieur en informatique a presque doublé ces dernières années. Mais les taux de placement dans les entreprises technologiques ont diminué de 10 % ces deux dernières années, signe du récent ralentissement des embauches dans le secteur de la technologie.
« Les postes technologiques de base font preuve d’une plus grande résilience mais la révolution de l’IA qui est en marche va remodeler la demande, même sur ces postes », fait remarquer M. Patir. « Il est possible que les systèmes d’IA rationalisent les tâches dans le marketing, les ventes et la relation client, et permettent ainsi des réductions d’effectifs dans ces domaines, mais à l’heure actuelle, il n’y a pas de mouvement semblable en ce qui concerne les programmeurs et autres emplois technologiques. »
« Ce qui conforte l’idée que les entreprises sabrent dans les activités non essentielles, et non au niveau de la base technologique », ajoute-t-il.
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