Israël peut-il vraiment se passer des États-Unis ?
Benjamin Netanyahu a lancé une idée forte : réduire progressivement l’aide militaire américaine jusqu’à “zéro” au cours de la prochaine décennie. Sur le papier, le message est simple : Israël veut gagner en autonomie stratégique. Dans les faits, la question est beaucoup plus complexe, car l’aide américaine ne se résume pas à un chèque annuel. Elle structure une partie de la planification militaire israélienne, du calendrier d’achats jusqu’aux stocks disponibles en cas de crise.
Aujourd’hui, le cadre de référence est l’accord d’assistance signé en 2016 entre Washington et Jérusalem : 38 milliards de dollars sur la période 2019–2028, soit environ 3,8 milliards par an, dont une part destinée à la défense antimissile. Cette enveloppe donne à Israël une capacité d’achat régulière d’équipements américains et, surtout, une visibilité pluriannuelle. Autrement dit, elle sert autant à financer qu’à garantir la continuité de certaines chaînes d’approvisionnement.
Pourquoi remettre ce système en cause ? Netanyahu avance l’idée d’un Israël “mûr”, capable de financer seul une partie plus large de sa défense, tout en pointant un contexte américain moins favorable : dette élevée, débats internes sur la politique étrangère, et lassitude d’une partie de l’opinion face aux conflits. Dans le même mouvement, le Premier ministre évoque un effort massif pour renforcer l’industrie d’armement locale, avec un plan d’investissement à long terme chiffré en centaines de milliards de shekels. L’objectif est clair : produire davantage “chez soi” et dépendre moins des arbitrages politiques américains.
Mais l’autonomie a un prix, et pas seulement financier. Le général (rés.) Ram Aminach, ancien responsable des budgets au ministère de la Défense, rappelle que les chiffres actuels sont déjà sous tension. Le budget de défense voté pour 2026 s’établit à 112 milliards de shekels, un montant élevé, mais contesté. Selon lui, il ne couvre pas tout : remise en état des équipements, reconstitution des stocks, maintien d’un niveau de préparation supérieur à l’avant-guerre. Aminach estime qu’il manque de l’ordre de 30 à 40 milliards de shekels par an pour coller à la réalité des besoins. Dans ces conditions, imaginer absorber en plus la disparition progressive de l’aide américaine soulève une question simple : où trouver l’argent — impôts, dette, coupes ailleurs, ou croissance nettement plus forte ?
L’autre enjeu est industriel. Oui, Israël dispose d’un secteur de défense performant et exportateur, avec une demande mondiale en hausse pour certains systèmes, notamment liés à la protection aérienne. Mais augmenter rapidement la production locale ne se fait pas en appuyant sur un interrupteur : il faut des capacités, des chaînes de sous-traitance, des compétences, des matières premières, et souvent des composants importés. Le gouvernement explore d’ailleurs des pistes pour mobiliser davantage de capitaux privés, y compris via des projets de privatisation partielle et d’introductions en bourse de grandes entreprises publiques de défense. L’idée : gagner en agilité, financer la croissance, et réduire certaines lourdeurs.
Enfin, il existe une dimension moins visible : l’aide américaine, c’est aussi un filet de sécurité en période de crise (réassorts, accélération de livraisons) et un poids diplomatique dans les grandes enceintes internationales. Se “sevrer” suppose donc de compenser à la fois l’argent, les délais, et le soutien politique. En réalité, la trajectoire la plus crédible ressemble à une réduction graduelle, conditionnée à l’évolution des menaces, à la santé de l’économie israélienne et à la capacité du pays à élargir sa base industrielle sans fragiliser ses finances.
Jforum.fr
Similaire
La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.
La source de cet article se trouve sur ce site

