Israël face au défi quantique mondial
À l’image de la course à l’espace qui a redessiné l’équilibre mondial au XXᵉ siècle, la course aux technologies quantiques s’impose aujourd’hui comme un nouveau champ de rivalités stratégiques. Dans cette compétition où dominent clairement les États-Unis et la Chine, Israël tente depuis 2018 de préserver une place de premier plan, consciente que les enjeux dépassent largement le cadre scientifique.
L’informatique quantique promet de bouleverser la défense, l’économie et le renseignement. Un État capable de maîtriser des ordinateurs quantiques avancés pourrait révolutionner la détection des sous-marins, le suivi des avions furtifs ou encore le déchiffrement de systèmes cryptographiques aujourd’hui considérés comme sûrs. Or, dans ce domaine précis, la véritable bataille se joue surtout entre Washington et Pékin, laissant les autres puissances face à un dilemme : investir massivement ou accepter un déclassement stratégique.
Israël a choisi la première option. Dès 2018, Jérusalem a lancé une initiative nationale pour l’informatique quantique, dotée initialement de 1,25 milliard de shekels, avant plusieurs rallonges budgétaires. Les universités et le secteur privé ont vu leurs projets se multiplier, faisant passer en quelques années le nombre de groupes académiques spécialisés de 144 à 240, et celui des entreprises du secteur de cinq à une vingtaine.
Cependant, le financement national reste insuffisant face aux sommes colossales engagées ailleurs. En 2025, les investissements mondiaux dans la recherche quantique ont atteint environ 56 milliards de dollars. Dans ce contexte, Israël dépend fortement de partenariats étrangers. L’Union européenne est devenue un acteur central : entre 2021 et 2024, les entreprises israéliennes ont reçu plus de 1,1 milliard d’euros via le programme Horizon Europe, un niveau sans équivalent pour un pays non européen.
À l’inverse, l’engagement américain sur le volet quantique demeure limité. En décembre, AIPAC a salué un investissement américain de 47,5 millions de dollars couvrant plusieurs technologies, dont le quantique. Un montant modeste comparé à l’effort européen, alors même que Washington reste le principal soutien militaire d’Israël sur d’autres programmes stratégiques.
Cette situation inquiète une partie des experts israéliens, d’autant plus que les relations avec l’Europe sont devenues plus incertaines après les restrictions imposées en 2025 sur les exportations d’armes israéliennes. À cela s’ajoute l’imprévisibilité de la politique américaine et une réticence persistante, dans certains cercles à Washington, à partager des technologies de rupture.
C’est dans ce contexte que Hadas Lorber, ancienne responsable du Conseil national de sécurité, a pris la tête du programme américano-israélien sur le quantique au sein de l’INSS. Son objectif : sécuriser des financements, structurer un écosystème durable et éviter la fuite des talents. Sous son impulsion, une conférence inédite a réuni en 2024 décideurs israéliens et américains afin de définir une stratégie commune.
Selon Tamir Hayman, directeur de l’INSS, l’avenir du renseignement reposera à 90 % sur les capteurs, les communications et le chiffrement quantiques. Israël doit donc dépasser son statut de « start-up nation » pour devenir une puissance technologique durable, capable d’intégrer ces avancées à sa sécurité nationale.
Les défis restent néanmoins considérables. Israël manque de grandes infrastructures énergétiques et de centres de données comparables à ceux des pays du Golfe. Or, des acteurs comme l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis disposent de fonds souverains et d’infrastructures capables d’accélérer le passage du laboratoire à l’application industrielle. La coopération avec ces États progresse, mais reste limitée par des contraintes politiques et diplomatiques.
Sur le plan technologique, la révolution quantique se fera par étapes. Si Google a démontré dès 2019 une première forme de suprématie quantique, les applications concrètes restent encore restreintes. La mise au point d’ordinateurs quantiques universels, dotés de correction d’erreurs, pourrait nécessiter encore huit à dix ans. En attendant, les avancées dans les capteurs et le chiffrement post-quantique offrent à Israël un terrain où conserver un avantage comparatif, à condition d’agir vite et de structurer des alliances solides.
Jforum.fr
Similaire
La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.
La source de cet article se trouve sur ce site

