Iran : comment Israël encourage la chute des mollahs

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La vague de contestation qui secoue l’Iran continue de s’amplifier malgré une répression d’une extrême brutalité. Pris en étau entre une révolte intérieure persistante, une pression internationale croissante et des menaces sécuritaires inédites, le pouvoir iranien apparaît plus fragilisé que jamais.

En dépit des violences exercées par les forces de sécurité et les miliciens du Bassij – la milice civile rattachée au Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) – les manifestations se sont propagées à près de cinquante villes à travers le pays, selon les informations disponibles au moment de la rédaction. De nombreuses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux témoignent d’affrontements parfois très violents, ainsi que de tirs de la police contre des manifestants.

Dans les petites et moyennes agglomérations, où la présence des Gardiens de la Révolution et du Bassij est plus réduite, plusieurs bâtiments officiels et commissariats auraient été investis relativement facilement par la population. L’évolution du mouvement laisse entrevoir une dynamique visant à isoler la capitale et les grandes métropoles du reste du territoire, là où le contrôle du pouvoir central demeure le plus solide.

« Les manifestants affichent une assurance bien supérieure à celle observée lors des précédentes mobilisations. Ils ont le sentiment de ne pas être seuls », analyse Matthieu Ghadiri, ancien policier français ayant infiltré durant plusieurs années les services de renseignement iraniens. Selon lui, des agents israéliens, mais aussi d’autres services occidentaux, seraient présents sur le terrain afin d’anticiper une éventuelle transition.

Vendredi, Donald Trump a renforcé cette pression en avertissant Téhéran que les États-Unis interviendraient si le régime continuait à tirer sur des manifestants pacifiques. Quelques heures plus tard, le prince Reza Pahlavi, figure de l’opposition monarchiste et libérale, dont le nom est régulièrement scandé dans les cortèges, saluait la prise de position du président américain, estimant qu’elle redonnait « force et espoir » au peuple iranien.

Dans le même temps, l’agence IRNA, proche des Gardiens de la Révolution, relayait des propos martiaux du président Massoud Pezeshkian, affirmant que le régime n’avait « pas peur du martyre » et se disait prêt à tous les sacrifices pour défendre la révolution islamique.

Sur le terrain, pourtant, les signes de désorganisation se multiplient. Épuisées par la récente guerre de douze jours, les forces répressives font face à une situation économique désastreuse : une monnaie dévaluée, des pénuries d’eau et d’électricité, des difficultés d’approvisionnement alimentaire. Autant de facteurs qui minent le moral des troupes, malgré les tentatives répétées des dirigeants pour rassurer la population.

À Téhéran, un contact joint via une messagerie sécurisée confiait récemment : « L’incertitude est partout, mais l’espoir aussi. Beaucoup parlent ouvertement de la fin du régime. Avec le soutien américain et israélien, certains pensent que tout peut basculer en quelques semaines. »

Vers des éliminations ciblées au sommet du régime

Selon deux sources proches du renseignement américain, Israël préparerait des opérations visant des figures clés du régime afin d’accélérer son effondrement. Des informations confirmées de manière officieuse par un expert français du renseignement. Les cibles prioritaires seraient des hauts responsables du CGRI et des membres du gouvernement impliqués dans la répression.

D’après ces sources, le Mossad aurait déployé depuis plusieurs mois, avec l’appui de relais locaux, un réseau de télécommunications satellitaires à l’intérieur même de l’Iran. Ce dispositif, reposant notamment sur les capacités de Starlink – le réseau de satellites de SpaceX – permettrait de localiser et de frapper des personnalités ciblées. Bien que non autorisé officiellement en Iran, ce service avait été activé au-dessus du pays lors des coupures d’Internet ordonnées par le régime en juin 2025.

Le chercheur américain Adrian Calamel, spécialiste de l’Iran et des Gardiens de la Révolution, souligne qu’Israël a déjà démontré sa capacité à frapper des responsables de haut rang dans des zones ultrasécurisées. Selon lui, l’introduction clandestine de dizaines de milliers de terminaux Starlink aurait considérablement amélioré les capacités de renseignement, permettant aux opposants iraniens de collecter et de transmettre des informations sensibles sur les forces de sécurité.

Le géopolitologue Michel Fayad estime pour sa part que la stratégie israélienne est désormais clairement politico-stratégique. « Des tentatives ont déjà visé des figures centrales du régime, comme Ali Shamkhani ou Esmail Qaani. Les véritables piliers historiques du CGRI restent toutefois Mohsen Rezaee et Mohammad Ali Jafari. Leur élimination provoquerait, selon moi, l’implosion du Corps des Gardiens de la Révolution et pourrait entraîner la chute de la République islamique », affirme-t-il. D’autres responsables politiques de premier plan, comme Massoud Pezeshkian, Ali Larijani ou Mohammad-Bagher Ghalibaf, constituent également des cibles à fort impact symbolique.

Une chose est sûre : habitué à écraser les contestations, le régime iranien fait aujourd’hui face à une convergence de menaces qui réduit considérablement sa marge de manœuvre et pourrait, à terme, lui être fatale.

D’une révolte sociale à une contestation ouvertement politique

À l’origine, le mouvement est né de la colère des commerçants de Téhéran, qui ont fermé leurs boutiques pour dénoncer l’inflation galopante provoquée par l’effondrement de la monnaie nationale. Rapidement rejoints par les étudiants, les protestataires ont étendu la mobilisation à une dizaine d’universités. Dès le 31 décembre, le procureur général avait mis en garde contre toute tentative de « déstabilisation » du régime.

Mais les slogans scandés dans la rue ne laissent guère de doute sur la nature profondément politique du soulèvement. « Mort à Khamenei », « À bas le dictateur », « Iranien, crie pour tes droits » : ces messages dénoncent frontalement les promesses non tenues et réclament la fin d’un régime islamique au pouvoir depuis plus de quarante-cinq ans. Depuis le mouvement « Femme, Vie, Liberté », déclenché par la mort de Mahsa Amini en 2022, une large partie de la population exprime un rejet croissant de lois jugées obsolètes et oppressives.

Cette dimension politique n’a pas échappé aux acteurs internationaux. Le Mossad a publiquement encouragé les manifestants en persan sur les réseaux sociaux, tandis que Washington a réaffirmé sa vigilance. En France, en revanche, certaines réactions à gauche ont mis l’accent sur la seule dimension économique de la crise, suscitant de vives critiques d’associations et de militants iraniens, qui dénoncent une lecture réductrice du mouvement.

Face à cette mobilisation d’ampleur, les autorités iraniennes tentent de minimiser les revendications. Le porte-parole de la police, Saïd Montazeralmahdi, a insisté sur le caractère « purement économique » des protestations, tout en avertissant que toute dérive vers le chaos serait sévèrement réprimée. À ce stade, une trentaine de personnes ont été arrêtées à Téhéran et six manifestants ont perdu la vie.

JForum.fr – illustration : Tour Azadi à Téhéran

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