« Ils me feront un sanctuaire et Je résiderai au milieu d’eux »

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« Ils me feront un sanctuaire et Je résiderai au milieu d’eux »

Terouma 5786: une élévation de tout cœur (vidéo).
Une TEROUMA est une offrande mais les commentateurs ont fait, à propos des trois premiers versets de cette péricope des remarques grammaticales pour essayer d’expliquer à tous le sens caché de ce texte d’apparence très simple et pourtant d’un niveau si élevé.

En prenant en considération les quatre niveaux d’acception de la Torah que l’on désigne sous le sigle « PaRDèS » c’est-à-dire Pshatt le sens simple ou littéral, le Rémez ou le sens par allusion, le Drash ou sens par paraboles et le Sod ou sens caché, nous allons pouvoir disséquer le mot TEROUMA qui nomme la parasha et en effet : le texte de la Torah nous enseigne :

וידבר ה’ אל משה לאמור : דבר אל בני ישראל ויקחו-לי תרומה מאת כל-איש אשר ידבנו לבו תקחו את-תרומתי : וזאת התרומה אשר תקחו מאתם זהב וכסף ונחושת :
L’Eternel parla à Moïse en disant : Parle aux enfants d’Israël qu’ils prennent pour moi un prélèvement de tout homme que portera son cœur, vous prendrez mon prélèvement. Et voici l’offrande que vous recevrez d’eux, l’or, l’argent et le cuivre.

Rashi fait remarquer que la racine du mot Terouma est « larom » (en hébreu actuel élever se dit leharim להרים ) c’est-à-dire élever tout comme dans le mot prélèvement en français fait-il remarquer en signalant aussi que terouma c’est également « hafrasha » qu’est-ce à dire ?
Lorsque l’on fait une offrande, on prélève on prend une partie d’un tout et on sépare cette partie du tout c’est une hafrasha –raison pour laquelle certains désignent la halla que l’on prélève de la pâte à pain comme une terouma-.

Quel est le sens donc de ces mots soulignés en bleu dans le texte qui nous ordonne de prendre une offrande et ce de différentes façons ?

S’il s’agit d’une offrande elle n’est pas à prendre il faut attendre qu’elle soit donnée et s’il faut la prendre presque de force c’est que ce qui est pris ne nous appartient pas.
En effet, même si nous vivons dans le leurre que quelque chose est à nous, en réalité, il ne nous appartient pas, rien ne nous appartient, tout est à D. car c’est D. qui nous a permis d’avoir les facultés d’arriver à ce que l’on est car c’est D. qui nous a permis d’avoir ce dont nous disposons et non pas ce que nous avons.
Les biens terrestres dont il nous est permis de jouir ne sont qu’un prêt pour lequel nous aurons des comptes à rendre le moment venu, car comme il en est question dans la parasha précédente « mishpatim », l’homme doit procéder au maasser c’est-à-dire de prélever la dîme pour faire la tsedaka qui n’est pas une charité comme on le traduit souvent mais qui est une tentative si on peut s’exprimer ainsi de rétablir la justice entre les hommes pour essayer de faire en sorte que celui qui en a les moyens puisse aider celui qui n’a pas les moyens à subvenir à ses besoins.

Si donc ce que nous « avons » ne nous appartient pas comment ferons-nous une offrande ?

C’est que nous avons le devoir d’essayer de nous élever, d’élever notre âme, vers des sommets de sainteté, car nous devons nous efforcer de nous élever de lever nos bras comme si nous avions voulu nous élancer vers l’Absolu et c’est dans ce sens que nous devons faire une offrande.
C’est par ce raisonnement que nous pourrons comprendre pourquoi le texte répète à trois reprises le mot offrande et le verbe « prendre » tout en présentant de légères différences car il y a une condition à cette terouma : אשר ידבנו ליבו.
C’est que chaque individu présente son offrande de « bon cœur » : l’offrande doit se faire volontiers (du mot nedava don) et par amour pour le Créateur.
En ce sens un autre mot vient nous parler de la façon que l’on met à donner : selon son cœur.
C’est donc par amour pour D. que nous devons chercher à nous élever par le biais d’une offrande jusqu’aux sphères supérieures.

Ces offrandes qui sont obligatoires sont minimes de manière à mettre pauvres et riches au même niveau c’est pour cela aussi que le dénombrement (voir parashat shekalim) le demi shekel (mahatsit hashekel) est imposé et c’est avec lui qui aura été offert par tous, que les bêtes présentées aux sacrifices seront acquises, de même que les vêtements sacerdotaux et tout ce qui servira au fonctionnement quotidien du Temple.
Les offrandes sont à prendre de tout un chacun et, pour la troisième terouma chacun aura le devoir d’offrir parmi les fournitures énumérées ce qu’il aura envie d’offrir, encore une fois, selon ses moyens.

Le midrash nous rapporte d’ailleurs une très belle histoire en nous confiant que les femmes ont offert pour la construction du Temple, des ustensiles en cuivre parce que, lorsque les Hébreux étaient encore en Egypte et que les maris rentraient chez eux harassés par le labeur quotidien, les femmes se servaient de leurs ustensiles en cuivre pour se faire belles et encourager leur mari à procréer.
C’est pour honorer la vertu de ces femmes que des ustensiles en cuivre offerts par les femmes eurent une part dans la construction du Temple.

Ce Temple qui va être la Maison de D. Mais n’est-ce pas un contre-sens de construire une maison pour D. ?

En fait, le Temple va servir à permettre aux humains de mieux se concentrer ou mieux d’imaginer que D. siégeant au-dessus du Sanctuaire, l’homme va se hisser vers la Sainteté, vers l’Ineffable.
Le Zohar va nous donner son interprétation du mot Terouma. Le Zohar va décomposer le mot en tarom ha c’est-à-dire élève le HE qui est l’une des lettres du Tétragramme (ou nom de D. qui s’écrit en 4 lettres hébraïques et que le Zohar scinde en deux parties : les deux premières qui résideront dans les sphères supérieures et les deux dernières dans ce monde-ci parmi les hommes) la réflexion du Zohar nous permet de comprendre le mot terouma en tarom hé c’est-à-dire élève le hé de la deuxième partie du Tétragramme des sphères inférieures vers les sphères supérieures.
C’est ainsi que D. va séjourner parmi Ses enfants qui s’efforceront à s’élever vers la Sainteté.

La parasha de cette semaine aborde le sujet de la construction du « Temple » qui accompagnera le peuple juif dans toutes ses pérégrinations jusqu’à ce que le roi Salomon construise le premier Temple à Jérusalem.
Afin que chaque personne se sente attachée au Temple (ambulant ou fixe), HaShem demande des offrandes de la part de chacun, selon son cœur et de chacun selon ses possibilités matérielles.
La différence lexicologique entre l’un et l’autre des verbes latet et litrom est très significative. Nous tenterons, ici, d’en extraire le sens.

La Torah énonce :
וְיִקְחוּ-לִי תְּרוּמָה: מֵאֵת כָּל-אִישׁ אֲשֶׁר יִדְּבֶנּוּ לִבּוֹ, תִּקְחוּ אֶת-תְּרוּמָתִי דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל
Invite les enfants d’Israël à me préparer une offrande de la part de quiconque y sera porté par son cœur, vous recevrez mon offrande. Dans le verset hébraïque est employé le verbe « prendre » ( ויקחו) et non pas le verbe « donner » (לתת).

Que cela vient-il nous enseigner ?

Tout ce qui existe est à notre disposition de par la grâce divine, y compris les moyens dont nous disposons pour notre subsistance mais, rien n’est garanti à aucun d’entre nous et tout est éphémère.
Lorsque D. met Sa confiance en quelqu’un et met chez ce quelqu’un, en dépôt, une somme d’argent c’est, en quelque sorte, pour examiner la conduite de ladite personne en possession de cet argent: va-t-il s’en servir pour s’enrichir et tout garder par devers lui ? Ou bien, va-t-il essayer de donner du bien-être à ceux qui n’en ont pas ? Va-t-il aider les plus faibles et en profiter pour renforcer ceux qui étudient la Torah ?
En ce cas, celui qui donne de son argent, en recevra aussi en retour comme l’affirment les commentateurs du célèbre verset de la Torah dans la parasha de Ki Tissa à propos du mot « venatenou » que l’on peut lire de la même façon à l’endroit ou à l’envers (palindrome) car cela signifie que ce que l’on donne revient vers soi en signe de bénédiction :

כִּי תִשָּׂא אֶת-רֹאשׁ בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל, לִפְקֻדֵיהֶם, וְנָתְנוּ אִישׁ כֹּפֶר נַפְשׁוֹ לַיהוָה, בִּפְקֹד אֹתָם
Le mot לתת en hébreu montre de façon graphique avec la lettre lamed suivie de deux fois la lettre tav que celui qui donne au nom d’HaShem (valeur du Tétragramme =26) et, comme on peut le voir, les deux lettres tav sont écrites comme si l’une donne la main à l’autre.

De plus, la mitsva du demi-shekel que chacun doit donner (en signe de dénombrement et, utilisé pour le fonctionnement du Temple) se dit en hébreu : מחצית השקל (mahatsith hashekel).
En découpant le mot « mahatsith » nous trouverons des indications troublantes venant confirmer le demi verset des Proverbes de Salomon : « la Tsedaka sauve de la mort » (Mishlé X, 2 ou XI, 4).
En effet, le mot demi s’écrit ainsi : מ ח צ י ת la lettre qui s’inscrit au centre du mot est le tsadik initiale du mot tsedaka de chaque côté de cette lettre se trouvent le heth et le youd qui forment le mot hay (vivant) et, plus loin de la lettre tsadik se trouvent les lettres mem et tav qui, ensemble, forment le mot met (mort) ce qui revient à dire qu’en faisant la tsedaka on compte parmi les vivants et que, de plus, la tsedaka peut sauver la personne de la mort.

La tsedaka ne se donne pas sans compter: la Torah fixe des limites : de 10 à 20 % du revenu net après avoir payé ses impôts et autres frais fixes.

Pourquoi est-il spécifié que chacun doit faire une offrande selon son cœur ?

On donne avec sa main et on offre avec son cœur et, en aucun cas, ici, n’intervient la pensée. L’empathie doit intervenir et le souhait d’aider à rétablir une justice sociale en pratiquant la tsedaka mot que l’on traduit indument par charité.

Pourquoi la Torah demande-t-elle : de prendre pour HaShem une offrande ?

Car, on pratiquera une offrande sur ce qu’HaShem nous donne pour faire un prélèvement. Ce mot se rapproche vraiment du mot hébraïque terouma car dans ce vocable se trouve la racine « rom » qui signifie élever tout comme dans « prélèvement » se trouve la racine lever. En faisant un prélèvement, on élève l’offrande à un niveau spirituel (רוחני) en la vouant à un degré de sanctification.
La terouma tout comme la tsedaka est un acte qui, le rappelle Maïmonide, est participatif.
Ainsi, lorsque le Créateur a voulu détruire Sodome et Gomorrhe, D. a annoncé Son intention à Abraham dont la vertu de défendre son prochain était telle que D. a voulu entendre le patriarche se porter à la défense de ces créatures qui avaient d’ores et déjà été condamnées mais l’important était l’intention de vouloir défendre.

Dans la liste des matériaux qu’il est possible d’offrir se trouve l’or. L’or est l’illustration de la rigueur et de l’attribut de Jugement (מידת הדין ).
Pendant que Moïse recevait la Torah au Sinaï, certains se sont tristement illustrés par tout ce qui a concerné le veau d’or. Lors de la sortie d’Egypte, les enfants de Jacob, qui, pendant les 210 années d’esclavage, n’avaient pas perçu de salaire, s’étaient remboursés avec les vases d’or et d’argent des Egyptiens.
Néanmoins, ils s’empressèrent de donner tout cet or nécessaire à l’érection du Tabernacle.
Abordons, à présent, un verset qui n’est pas souvent interprété comme nous le verrons ci-dessous :

ועשו לי מקדש ושכנתי בתוכם
Ils me feront un sanctuaire et Je résiderai au milieu d’eux

Ici, on explique en général ce verset par le tsimtsoum de la Shekhina. En réalité, la Shekhina ne se trouve pas seulement dans le mishkan mais aussi elle se trouve au milieu de chacun d’entre nous et qu’ainsi chacun puisse se forger un « intérieur » doté de bonté et de piété afin que D. puisse trouver dans le cœur de chaque être humain un lieu où résider en pureté et sainteté car Il a créé l’homme בצלם אלוקים : à l’image de D.

Caroline Elishéva REBOUH

JForum.fr

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