Un exercice – Topaze – directement inspiré de la réalité de la guerre en Ukraine. Cette semaine, l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE) a simulé une attaque par des drones de l’une de ses bases – la BA 118 de Mont-de-Marsan, dans les Landes, pour entraîner ses aviateurs à la dispersion « sous faible préavis » d’une escadre de chasse.
Après l’alerte mercredi matin, pilotes, mécaniciens, logisticiens ont ainsi dû préparer l’évacuation « en urgence » d’une vingtaine de Rafale de la 30e escadre de chasse, pour qu’ils se redéploient sur quatre autres bases alentour et préparent un « raid de riposte » contre l’agresseur, à délivrer le lendemain jeudi, notamment à l’aide de missiles de croisière Scalp (factices).
Les conflits de haute intensité « peuvent menacer nos bases aériennes »
« On augmente de plus en plus l’intensité de nos entraînements parce que les conflits auxquels nous sommes potentiellement confrontés sont des conflits de haute intensité, pouvant menacer des sites comme nos bases aériennes », explique à 20 Minutes le général Pierre Gaudillière, Commandant la brigade aérienne de l’aviation de chasse (BAAC). « Par ailleurs, sur tous les conflits que l’on observe en ce moment, la mobilité et l’agilité des moyens sont déterminantes. Si vous restez immobile, vous perdez des militaires, des avions et du potentiel de combat, comme cela a été le cas durant l’opération Spiderweb [Toile d’araignée] ».
En juin 2025, plus d’une centaine de drones ukrainiens, dissimulés dans des camions introduits clandestinement en Russie, avaient endommagé lors d’une attaque simultanée de différents aérodromes russes, plus de 40 aéronefs, notamment des A-50, Tu-95 et Tu-22 M3, causant des dommages d’une valeur totale de plus de 6 milliards d’euros, selon les services de renseignement ukrainien.
Frappes de rétorsion avec missiles de croisière Scalp ou missiles air-air Mica et Meteor
La première partie de l’exercice Topaze consistait ainsi à mettre le maximum d’avions à l’abri dans un délai très court. « J’ai appelé le commandant de l’escadre de chasse de Mont-de-Marsan, qui n’était évidemment au courant de rien, le matin à 8 heures, et il avait jusqu’à 15 heures pour faire décoller une vingtaine d’avions », raconte le général Gaudillière. Il ne s’agissait pas seulement de les faire décoller mais aussi, dans le même temps, d’organiser le redéploiement des Rafale vers quatre bases de repli – Cazaux, Cognac, Mérignac et Clermont-Ferrand – chacune avec une mission spécifique attribuée.
« La base de Cazaux (Gironde) a été désignée comme la base de riposte, c’est-à-dire celle où les avions seraient armés pour effectuer une frappe de rétorsion avec des armements complexes, comme les missiles de croisière conventionnels Scalp ou les missiles air-air Mica et Meteor, poursuit le Commandant de la BAAC. Les pilotes ont donc dû décoller sans savoir où ils allaient, mais avec en tête qu’ils allaient devoir effectuer une mission complexe, qu’ils ne connaissaient pas encore. » L’objectif de l’exercice visait ainsi non seulement à sauver les avions, mais aussi à les renvoyer rapidement au combat.
La base de Clermont-Ferrand, qui accueille l’atelier industriel aéronautique, jouait, elle, le rôle de la base de régénération, avec pour mission de s’occuper de la réparation des appareils. « Parallèlement, il y a eu toute une manœuvre logistique par la route pour acheminer tout le matériel sur ces bases de repli », ajoute le général.
« Ne pas rester immobile »
Ce concept est appelé l’Agile Combat Employed (ACE), et il est décliné à l’ensemble des membres de l’Otan. On peut toutefois se demander à quoi sert la défense antiaérienne s’il faut envisager l’évacuation d’une base aérienne à la moindre attaque de drones ? « Une base aérienne est bien évidemment défendue par de la défense sol-air, de la lutte antidrones, et de la défense aérienne avec nos avions de combat prêts à intercepter n’importe quel type de menaces en quelques minutes, rappelle le général Gaudillière. On s’appuie ainsi sur une architecture multicouche. Mais on ne peut pas exclure la possibilité d’attaques saturantes, comme on en voit au-dessus de l’Ukraine, mêlant des missiles de croisière, des drones de combat type Shahed… Il faut donc être agile et prévoir d’autres modes d’action. Et surtout, je le répète, ne pas rester immobile. »
Notre dossier sur la guerre en Ukraine
L’exercice Topaze s’est appuyé sur le réseau de 28 bases aériennes de l’armée de l’Air en métropole et en Corse, ainsi que sur des pistes civiles. « Cela montre que nous possédons un réseau de bases connectées entre elles, ce qui nous assure une résilience. En une journée, nous sommes ainsi capables de nous redéployer sur ce réseau et continuer d’opérer. »
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