D’un côté comme de l’autre de la ligne de front, les armées tiennent bon. L’Ukraine comme la Russie ont des raisons solides de ne pas lâcher de terrain, militaire comme diplomatique. Quatre ans après l’invasion des troupes russes le 24 février 2022, la fin de la guerre n’a pas encore sonné. S’il est évidemment impossible de prédire l’avenir, en regardant les forces en place de part et d’autre, les experts estiment que les deux armées pourraient tenir encore au moins deux ans.
Grâce au soutien européen, « l’Ukraine devrait être en mesure de poursuivre sa lutte défensive jusqu’en 2027, voire plus longtemps », avance ainsi Rafael Loss, chargé de mission défense, sécurité et technologie au Conseil européen des relations étrangères (ECFR). De son côté, « Vladimir Poutine semble penser la même chose de la Russie », ajoute-t-il. Des deux côtés, des difficultés mettent cependant en péril les opérations de terrain sur le très long terme et « unes des deux parties va craquer dans les deux ans qui viennent », analyse Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux, historien, officier de réserve.
Des ressources qui se tarissent
Pour le moment, les belligérants peuvent encore tenir d’un point de vue matériel. La Russie, grâce à son allié chinois qui lui fournit une large partie de son stock de drones et de missiles. L’Ukraine, elle, s’appuie sur ses alliés européens, qui ont débloqué un prêt de 90 milliards d’euros, « même s’il lui manque des missiles antiaériens », signale Yohann Michel, chercheur à l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD).
Des deux côtés, les armées accusent néanmoins des « pertes humaines effroyables », selon le chercheur. Pour l’Ukraine, on compte entre 100.000 et 140.000 morts entre février 2022 et décembre 2025, selon les dernières estimations du Center for strategic ans international studies (CSIS) de janvier 2026. Plus du double de blessés et disparus (entre 500.000 à 600.000 victimes). Toujours selon la même source, la guerre a fait 1,2 million de victimes militaires russes (tués, blessés et disparus) et jusqu’à 325.000 morts sur la même période.
Avec cette difficulté supplémentaire depuis quelques mois : Moscou ne parvient plus à regarnir ses rangs aussi vite qu’avant, perdant ainsi des hommes mobilisables sur le front. En Ukraine aussi il existe un problème d’effectif global, auquel s’ajoute la problématique d’une population jeune (18-25 ans) trop peu nombreuse. « C’est surtout les plus de 40 ans qui vont faire la guerre et forcément, ce ne sont pas les mêmes performances en première ligne », analyse Stéphane Audrand.
Blocage diplomatique
Pour comprendre l’impasse des négociations imposées à marche forcée par l’administration Trump, il faut se rappeler que la guerre en Ukraine n’a pas commencé en février 2022. En 2014, déjà, la Russie a annexé la Crimée et cela fait bien plus de temps que « Moscou cherche à inféoder l’Ukraine par des manœuvres de manipulation, de corruption ou d’empoisonnements », martèle Yohann Michel. Aujourd’hui, la Russie n’a donc pas intérêt à lâcher le peu de territoires qu’elle a réussi à conquérir (47,000 km2, soit 13 % de l’Ukraine, selon l’Institute for the study of war) en quatre ans.
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C’est pourquoi Moscou fait systématiquement des démonstrations de force à l’ouverture de pourparlers en bombardant violemment les villes ukrainiennes. La dernière en date : une centaine de drones et plusieurs dizaines de missiles lancés à l’ouverture des négociations à Genève la semaine dernière. Kiev, de son côté, joue la survie même de son existence comme Etat indépendant. Les autorités ukrainiennes craignent une reprise des combats après un éventuel cessez-le-feu et réclament une présence européenne pour garantir sa sécurité future. Inacceptable côté russe.
Pas un jour, sans assauts
C’est pourquoi on continue, d’un côté comme de l’autre, à tenter de gagner du terrain sur le front, malgré des grignotages qui paraissent presque symboliques vus de loin. « Il ne se passe pas un jour sans des combats, des assauts, des offensives », souligne Stéphane Audrand. « Ces dernières semaines ont peut-être été les plus dynamiques sur le front depuis un an ou deux », confirme Rafael Loss.
Face à la détermination russe, l’Ukraine montre qu’elle a encore des cartes dans sa manche. Ces dernières semaines, elle est parvenue à lancer des contre-offensives systématiques pour libérer les territoires contestés. L’avenir peut encore réserver quelques surprises.
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