Guerre en Ukraine : « C’est le combat de ma vie »… Un Français parti au front raconte

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A l’orée d’une forêt, des militaires courent, se couchent dans la neige pour éviter plusieurs explosions. La courte vidéo, projetée dans l’église catholique ukrainienne de Vincennes (Val-de-Marne), est suivie d’une autre. Dans la nuit noire, une ville s’embrase sous les tirs nourris de l’artillerie russe avant un assaut. En cette fin février, quatre ans après le début de l’invasion russe en Ukraine, ces extraits amènent la guerre dans l’église, comme des flashs lointains, et illustrent bien la violence des combats.

Devant une assemblée attentive, Mickaël*, la trentaine, raconte les combats auxquels il a participé dans le Donbass et la région de Kharkiv avec la Légion internationale pour la défense de l’Ukraine, aujourd’hui dissoute. Lors de cette cérémonie en hommage aux victimes du conflit, organisée par des scouts ukrainiens en France, son engagement est longuement applaudi. « Ce soldat français venu en Ukraine pour défendre les Ukrainiens, ça m’a touché », assure Roman, 22 ans, un Ukrainien arrivé il y a quatre ans en France.

Un départ pour la Légion en octobre 2024

S’il requiert l’anonymat – « pas de photo, ni de vidéo » – Mickaël accepte de se confier à 20 Minutes son passage en Ukraine. Fatigué par une mauvaise nuit qu’il explique par le stress post-traumatique, il reste profondément marqué par la guerre. Psychologiquement, mais également physiquement : blessé à la jambe droite par une explosion, il est toujours en rééducation.

Mickaël a postulé en 2024 pour entrer dans la légion internationale. Après avoir répondu aux questions d’un recruteur en visio, fait valoir une première expérience militaire en Amérique du Sud, il démissionne de son poste de chargé de mission insertion pour les jeunes de l’aide sociale à l’enfance et traverse en octobre la frontière ukrainienne.

Sur son sac, Mickaël garde un bracelet aux couleurs du drapeau ukrainien, en souvenir de ceux morts en Ukraine.
Sur son sac, Mickaël garde un bracelet aux couleurs du drapeau ukrainien, en souvenir de ceux morts en Ukraine. - E. Jehanno/20 Minutes

Son engagement, ce fervent catholique l’explique en premier lieu par sa foi. « Je suis convaincu que si tout a été fait pour que j’aille en Ukraine, c’est parce que Dieu l’a voulu. C’est le combat de ma vie. » Paradoxe : avant 2022, il avait une image positive de Vladimir Poutine, qu’il voyait « comme un grand chef d’Etat ». Il s’était d’ailleurs rendu trois fois en Russie, à Moscou et à Saint-Pétersbourg. Les images des civils tués, des massacres commis à Boutcha l’ont fait radicalement changer d’avis sur l’autocrate russe, assure-t-il.

Le patriotisme européen comme motivation

Mickaël, qui se décrit comme survivaliste « mais pas conspirationniste », loue aussi le patriotisme et le nationalisme, « qui ne sont pas quelque chose de mauvais ». Les Ukrainiens qu’il a rencontrés sur le front sont, jure-t-il, tous « patriotes à 100 % ». Celui qui a grandi en Espagne, puis a été naturalisé Français en 2016, dit être parti combattre « pour défendre l’Europe ». « C’était presque une obligation morale de faire ma part pour essayer de laisser un monde meilleur à mes enfants plus tard et, donc, défendre l’Ukraine. »

Interrogé sur son appartenance à l’extrême droite, il refuse de répondre, affirmant ne pas vouloir parler de son « idéologie personnelle ». Il a toutefois répondu à une interview sur un site prisé de l’ultradroite en 2025. « Moi et tous mes camarades, on ne combat pas pour Zelensky ou pour un régime, on combat pour quelque chose de plus grand que ça, pour un peuple qui a le droit d’exister », balaye-t-il.

Contactés, les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères n’ont pas souhaité répondre à nos questions. Emmanuel Grynszpan, journaliste au Monde qui couvre la guerre depuis 2022, indique connaître l’existence de combattants d’extrême droite ou néonazis parmi les Français partis combattre en Ukraine. D’autres enquêtes, notamment de Streetpress, ont également mis en lumière la présence de membres de l’ultradroite française sur le front. « Ces groupes se font et défont assez vite en fonction des désaccords », nuance le journaliste.

Des visages « défigurés par la peur » lors des combats

Après un entraînement de deux mois, Mickaël indique avoir rejoint le groupe de Français de la légion pour combattre dans le Donbass entre les mois de décembre et janvier. De février à avril 2025, il part sur le front nord dans la région de Kharkiv. « Tous les fronts, c’est l’enfer. On était toujours déployé avec les Ukrainiens, là où il y avait des percées. La sensation d’avoir les drones qui volent sur vos positions, chaque fois qu’on entend le sifflement d’un obus qui tombe à côté, rien ne nous prépare à ça. »

Dans l’Est de l’Ukraine, il voit les villages détruits par la guerre, les nombreuses victimes civiles et militaires. « C’est réel. Une fois qu’on rentre dans la zone de combats, on est à portée de tout ce que les Russes ont. Et on voit beaucoup de visages être défigurés par la peur, des gens qui, à l’entraînement, avaient l’air solides. » La mort devient une compagne quotidienne. Sur son sac kaki, Mickaël garde un bracelet bleu et jaune aux couleurs du drapeau ukrainien, en souvenir de ceux décédés en Ukraine.

« La guerre ne vous quitte pas »

Entre les missions, la vie sur place s’organise dans des maisons abandonnées dans un froid glacial, alors que les températures atteignent les moins 20 °C. « Il n’y a pas d’eau courante, pas d’électricité, retrace Mickaël. Il faut bricoler. On passe beaucoup de temps à améliorer la baraque, à couper du bois pour se chauffer, récupérer l’eau pour se laver. » L’équipe est nourrie par l’armée ukrainienne ou par des dons de la population. Blessé en avril 2025, le Français est évacué dans un hôpital de campagne, puis à Lviv, avant d’être transféré dans un centre de rééducation près des Carpates ukrainiennes.

Il est alors diagnostiqué comme étant en état de stress post-traumatique. « On quitte la guerre, mais la guerre ne vous quitte pas. On est toujours sur ses gardes », déclare-t-il. La dissolution de la Légion internationale l’année dernière met fin à sa prise en charge en Ukraine. Il doit démissionner et s’installe dans l’Est de la France.

« Aujourd’hui, il reste très peu de Français en Ukraine », souligne le journaliste Emmanuel Grynszpan. Au cours de ses reportages, il a rencontré des parcours variés, des défenseurs de la démocratie aux combattants attirés par l’argent, en passant par des déséquilibrés ou des profils un peu perdus. Mickaël, lui, ne parvient pas complètement à tourner la page comme le voudraient ses proches. Et songe à repartir en Ukraine quand il pourra à nouveau courir et s’agenouiller.

* Le prénom a été modifié.

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