Que s’est-il passé le 28 février 2026 dans la ville iranienne de Minab ? La réponse n’est pas claire tant les versions des Etats-Unis, de l’Iran et d’Israël divergent sur le bombardement d’une école.
Une nouvelle vidéo mise en ligne dimanche par l’agence de presse semi-officielle iranienne Mehr et authentifiée par le New York Times, montre un missile de croisière Tomahawk frappant une base navale près d’une école à Minab. L’armée américaine est la seule force impliquée dans le conflit à utiliser des missiles Tomahawk, a rappelé le quotidien. Dès vendredi, il avait suggéré dans une enquête que la frappe sur une école pourrait être le fait d’un bombardement américain visant une base navale des Gardiens de la révolution située à proximité.
Ni les Etats-Unis, ni Israël n’ont admis avoir commis une telle frappe et Donald Trump en avait imputé samedi la responsabilité à l’Iran. Il a assuré lundi qu’une enquête était « en cours ». Selon les autorités iraniennes, l’explosion a fait plus de 150 morts. Mais ce tragique bilan humain n’a pas pu être confirmé de manière indépendante. 20 Minutes fait le point sur ce que l’on sait alors que la guerre en Iran continue de faire rage.
Que peut-on vérifier ?
Les images filmées depuis un parking montrent de la fumée noire s’échappant d’un bâtiment éventré, orné de fresques représentant des crayons de couleur, des enfants et une pomme. L’AFP a géolocalisé la vidéo : le site correspond à un bâtiment à Minab, dans la province d’Hormozgan, qui semble être une école, bien qu’il ne soit pas possible d’en vérifier la nature de source indépendante.
L’AFP a également établi que le bâtiment était proche de deux sites contrôlés par le Corps des Gardiens de la révolution islamique (IRGC). La clinique Shahid Absalan, qui se trouve sous la direction de la marine des IRGC, se trouve à 238 mètres du site bombardé. Le complexe culturel Seyed al-Shohada de l’IRGC se trouve à 286 mètres. La ville est en outre située à un endroit stratégique, proche du détroit d’Ormuz, l’un des passages maritimes les plus importants pour le commerce mondial des hydrocarbures.
La télévision publique iranienne et un média local ont identifié le site comme étant celui de l’école élémentaire de filles Shajare Tayyebeh, à Minab.
Qu’affirme l’Iran ?
Selon l’Iran, plus de 150 personnes dont de nombreux enfants ont été tuées sur ce site, dans ce que le président Massoud Pezeshkian a décrit comme une frappe israélo-américaine sur une école. Selon les médias d’Etat, les funérailles d’au moins 165 personnes ont eu lieu le 3 mars en Iran, dont celles d’élèves tuées dans la frappe présumée.
La télévision a diffusé des images montrant une foule rassemblée autour de corps enveloppés dans des linceuls blancs. D’autres images montraient des cercueils ornés de drapeaux iraniens, certains portant la photographie d’un enfant. Une troisième séquence diffusée par les médias d’Etat montrait une foule importante entourant des cercueils identiques avec une inscription en persan : « Funérailles des enfants morts à Minab ». Des images aériennes montraient des excavateurs creusant au moins une centaine de tombes sur un site non précisé.
L’AFP n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante la date à laquelle ces images ont été filmées, ni de les géolocaliser.
Quelle est la position des Etats-Unis ?
Interrogé samedi sur un éventuel bombardement de l’école par les Etats-Unis, Donald Trump a répondu : « Non. Sur la base de ce que j’ai vu, cela a été fait par l’Iran ». « Le Tomahawk – qui est l’une des armes les plus puissantes en circulation – est vendu et utilisé par d’autres pays et que ce soit l’Iran – qui a aussi certains Tomahawks – […] ou quelqu’un d’autre, le fait est qu’un Tomahawk est très générique et vendu à d’autres pays », a-t-il affirmé lundi.
Le ministre de la Défense, Pete Hegseth, qui se tenait aux côtés de Donald Trump, a déclaré que le Pentagone menait une enquête « mais seul l’Iran cible les civils ». Des élus de l’opposition démocrate ont réclamé une enquête « impartiale » du Pentagone.
Quelle est la version d’Israël ?
L’armée israélienne a déclaré le 1er mars « ne pas être au courant » d’une frappe américaine ou israélienne contre une école. « Nous opérons de manière extrêmement précise », a assuré le porte-parole militaire, le lieutenant-colonel Nadav Shoshani.
Que disent l’ONU et les ONG ?
A Genève, le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, a dit vendredi espérer que l’enquête américaine soit « rapide » et se déroule « en toute transparence ».
Notre dossier sur la Guerre en Iran
L’organisation de défense des droits humains Hengaw, dont le siège est en Norvège, a annoncé enquêter sur l’identité des élèves qui auraient été tués dans ce bombardement. Elle a expliqué que les cours du matin se déroulaient à l’école Shajare Tayyebeh au moment de l’incident et qu’environ 170 élèves auraient pu alors être présents.
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