«Plus de 12.000 euros le retour en France, pour quatre personnes, en classe éco. » À l’autre bout du fil, Marie, 43 ans, n’en revient toujours pas. Partie en Thaïlande avec son mari et ses deux enfants de 7 et 10 ans, elle pensait simplement rentrer en France après les vacances scolaires. Mais après les frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, puis la riposte de Téhéran, une partie de l’espace aérien du Moyen-Orient a été perturbée. Avec la guerre, de nombreux vols reliant l’Europe et l’Asie, qui nécessite une escale dans la région, ont été supprimés. Et des centaines de Français se retrouvent bloqués, comme Marie et sa famille. Et Jess.
Ce pompier originaire de l’Oise devait aussi rentrer de Phuket avec sa femme et ses deux adolescents, via Doha. « Sur ma réservation, le vol était confirmé. Mais sur le site, Qatar Airways annonçait que tous les vols étaient annulés », explique-t-il. Pendant deux jours, aucune information claire. « C’est ça qui est horrible : ne rien savoir. Si je n’étais pas allé à l’aéroport, je n’aurais jamais eu de nouvelles », s’exclame-t-il.
Après trois heures d’attente au comptoir, on lui a finalement trouvé un vol le 11 mars, passant par la Turquie, sans frais supplémentaires. Mais l’hébergement reste à leur charge. « On a fait trois hôtels en deux jours près de l’aéroport, au cas où on pouvait partir. Là, on a une semaine en plus dans un logement. Ce n’était pas prévu dans le budget. En plus, on avait fait appel à une agence pour ne rien avoir à s’occuper. Mais elle non plus, elle ne répond pas. Mentalement, c’est épuisant. On se sent vraiment seuls, complètement abandonnés. » La seule façon de trouver des informations pour ce père de famille a été de « fouiller sur les réseaux sociaux ».
« Le plus dur, c’est le silence »
À Bali, en Indonésie, Anna, 25 ans, vit la même situation. Son vol retour a été annulé deux heures avant le départ. « Sans aucun message d’explication, précise-t-elle. Le plus dur, c’est le silence. » Cette jeune photographe indépendante devait rentrer à Rouen pour couvrir un mariage. « J’ai dû trouver quelqu’un pour me remplacer en urgence. Et je perds aussi des contrats. » En cherchant un autre billet pour rentrer au plus vite et « limiter les dégâts », elle est tombée sur des trajets de plus de 30 heures, avec trois escales, à 4.600 euros. Elle avait payé son aller-retour 1.000 euros.
Si la situation n’évolue pas positivement, la jeune femme pense rester « un mois de plus, histoire de faire des shootings » pour son book ou des « collaborations ». « J’ai de la chance aussi parce que ma meilleure amie habite ici, donc je ne suis pas seule et pas à la rue », appuie-t-elle.
Pour Vivien, 33 ans, qui devait rentrer à Paris en passant par le Koweït après un voyage à Oman et la Thaïlande, c’est plus compliqué : il se retrouve tout seul. Lui aussi parle d’un manque « cruel de communication ». « Mon vol a été annulé quelques heures avant le départ, dit-il, dépité. Depuis, je passe mon temps à chercher des solutions. » Que ce soit la compagnie [Koweït Airways] ou l’ambassade, « personne ne répond », s’exaspère-t-il, tout en témoignant des prix de vols exorbitants. « Et je dois reprendre le boulot demain », lance-t-il. Si sa manageuse a compris la situation, il s’inquiète du temps et des coûts que les événements engendrent. « Je ne sais pas du tout comment je vais faire », souffle-t-il.
Des phases d’angoisse
Billets hors de prix, silence des compagnies et de l’ambassade… Tous racontent la même situation. À Phuket, Marie a appris la situation samedi, à la piscine, en entendant une Française parler des bombardements au téléphone. « On a compris que ça allait être compliqué mais on ne pensait pas être autant touchés », détaille-t-elle. En se rapprochant d’Ethiad, elle a attendu 5 heures pour avoir quelqu’un au téléphone, après s’être déplacée à l’aéroport pour voir un guichet fermé.
Elle a préféré choisir le remboursement plutôt que la reprogrammation du vol, prévu le 11 mars. « On ne voulait pas prendre de risque, que la situation ne soit pas réglée et qu’on repasse par cette phase d’angoisse, sans se sentir en sécurité », insiste-t-elle.
Après cette étape, le nouveau challenge pour la famille nantaise a été de trouver un billet retour pour quatre. « Ça a été un enfer, souffle-t-elle, rappelant les billets à 12.000 euros et les 40 heures de voyage. On s’est même dit qu’on allait prendre chacun un enfant et partir séparément pour trouver plus facilement. Et si jamais des trajets étaient convenables, en trois secondes, ils n’existaient plus », affirme-t-elle.
« On n’est pas sous les bombes »
« Et sinon, 0 nouvelle de l’ambassade ou du gouvernement, poursuit Marie, agacée. On a l’impression de ne pas être de l’Etat français même si on comprend que toutes les demandes ne peuvent être satisfaites. Mais un peu de considération quand même… » Elle attend du gouvernement qu’il fasse « au moins pression » sur les compagnies françaises pour qu’elles arrêtent d’augmenter les prix. « On est des milliers à être bloqués. C’est injuste et honteux, cette politique tarifaire », rappelle-t-elle.
Finalement, la famille a trouvé un vol pour le 17 mars, dans deux semaines, à 1.500 euros et en passant par Shanghai. « Les enfants vont donc louper l’école. De mon côté, on verra au retour avec mon employeur. Et pour mon mari, commerçant, il peut compter sur ses deux salariés. »
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En attendant d’être en France, toutes les personnes interrogées s’estiment « chanceuses » d’être en Asie, en « sécurité ». « On sait qu’on n’a pas vraiment le choix et que c’est une situation globale très anxiogène. Et on n’est pas sous les bombes… », lance Marie. « Si j’étais parti deux jours avant, je serai bloqué au Koweït, donc je relativise », avance Vivien. « On est un peu dans l’inconnu, mais personne ne peut y faire grand-chose », estime Anna. De son côté, Jess affirme : « On sera rassuré quand on sera rentré en France. »
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