Le nom du successeur d’Ali Khamenei, tué au premier jour des opérations américano-israéliennes qui frappent l’Iran, était ces derniers jours au coeur de multiples spéculations. Dimanche, l’un des six fils du guide tué, Mojtaba Khamenei, 56 ans a été désigné comme nouveau guide suprême par l’Assemblée des experts, un collège de 88 membres appartenant au clergé chiite.
Si l’homme à la barbe grise est peu connu du grand public, il a joué « un rôle d’éminence grise » pour son père durant des années, explique Théo Nencini, chercheur doctorant à l’Institut catholique de Paris et à Science Po Grenoble, spécialiste de l’Iran. « C’est une nomination dont l’objectif est d’assurer une forme de continuité autant à l’intérieur du régime qu’à l’intérieur du pays. Elle prend aussi compte le contexte de cette guerre », analyse-t-il.
Conservateur et proche des Gardiens
Mojtaba Khamenei est une « copie conforme » de son père, abonde Bertrand Badié, politologue et spécialiste des relations internationales, interrogé sur France 24. Le quinquagénaire a notamment été formé par l’ayatollah Mesbah Yazdi, « théoricien d’une ligne théologique et religieuse très conservatrice », précise Théo Nencini. Il est aussi connu pour sa participation à la répression sanglante du « mouvement vert », une vague de manifestations s’opposant à la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, en 2009.
Autre atout pour le régime des mollahs : Mojtaba Khamenei est proche d’une partie du commandement des Gardiens de la révolution, bras armé du régime. Sa nomination pourrait ainsi permettre de « recentraliser une dynamique d’allégeance notamment des forces armées vis-à-vis des forces politiques », précise le spécialiste de l’Iran.
Une nouvelle dynastie ?
Mais ce scénario, s’il assure une forme de continuité, va également à l’encontre des idées promues par la République islamique d’Iran. « La révolution s’était insurgée contre le mécanisme de reproduction dynastique », rappelle Théo Nencini. En 1979, le shah d’Iran a été chassé du pouvoir, marquant la fin du règne des Pahlavi, après 54 ans à la tête de l’Iran. La succession de père en fils chez les Khamenei a donc un air de déjà-vu qui « fragilise leur propre discours politique », expose l’expert. Malgré tout, des milliers de personnes se sont rassemblées ce lundi à Téhéran pour prêter allégeance au nouveau guide suprême.
Si Mojtaba Khamenei a reçu le soutien du Hezbollah ou encore du président russe, Vladimir Poutine, Donald Trump n’a pas tardé à faire connaître son désaccord. « Je ne suis pas content », a notamment déclaré le président des Etats-Unis, interrogé par le New York Post. La veille, il avait prévenu que le nouveau guide suprême « ne tiendra pas longtemps » sans son aval. Un avertissement dont Téhéran n’a pas tenu compte.
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