Eliminer, les unes après les autres, les figures de proue du régime iranien. C’est par cette stratégie qu’Israël, soutenu par ses alliés américains, entend venir à bout de la République islamique. Des opérations couronnées de succès ces dernières semaines.
Depuis le début de la guerre lancée par Donald Trump et Benyamin Netanyahou le 28 février, l’armée israélienne peut en effet se targuer d’avoir neutralisé de hauts dirigeants. Parmi eux, le ministre du Renseignement Esmaïl Khatib, Ali Larijani, puissant chef du Conseil suprême de sécurité nationale, ou encore le guide suprême Ali Khamenei. Israël a promis le même sort à son fils Mojtaba, qui lui a succédé le 8 mars.
D’une ambition à l’obsession
Pour parvenir à ces opérations difficiles à encaisser pour le régime iranien, tant moralement que stratégiquement, Israël a mis les moyens depuis des décennies. C’est d’abord « l’obsession du régime iranien de détruire Israël » qui a conduit Israël à placer « l’Iran en tête de la liste de ses priorités » et investir des moyens « pour en savoir le plus possible sur cette menace et se préparer à la contrer », développe Assaf Orion, chercheur international au Washington Institute for Near East Policy et ancien chef de la planification stratégique de l’armée israélienne.
Ensuite, c’est « un travail de fourmi, de surveillance, de tri de données et d’organisation d’opérations » qui a été mis en place par les services israéliens, notamment le Mossad, poursuit Raphaël Jerusalmy, ancien officier du renseignement militaire de l’armée israélienne. Pour arriver aux résultats actuels : des agents capables de cibler les plus hauts dignitaires du régime iranien.
Le renseignement humain, le nerf de la guerre
Le Mossad peut notamment s’appuyer sur le renseignement humain, ou ce qu’on appelle aussi des taupes. Car Israël sait profiter des tensions et des jalousies entre membres du régime pour recruter un pointeur. « Dans toute dictature, il y a des rivalités », résume Raphaël Jerusalmy, « même si l’effondrement du régime n’est pas pour demain », nuance Dan Lomas, chercheur en relations internationales à l’université de Nottingham, expert de l’espionnage.
L’opposition aussi peut servir de réservoir. C’est pourquoi « la CIA et les services secrets britanniques (SIS/MI6) utilisent des applications sécurisées pour encourager l’opposition au régime à espionner », ajoute Dan Lomas. Pour Assaf Orion, c’est l’« arrogance et l’excès de confiance » ainsi que l’« aveuglement révolutionnaire radical, la profonde détresse nationale et la répression cruelle de l’opposition » qui « crée un terrain fertile pour le recrutement d’agents animés par diverses motivations ». Le Mossad appelle régulièrement les Iraniens à « agir » et les contacter « via une ligne sécurisée » sur les réseaux sociaux.
Concrètement, le pointeur va circuler dans la société iranienne, dans les cercles du régime ou dans l’opposition. Le Mossad peut notamment le recruter dans la diaspora iranienne en Israël, environ 200.000 citoyens. Un agent du Mossad prend le relais pour se lier d’amitié avec la personne identifiée comme une potentielle source en Iran. Si cette dernière est partante, elle sera alors contactée par une troisième personne, l’activateur, qui va la conseiller et lui donner des instructions.
A la fin, c’est le facteur humain qui permet « d’avoir un visuel sur le terrain. C’est indispensable, à la fois pour donner le feu vert mais aussi pour envoyer la confirmation de la réussite de l’opération. C’est ce qu’il s’est passé avec l’ayatollah Khamenei », assure Raphaël Jerusalmy.
La technologie, allié de taille
Sans oublier la technologie, parfois aussi basique que les caméras de surveillance publiques. Comme tout régime autoritaire, la République islamique abuse de la surveillance de son peuple. Israël n’a alors qu’à se baisser – ou plutôt hacker – les CCTV. C’est ce qui a permis « de cerner les habitudes et d’identifier le moment et le lieu propices pour frapper » les hauts responsables iraniens, détaille Assaf Orion.
L’intelligence artificielle permet de trier et analyser les données récoltées par les différentes sources de renseignement. Cette analyse des données peut même « presque prédire la conduite des cibles quand elles sont suivies depuis des années », assure Raphaël Jerusalmy.
Puis la collaboration étroite – et surtout rapide – entre le Mossad, les services de renseignement de la Défense et le Shin Bet (la sécurité intérieure) aide l’armée israélienne à se débarrasser de ces cibles.
Un combat sans fin ?
Ces chefs éliminés, dont l’aura et l’autorité étaient respectées par les partisans du régime chiite au-delà des frontières iraniennes, seront difficilement remplaçables, si ce n’est ou par des personnalités qui « n’ont pas le même charisme, ni le même génie stratégique », souligne Raphaël Jerusalmy.
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Pour les autres, c’est comme une hydre, quand on coupe une tête, de nouvelles repoussent. Venir à bout du régime peut alors prendre les allures d’une opération sans fin. Sauf qu’à chaque remplaçant « on baisse le niveau d’expérience, de charisme, d’efficacité », soutient Raphaël Jerusalmy. Ils sont par ailleurs davantage susceptibles de négocier, par crainte pour leur vie. Le Mossad en profite alors pour « leur proposer de tourner le dos » au régime iranien, soutient Raphaël Jerusalmy.
Israël parvient ainsi à « créer les conditions propices à la chute future du régime et à son remplacement par des forces iraniennes internes », selon Assaf Orion. Avec l’objectif de rendre son ennemi incapable de poursuivre son programme nucléaire. Pourtant, « nous en sommes au même point qu’auparavant ; l’Iran a un nouveau dirigeant, le régime reste solide et – bien qu’affaibli – le pays a réussi à bloquer le détroit d’Ormuz et a encore des cartes à jouer », nuance Dan Lomas.
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