Il était vendu jusqu’ici avec une portée de 2.000 km. Deux missiles Khorramshahr-4 de portée intermédiaire (MRBM) auraient toutefois été tirés ces derniers jours, depuis l’Iran, vers l’île britannique – mais qui accueille une base américaine – de Diego Garcia, dans l’océan Indien, située à près de… 4.000 km de là.
De fait, cela donnerait la capacité à Téhéran d’atteindre l’Europe, y compris la France, avec une telle arme. Sauf que, derrière la simple arithmétique, d’autres éléments sont à prendre en compte avant de céder à la panique. Voici ce que l’on sait.
Comment l’Iran a-t-il pu allonger significativement la portée de son missile ?
D’abord, pourrait-il s’agir d’un missile secret, que l’Iran aurait sorti de ses silos enfouis sous terre ? « C’est ce qu’a fait la Russie avec l’Orechnik, donc pourquoi pas ? » dit à 20 Minutes Etienne Marcuz, expert en armements stratégiques. « Mais je ne pense pas qu’ils aient pu dégainer une arme secrète qui serait jusqu’ici totalement passée sous les radars. En revanche, qu’ils aient modifié un missile, ou un lanceur spatial, c’est envisageable ».
Le plus probable reste toutefois que les Iraniens aient tout simplement « utilisé une version à charge militaire allégée de leur MRBM Khorramshar-4, qui emporterait habituellement une charge d’une tonne [voire 1,5 tonne] ». « Plus la charge utile est faible, plus le missile va loin, mais cela implique des effets militaires à l’impact significativement moindres, et surtout une précision très faible à l’arrivée, détaille l’expert. Il est peu probable que les charges militaires auraient impacté la base si elles avaient survécu à l’interception pour l’une, et à un problème inconnu pour l’autre. »
Selon le Times, le premier missile balistique aurait en effet été intercepté entre jeudi soir et vendredi par un missile SM-3 tiré depuis un destroyer de l’US Navy, tandis que le second serait retombé après avoir parcouru 3.200 kilomètres, soit à environ 640 kilomètres de la base militaire américano-britannique des îles Chagos.
L’Europe, et notamment la France, doivent-elles se sentir menacées ?
S’il est bien doté d’une portée de 4.000 km, ce missile serait désormais capable d’atteindre un bon nombre de capitales européennes. Y compris Londres et Paris. Faut-il s’en inquiéter plus que de raison ?
« Cet arsenal longue portée de petite taille est vulnérable aux interceptions exoatmosphériques » souligne Etienne Marcuz. « Cela tombe bien, l’Europe est justement défendue par deux sites Aegis équipés de missiles SM-3, en Pologne et en Roumanie, et spécifiquement choisis pour protéger le continent contre la menace balistique iranienne ». Certes, ces sites sont gérés par les États-Unis, « mais même dans le cas très improbable d’une attaque iranienne visant le sol européen, elle concernerait probablement une base états-unienne [Fairford ou Rammstein], ce qui inciterait fortement les États-Unis à la défendre » poursuit l’expert.
Mais surtout, « quel intérêt aurait l’Iran à s’attaquer au territoire européen, dont les pays restent pour le moment dans une position prudente ? », interroge-t-il.
Un message politique avant tout ?
Pour plusieurs experts, l’intérêt de l’opération iranienne, plus que de réaliser un coup d’éclat en atteignant une cible lointaine, se trouve dans le message que les Gardiens de la Révolution souhaitent faire passer.
Il ne s’agit évidemment pas de minimiser la capacité de frappe de l’Iran, « qui possède l’arsenal de missiles le plus important et le plus diversifié du Moyen-Orient, avec des milliers de missiles balistiques et de croisière » dont quelques-uns peuvent atteindre avec certitude l’Europe du Sud, souligne le Centre pour les études stratégiques et internationales (CSIS). Mais d’intégrer que cette attaque vers Diego Garcia peut potentiellement « être interprétée comme un signal aux Européens de ne pas s’impliquer davantage dans ce conflit », estime Etienne Marcuz.
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