Même s’il a dit tout et son contraire depuis le début du conflit en Iran, Donald Trump avait annoncé, au début de la guerre, une durée de « quatre à six semaines » de bombardements avant de venir à bout du régime des Mollahs.
Alors que cela fera un mois, samedi, que les Etats-Unis et Israël ont entamé le pilonnage de l’Iran, rien ne semble indiquer une issue prochaine du conflit. Au contraire, avec l’arrivée potentielle d’environ 3.000 soldats parachutistes américains de la 82e division aéroportée, qui pourraient tenter de s’emparer de l’île de Kharg afin de forcer Téhéran à rouvrir le détroit d’Ormuz, on peut même craindre qu’il ne s’installe dans la durée. Dès lors, peut-on parler d’enlisement ?
« Une fois la main dans la gueule du chien, ils n’arrivent plus à la retirer »
Oui et non. Le conflit dure, mais difficile pour autant de taxer les Etats-Unis d’être à la peine, au regard de leur écrasante supériorité aérienne. « Les buts de guerre initiaux de Trump étaient de faire tomber le régime, régler le problème balistique, et détruire ce qu’il pouvait du programme nucléaire, analyse Stéphane Audrand, historien et consultant indépendant en risques internationaux. En dehors de faire tomber le régime, il faut reconnaître que les Américains arrivent très bien à tuer les chefs, à casser les usines et les sites de lancement ».
Mais, ce faisant, ils ont « poussé les Gardiens de la Révolution dans leur retranchement et une logique d’escalade, ces derniers se retournant contre les pays du Golfe pour mondialiser le conflit, seul moyen pour eux de faire lâcher prise à Trump et Netanyahou ». Pour Stéphane Audrand, on peut donc parler « d’enlisement » puisque, « une fois la main dans la gueule du chien, les Américains n’arrivent plus à la retirer ».
« Escalade horizontale »
« Au lieu de la traditionnelle escalade verticale [où les deux camps intensifient les échanges de tirs], nous sommes ici face à une escalade horizontale, c’est-à-dire que de plus en plus d’acteurs sont impliqués dans le jeu, les monarchies pétrolières en tête, confirme Guillaume Lasconjarias, historien militaire et directeur des Etudes et de la recherche à l’Institut des hautes études de la défense nationale (IHEDN). Or, plus vous élargissez le spectre, plus cela devient compliqué, et la complexité est l’ennemi du temps court. Ce sera encore plus le cas si les pays du Golfe, qui sont restés jusqu’ici dans une position attentiste, décident d’intervenir. »
Cet expert estime toutefois qu’« il est encore trop tôt pour parler d’enlisement » et préfère évoquer une « forme de plateau, parce que le but des Iraniens est de gagner du temps, et on voit qu’ils sont capables de prendre des risques pour imposer leur volonté ».
« Le coût infligé des frappes iraniennes se fait de plus en plus ressentir »
Les Etats-Unis « avaient certainement imaginé qu’en écrasant les défenses iraniennes, ils annihileraient leur volonté de combattre » poursuit Guillaume Lasconjarias. « De ce point de vue, ils ont eu une mauvaise surprise ». Certes, « il y a une diminution du nombre de tirs de drones et de missiles de la part des Iraniens, poursuit-il, mais leur degré de précision, et le coût infligé de ces frappes, se fait de plus en plus sentir. On le voit quand ils visent de manière précise les radars, les centres de communication, et quand ils tirent sur des villes israéliennes comme Dimona ».
Reste, également, à savoir comment va tourner la situation du détroit d’Ormuz, où 20 % du pétrole mondial transitait avant la guerre. « Cette carte que les Iraniens ont abattu a clairement été sous-estimée par Donald Trump » estime Guillaume Lasconjarias.
Aujourd’hui, « l’économie mondiale tient Trump responsable du destin d’Ormuz, et il va bien falloir résoudre ce problème » ajoute Stéphane Audrand. L’Iran entraine de fait, peu à peu, Trump « dans une intervention qui dure, alors que le président américain a fait campagne sur les guerres courtes, et sur le retour des »boys » à la maison, poursuit Guillaume Lasconjarias. Il est donc mis face à ses contradictions, puisqu’il se trouve désormais contraint d’envoyer toujours plus d’hommes, notamment des forces terrestres, ce qui ferait passer le conflit à un autre stade ».
« Pour faire une guerre courte, il faut avoir bien planifié, dit-il encore. On ne peut pas soupçonner les militaires américains d’avoir mal planifié, mais il est plus que probable que l’échelon politique américain n’ait pas pris la mesure de ce que signifiait cette guerre ».
« Chaque pays définit ses buts de guerre »
Enfin, et surtout, « les objectifs sont de plus en plus dissociés entre les Etats-Unis et Israël », insiste Guillaume Lasconjarias. Une analyse que partage Stéphane Audrand. « Il faut vraiment prendre en compte que c’est une guerre à trois, avec un partage des tâches quasiment égalitaire entre les Etats-Unis et Israël. Chaque pays définit ses buts de guerre, or, ceux de Netanyahou ne sont pas ceux de Trump, et la notion d’enlisement n’est pas la même pour les Américains que pour les Israéliens. »
C’est pourquoi « quand bien même Trump déciderait d’un coup d’arrêter les frais et de ramener ses troupes au pays, les Israéliens, eux, ne s’arrêteront pas pour autant, car leur but de guerre consiste à raser tout ce qu’ils peuvent en Iran pour mettre une génération entière à l’abri de toute menace. Donc, cela peut durer longtemps ».
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