C’est l’un des derniers hommes forts de Téhéran à être encore en vie. Mohammad Bagher Ghalibaf, puissant président du Parlement iranien, est au centre des attentions depuis plusieurs jours.
Car c’est peut-être de lui dont il s’agit quand Donald Trump parlait dimanche soir de nouveaux dirigeants iraniens « bien plus raisonnables ». « Nous avons affaire à des personnes différentes de celles auxquelles quiconque a eu affaire auparavant », a assuré le président américain à des journalistes, ajoutant « entrevoir un accord » avec ces nouveaux dirigeants iraniens, « peut-être bientôt ».
« J’étais parmi ceux qui distribuaient des coups dans la rue et j’en suis fier »
Mohammad Bagher Ghalibaf est-il réellement « bien plus raisonnable » ? Il a rejoint le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) dès son adolescence, pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980. Agé de 64 ans aujourd’hui, l’homme est resté toute sa vie un fervent partisan des Gardiens de la révolution. Il est décrit comme un conservateur et un représentant de l’aile dure de la scène politique iranienne. Il a notamment participé à la violente contre-insurrection menée contre les rebelles kurdes dans l’ouest de l’Iran.
Nommé chef de la police iranienne dans les années 1990, il a durci les pratiques policières lors des manifestations étudiantes, notamment en 1999. « J’étais parmi ceux qui distribuaient des coups dans la rue et j’en suis fier », l’entend-on dire à propos de ces manifestations dans un enregistrement audio de 2013, rapporte CNN.
Pilote reconnu – il a participé à des batailles décisives comme la reconquête de Khorramshahr en 1982 – il a ensuite pris la tête de la Force aérospatiale des Gardiens de la révolution (CGRI) entre 1997 et 2000. Mohammad Bagher Ghalibaf s’est ensuite lancé en politique, au début des années 2000.
Maire de Téhéran pendant douze ans
Ambitieux, il s’est présenté trois fois à l’élection présidentielle (en 2005, 2013, 2024) et s’est retiré en 2017 en faveur d’Ebrahim Raïssi. Battu à chaque reprise, il a notamment été devancé par Mahmoud Ahmadinejad en 2005. Mais ces campagnes lui offrent une notoriété nationale, lui permettant de prendre la très convoitée mairie de Téhéran, qu’il conservera douze ans, de 2005 à 2017.
Durant cette période, il fait preuve de pragmatisme avec la réalisation d’une extension du métro et d’autres infrastructures, crée des logements et des espaces verts. Mais de sérieuses accusations de corruption entachent son mandat.
Président du Parlement depuis 2020, il serait « en charge de superviser l’effort de guerre et la stratégie », selon Farzan Sabet, chercheur à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, interrogé par l’AFP. L’enseignant à l’université de Yale Arash Azizi estime, lui, qu’il s’agit désormais de « l’homme le plus puissant d’Iran », car c’est « une figure rare dont le portefeuille chevauche les fonctions militaires, sécuritaires et politiques du régime », rapporte RFI.
« L’archétype de l’ancien militaire autoritaire et politique »
« Ghalibaf correspond parfaitement à l’archétype de l’ancien militaire autoritaire et politique. […] En matière de politique étrangère, il prône généralement un Iran fort, mais ne s’est pas opposé aussi catégoriquement à toute négociation ou concession. […] Mais l’idée qu’il serait ouvert à des concessions géantes aux États-Unis est assez difficile à croire », estime le commentateur iranien Alireza Talakoubnejad, rapporte Le Courrier international.
Depuis le début des frappes américaines et israéliennes le 28 février, il prend la parole quotidiennement sur le réseau social X, généralement pour provoquer Washington. Le 23 mars, il assurait d’ailleurs « qu’aucune négociation n’a été tenue avec les États-Unis, et de fausses nouvelles sont utilisées pour manipuler les marchés financiers et pétroliers et échapper au bourbier dans lequel les États-Unis et Israël sont embourbés ».
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