L’Iran a essuyé ces dernières heures de nouvelles salves de bombardements. Dans la nuit de mardi à mercredi, « les forces américaines ont utilisé avec succès plusieurs munitions à pénétration profonde de 5.000 livres [2.270 kg] contre des sites de missiles iraniens renforcés, situés le long des côtes iraniennes, près du détroit d’Ormuz », a en effet annoncé sur les réseaux sociaux le Commandement central des Etats-Unis au Moyen-Orient.
« Les missiles de croisière antinavires iraniens déployés sur ces sites représentaient une menace pour la navigation internationale dans le détroit », poursuit l’US Central Command. L’objectif de ce bombardement massif était clairement de détruire les capacités antinavires des Iraniens situées le long des côtes, pour permettre de sécuriser le détroit d’Ormuz, actuellement (presque) entièrement fermé à la navigation.
Une bombe développée « pour neutraliser les cibles fortifiées et profondément enfouies »
Pour cette opération, l’armée américaine a notamment utilisé des bombes GBU-72 Advanced 5K Penetrator, alors qu’elle utilisait jusqu’ici, notamment, des bombes GBU-31 de 900 kg. Mais sa particularité n’est pas tant son poids que ses capacités. « La GBU-72 a été développée pour neutraliser les cibles fortifiées et profondément enfouies, et est conçue pour les avions de chasse et les bombardiers, expliquait dans un communiqué l’US Air Force en 2021, à l’issue des essais de cette bombe. La létalité devrait être nettement supérieure à celle d’armes similaires plus anciennes comme la GBU-28 [bombe guidée antibunker de 2.268 kg] ».
La GBU-28 serait capable selon The War Zone, de pénétrer plus de 45 mètres de terre et au moins 4,5 mètres de béton armé. Les capacités de la GBU-72 sont donc censées être supérieures. De nouvelles capacités de guidage sont par ailleurs censées lui apporter un surcroît de précision par rapport au guidage laser de la GBU-28, et doivent permettre à l’US Air Force de mener ce type de frappes par tous les temps.
Le bombardier B-1B Lancer, « la chose la plus bruyante sur terre »
Pour pilonner l’Iran, les Etats-Unis utilisent leurs trois bombardiers stratégiques, le B-1B Lancer, le B-2A Spirit et le B-52H Stratofortress, qui sont stationnés sur les bases de Diego Garcia (pour les B-2) – base américaine située sur un territoire britannique dans l’océan Indien-, et de Fairford (pour les B-1 et B-52), base de la Royal Air Force localisé dans le sud de l’Angleterre. Le gouvernement britannique a en effet approuvé l’utilisation de cette dernière pour des frappes « défensives » contre des sites militaires iraniens, mais il a refusé de s’impliquer dans le conflit plus large.
Sur la base de Fairford, la 501e escadre de soutien au combat de l’US Air Force gère et appuie les opérations. Quelque six B-52 et douze B-1 ont été comptabilisés, effectuant environ deux ou trois séries de départs et un nombre similaire d’atterrissages par jour. La base a également enregistré plusieurs départs d’avions-cargos de l’US Air Force.
Une telle concentration d’avions de guerre, attire des centaines de curieux chaque jour, qu’ils soient spécialistes de l’aviation ou simples curieux. « Le B-1 est quasiment la chose la plus bruyante sur terre, a témoigné auprès de l’AFP Adrian, un passionné d’avions militaires, après un décollage du bombardier. Je n’ai jamais rien entendu d’aussi fort, même quand on est habitué aux avions de chasse. »
Une excitation tempérée par la conscience de la gravité de la situation au Moyen-Orient. L’US Air Force montre d’ailleurs ostensiblement au public les munitions qu’elle charge dans ses avions bombardiers avant leur décollage vers l’Iran, qu’il s’agisse de bombes ou de missiles.
Une facture estimée à « 20 milliards de dollars »
Difficile d’évaluer le volume de bombes actuellement utilisées par les Américains. Mais une étude très poussée du Foreign Policy Research Institute (FPRI) a analysé qu’au cours des 96 premières heures du conflit, « les États-Unis [et Israël] ont utilisé quelque 5.197 munitions de 35 types différents », dont 532 bombes GBU-31, GBU-32 et GBU-38. Cela fait « d’Epic Fury la campagne aérienne d’ouverture la plus intensive de l’histoire moderne, surpassant largement les trois premiers jours de l’intervention en Libye », assure le FPRI.
La facture s’en est fait ressentir : elle est estimée à « 20 milliards de dollars » sur ces quatre premiers jours, en prenant en compte les munitions utilisées et les pertes subies (notamment un radar d’alerte précoce au Qatar et trois avions de chasse F-15E Strike Eagle).
L’utilisation effrénée de ces armements pose surtout la question de leur disponibilité. « Parmi les 35 types de munitions utilisés, 21 [possèdent] des stocks importants et des chaînes de production bien établies », assure cette étude. C’est le cas notamment des bombes GBU 31,32 et 38, puisque leur stock permettrait aux Etats-Unis de poursuivre la guerre, au même rythme, durant… 865 jours. Mais « le véritable coût de la guerre se concentre sur les 14 systèmes actuellement mis à rude épreuve » ajoute le FPRI.
Certaines bombes réapprovisionnées en… 2028
« Les stocks américains de missiles balistiques ATACMS et PrSM [Precision Strike Missile] ont diminué d’un tiers, la production des ATACMS étant désormais à l’arrêt. Les intercepteurs THAAD des pays partenaires, les plus faibles en nombre, ont également été épuisés, de plus d’un tiers. Huit bombes GBU-57 Massive Ordnance Penetrator [une bombe de… 13.600 kg qui serait capable de pénétrer jusqu’à 61 mètres de profondeur avant d’exploser] ont été utilisées, soit près d’un quart des stocks restants, qui ne peuvent être délivrés que par la flotte de 20 bombardiers B-2 Spirit, tandis que leur réapprovisionnement n’est pas prévu avant 2028 », énumère l’Institut.
La capacité de réapprovisionner ces stocks « ne s’active pas d’un claquement de doigts, ajoute cet institut, c’est une longue chaîne qui commence par l’accès aux minéraux, aux ressources énergétiques et aux sous-traitants, et se termine par des chaînes de production ».
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En conclusion, « la coalition peut continuer à frapper car les ressources sont abondantes en bombes » mais « la contrainte stratégique réside dans les intercepteurs qui assurent la sécurité des bases, et les armes à longue portée qui menacent les lanceurs ennemis ». Le facteur décisif de la guerre moderne réside donc « moins dans la capacité de frappe que dans la capacité de rechargement de l’industrie de défense ».
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