Guerre au Moyen-Orient : L’échec consommé des casques bleus au Liban, surnommés la « force inutile des Nations Unies »

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En deux jours, trois soldats indonésiens sont morts dans le Sud Liban. Ils ne combattaient ni pour le Hezbollah libanais, ni du côté d’Israël. Ils faisaient partie des casques bleus déployés sur place dans le cadre de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (Finul) pour veiller au maintien de la paix dans la zone frontalière avec Israël. Une mission créée par le Conseil de sécurité de l’ONU il y a près de 50 ans avec les résultats qu’on connaît et le pire bilan humain de toutes les missions de maintien de la paix de l’ONU.

Quand la Finul a été mise en place, en 1978, son but était de « confirmer le retrait israélien du Liban, de rétablir la paix et la sécurité internationales et d’aider le gouvernement libanais à recouvrer son autorité effective dans la région ». Sauf que la suite n’a pas été de tout repos. Avec l’invasion israélienne de 1982, la guerre de 2006 et la nouvelle invasion par Israël en 2024, la Finul devait à chaque fois surveiller la fin des hostilités et garantir l’accès humanitaire aux civils.

« La Force inutile des Nations Unies au Liban »

Depuis, les hostilités n’ont pas cessé au sud Liban, elles ont même gagné en intensité après les frappes américano israéliennes contre l’Iran, fin février dernier. Et la présence de la Finul et de ses 8.195 personnels n’y change rien. « Mes camarades là-bas l’appellent la Force inutile des Nations Unies au Liban », ironise Guillaume Ancel, écrivain et ancien officier de l’armée française engagé plusieurs fois sous mandat de l’ONU.

Les récents événements le prouvent, la présence de casques bleus ne permet pas de maintenir la paix au Liban. « Mais leur présence gêne quand même, notamment les Israéliens qui n’aiment pas trop que des militaires observent leur façon d’agir », assure l’ancien soldat. Si l’ONU avance des origines inconnues pour les explosions qui ont tué ses trois casques bleus, dimanche et lundi, elle confirme toutefois des tirs ciblés. L’un « dans une position de la Finul » et l’autre qui a « détruit leur véhicule ». Toujours le week-end dernier, le chef d’Etat-major de la Finul, le général français Paul Sanzey, a été mis en joue par des soldats israéliens et un convoi logistique du détachement militaire onusien a été touché par des tirs de Tsahal.

« Ce n’est pas la première fois que des soldats de la Finul sont pris à partie par des militaires israéliens, qui les stoppent, leur ordonnent de partir, c’est à peine s’ils n’ont pas été désarmés », explique Guillaume Ancel. Pour lui, les casques bleus auraient dû forcer le passage, s’imposer, parce qu’ils n’ont pas à recevoir d’ordre de l’armée israélienne. « Mais les soldats de la Finul ont interdiction de riposter, que ce soit contre les Israéliens ou contre le Hezbollah. Ça enlève toute forme d’autorité et les autres en face le savent », déplore l’ancien militaire. Pourtant, en 2006, avant d’envoyer 2.000 soldats français pour renforcer la Finul au Liban, le président Jacques Chirac avait obtenu de l’ONU des clarifications « sur les règles d’engagement, qui doivent garantir la liberté de circulation de la force et sa capacité d’action face à d’éventuelles situations hostiles ».

L’usage de la force est prévu mais peu utilisé

Ce « paradoxe » des casques bleus, Guillaume Ancel l’a vécu à Sarajevo, lors de la guerre en ex-Yougoslavie. « On avait l’ordre de ne riposter en aucun cas. Et donc les Serbes, quand ils l’ont compris, ils faisaient des cartons sur nous et nous, on était là, on leur envoyait des lettres de  »strong protest » ». Pourtant, la Charte des Nations unies permet l’usage de la force dans le cadre de ses missions de maintien de la paix. Un usage largement détaillé dans les deux volumes du « Manuel du bataillon d’infanterie des Nations Unies ». Dans le point 2.5.3, il est explicitement inscrit que l’usage proactif de la force est admis en cas de « légitime défense » ou pour « défendre le mandat » des casques bleus. Dans les faits, ce n’est arrivé que rarement, comme au Congo ou au Mali par exemple.

Outre l’ex-Yougoslavie, avec les massacres que n’ont pu empêcher les casques bleus de l’ONU, on peut aussi citer le génocide au Rwanda. A l’époque, l’assassinat de dix casques bleus belges chargés de protéger le Premier ministre n’avait entraîné aucune autre riposte que le retrait du contingent belge de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR). Pour l’ancien militaire, « laisser l’impunité se répandre chez les agresseurs », sape toute forme d’autorité des casques bleus.

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Pour le Liban, le mandat initial de la Finul, visant notamment à « rétablir la paix et la sécurité internationales », n’est clairement pas atteint. Cités par BFM, les chiffres du ministère libanais de la Santé, diffusés samedi, font état de 1.238 personnes tuées depuis le début des combats entre Israël et le Hezbollah, dont 124 enfants, 87 femmes et 52 personnels soignants et secouristes. Et Israël n’a pas caché sa volonté de réoccuper durablement une partie du sud Liban. La Finul, qui ne pourra pas s’y opposer, doit de toute façon quitter le Liban à partir de la fin 2026, en accord avec une résolution de l’ONU votée l’été dernier à la demande des Etats-Unis et d’Israël. Au cours de cette mission de près de 50 ans, l’ONU aura perdu plus de 340 personnels. Contacté par 20 Minutes, le Département des opérations de paix (DPO) de l’ONU n’a pas donné suite.

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