Un coup grave porté à l’aide humanitaire. L’ONG Médecins sans frontières (MSF) est sommée de quitter la bande de Gaza et la Cisjordanie d’ici le 28 février. Et ce, alors que l’enclave est dévastée par deux ans de guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas. Si l’association est devenue persona non grata, c’est parce qu’elle refuse de transmettre la liste de son personnel aux autorités israéliennes, en l’absence de garanties de sécurité.
Depuis le 31 décembre 2025, MSF n’était déjà plus autorisée à acheminer du matériel médical et à maintenir les rotations de son personnel international à Gaza. Michel Lacharité, responsable des programmes d’urgence de MSF, explique à 20 Minutes les conséquences de ce retrait.
Y a-t-il encore des marges de négociations d’ici le 28 février ?
Nous cherchons toujours à négocier avec les autorités israéliennes. Depuis mars 2025 et la mise en place de ces nouvelles exigences, on a cherché à discuter des conditions dans lesquelles le partage de ces données personnelles aurait pu se faire avec des garanties minimum, mais ce dialogue n’existe pas. Le ministère de tutelle – celui de la diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme – refuse de discuter avec les ONG.
On refuse de donner à l’aveugle un pouvoir de coercition supplémentaire à Israël, qui pourrait se retourner contre la sécurité du personnel. On veut comprendre le mécanisme, les critères choisis. Depuis le début du conflit, 1.700 membres du personnel de santé ont été tués, des centaines ont été arrêtés arbitrairement, d’autres torturés, amenés dans des centres de détention. On est face à un choix impossible : fournir sans discussion, sans condition, des listes de personnels pour espérer continuer à travailler à Gaza ou arrêter nos activités.
Israël explique que cette mesure permettrait de repérer les terroristes parmi le personnel de santé. Avez-vous eu des retours sur des profils ?
On prend extrêmement au sérieux cette question. Il y a eu deux alertes. On a eu des photographies datant d’une dizaine d’années. On a demandé qu’il y ait une enquête indépendante pour savoir exactement ce qui s’est passé, qui étaient ces personnes. Nous avons aussi cherché à comprendre les conditions dans lesquelles ils ont été tués par Israël. Lorsque les forces israéliennes ont assassiné l’un de nos collègues avec ces allégations, il y a eu, par ailleurs, quatre morts, victimes collatérales, dont deux enfants.
Nous n’avons pas intérêt à recruter des membres actifs et combattants. Dans nos procédures, on essaie d’abord de recruter des gens sur la base des compétences, mais nous ne sommes pas une organisation de renseignements. On a la capacité de vérifier jusqu’à une certaine limite.
Quelles seront les conséquences humanitaires de votre départ ?
En 2025, MSF a organisé 800.000 consultations médicales. En ce moment, notre organisation pompe, traite et distribue 4,5 millions de litres d’eau chaque jour. Un lit sur cinq et trois accouchements sur cinq sont soutenus par MSF. Le travail qu’on fait dans le domaine de la santé est énorme, mais nous ne sommes pas les seuls. C’est important de rappeler le travail des trente-six autres ONG qui sont menacées d’être bloquées – comme nous – à la fin du mois de février.
On appelle les États à influencer Israël pour qu’il change d’idée. Israël devrait faciliter l’assistance. En tant que puissance occupante, ça fait partie de ses obligations au regard du droit humanitaire international. Là, on ne voit qu’une contrainte supplémentaire pour porter secours à la population.
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