Faut-il redouter le retour de la clavelée, cette maladie qui tue 80 % des élevages de brebis et de mouton ?

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«Pour que l’État agisse avant une nouvelle catastrophe sanitaire ». Dans un communiqué de presse, la section ovine de la Coordination rurale sonne l’alerte à propos de la clavelée, aussi appelée variole ovine. Une maladie virale qui touche ovins et caprins, soit « les petits ruminants », explique Emmanuel Garin, docteur vétérinaire, épidémiologiste au Groupement de Défense Sanitaire (GDS) France. « La maladie fait partie de la famille des poxvirus, comme la dermatose nodulaire contagieuse chez les bovins », ajoute-t-il.

Les symptômes observés : des plaques rouges, des papules, puis des vésicules qui se percent pour laisser la place à des croûtes sur l’animal. Les moutons peuvent également avoir du jetage, des écoulements au niveau du nez, ainsi que des larmoiements. Les animaux touchés vont avoir de la fièvre, de l’abattement et d’importantes douleurs en raison des nodules qui se développent sur et à l’intérieur du corps.

Une contagion intense

« La clavelée est une maladie extrêmement contagieuse, appuie l’épidémiologiste. Un animal qui est infecté va en contaminer beaucoup, provoquant une épizootie ». Les « modalités » de transmission sont nombreuses et variées : par contact direct entre les animaux, par inhalation ou encore via des insectes piqueurs. « Le virus peut aussi survivre dans l’environnement (le sol, la litière…) », complète Emmanuel Garin. La maladie est mortelle, notamment pour les plus jeunes. « Dans nos contrées, la mortalité qui peut atteindre jusqu’à 80 % des agneaux », estime-t-il. Pour les animaux qui ne meurent pas les conséquences restent lourdes : « Ils ne seront plus en capacité de produire beaucoup et pourront avoir d’autres maladies ». En revanche, elle n’est pas transmissible à l’homme.

En Grèce, la multiplication des foyers de clavelée, ou variole ovine, fragilise la filière.
En Grèce, la multiplication des foyers de clavelée, ou variole ovine, fragilise la filière.  - Nicolas Koutsokostas/Shutterstock/SIPA

Dans certains pays d’Asie, du Moyen-Orient ou encore d’Afrique du Nord, la maladie est « enzootique », c’est-à-dire endémique. Au niveau européen, elle est classée A, c’est-à-dire qu’elle doit faire l’objet de déclaration obligatoire et d’une éradication immédiate. L’Ordre national des vétérinaires rappelle à 20 Minutes que la maladie n’existe pas sur notre territoire. En effet, la France est indemne de clavelée depuis 1964.

Résurgence européenne

Mais les éleveurs s’inquiètent. La Grèce fait face à des foyers de contamination ces derniers mois avec des lourdes conséquences. En Thessalie, dans le centre du pays, plus de 260.000 moutons et chèvres, soit environ 2 % du cheptel national, ont été abattus au cours des 12 derniers mois, poussant 1.100 exploitations à fermer, selon les chiffres du gouvernement cités par Reuters en septembre dernier. « Il y a une résurgence en Europe et c’est un danger pour nos filières, car les échanges commerciaux favorisent la propagation des maladies », martèle Nathalie Boudot, responsable de la section ovine au sein de la Coordination rurale.

« Ce qu’on veut surtout c’est anticiper l’arrivée de cette maladie chez nous, appuie-t-elle. Pour la fièvre catarrhale ovine (FCO), le manque d’anticipation a conduit à une diminution du cheptel national ». Cette maladie virale dite « de la langue bleue » circule depuis 2015 sur le territoire national, sous trois formes : les sérotypes BTV8, en 2015, BTV4 en 2017 et depuis le mois d’août 2024, le BTV3. « C’est assez impressionnant les dégâts que ça peut causer sur un troupeau mais aussi sur l’éleveur, confie l’éleveuse, qui possède 500 brebis Texel dans l’Allier. Il y a un impact économique, mais aussi psychologique très important. »

Pour la variole ovine, il n’y a pas de traitement mais un vaccin existe. « L’idée, c’est de constituer un stock stratégique déjà prêt, et d’opérer une veille sanitaire importante avec un focus sur la clavelée mais aussi d’autres maladies », souligne Nathalie Boudot. Et d’alerter : « La filière ovine est déjà fragile, puisqu’on ne produit que 60 % de ce que l’on consomme. Si une nouvelle crise frappait après la FCO, ça serait une catastrophe ».

Prévention, surveillance, lutte

« La vaccination seule n’est pas suffisante, rappelle de son côté Emmanuel Garin. Elle est un outil parmi d’autres de la gestion sanitaire. » Cette dernière suit un triptyque : la prévention, la surveillance, puis la lutte. Et des mesures en ce sens : vigilance des éleveurs et des vétérinaires, mesures de biosécurité, restrictions de mouvement des cheptels, confinement des animaux infectés jusqu’à l’extinction du foyer avec le dépeuplement pour supprimer la source.

En France, la situation est sous surveillance car la clavelée, comme la peste porcine africaine, est présente en Europe. « La situation en Grèce est inquiétante car cette deuxième phase d’épizootie est pire que la première. Nous ne sommes pas à l’abri de mouvements d’animaux qui n’auraient pas dû avoir lieu, de camions mal nettoyés… », évoque Emmanuel Garin.

Le Groupement de Défense Sanitaire (GDS), organisation technique à but non lucratif créée par et pour les éleveurs après la Seconde Guerre mondiale afin d’éradiquer la tuberculose bovine et la brucellose, veut renforcer la sensibilisation des acteurs de terrain avec les partenaires. « Afin de faire en sorte que les éleveurs et les vétérinaires puissent reconnaître la maladie le plus vite possible si malheureusement elle arrive chez nous, affirme le docteur vétérinaire. La base de la santé pour les animaux de production, c’est le collectif ».

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