Espagne : Premier cas d’antisémitisme d’État dans l’UE

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Espagne : Premier cas d’antisémitisme d’État dans l’UE

L’Espagne traverse une phase que de nombreux observateurs jugent sans précédent depuis sa transition démocratique. Ce qui relevait autrefois d’actes marginaux d’hostilité envers les Juifs s’est progressivement transformé en un phénomène plus profond : la banalisation, au sommet de l’État, d’un discours mêlant antisionisme radical et références assimilées par de nombreux experts à de l’antisémitisme politique.

Pendant des décennies après la fin de la dictature de Francisco Franco, l’Espagne avait cherché à se présenter comme un pays ayant tiré les leçons du XXᵉ siècle européen. L’enseignement de la Shoah a été intégré aux programmes scolaires, les discours antisémites officiellement condamnés et, en 2020, Madrid a adopté la définition internationale de l’antisémitisme promue par l’IHRA. Cette trajectoire semblait placer le pays dans le camp des démocraties vigilantes.

Depuis le 7 octobre 2023, un tournant s’est opéré. Les incidents visant des Juifs ou des institutions juives ont fortement augmenté, tandis que le climat politique s’est durci. Les données disponibles indiquent une hausse spectaculaire des actes antisémites en 2024 par rapport aux années précédentes, parallèlement à un niveau record d’arrestations liées au djihadisme en 2025. Pour la communauté juive espagnole, estimée à environ 50 000 personnes, ces chiffres traduisent moins une succession d’événements isolés qu’un sentiment durable d’insécurité.

Au cœur des inquiétudes figure le rôle du discours politique. Selon plusieurs militants et responsables associatifs, l’hostilité envers Israël est devenue, dans certains cercles gouvernementaux et militants, une posture idéologique présentée comme légitime, voire morale. Cette évolution est perçue comme une rupture : l’antisémitisme ne serait plus seulement un problème social à combattre, mais un phénomène implicitement validé par des responsables publics.

Le parcours d’Esteban Ibarra, fondateur du Mouvement contre l’intolérance, illustre cette alerte. Engagé de longue date dans la défense des droits humains, il a contribué à structurer la surveillance des actes antisémites en Espagne dès les années 1990. Aujourd’hui, il affirme que la dynamique actuelle dépasse largement les tensions communautaires habituelles. À ses yeux, la responsabilité première incombe au climat politique entretenu par une partie de la gauche radicale et de la coalition au pouvoir.

Le Premier ministre Pedro Sánchez a ainsi qualifié Israël d’« État génocidaire » devant le Parlement, une déclaration contestée par de nombreux juristes et historiens. D’autres membres du gouvernement, dont la vice-Première ministre Yolanda Díaz, ont publiquement repris des slogans considérés par l’IHRA comme niant le droit du peuple juif à l’autodétermination. Pour les représentants juifs, ces prises de position franchissent la frontière entre critique politique et délégitimation identitaire.

Cette rhétorique a trouvé un écho au-delà de l’Espagne, notamment à travers les interventions de Josep Borrell, ancien ministre espagnol et haut représentant de l’Union européenne. Ses accusations répétées contre Israël, souvent formulées sans référence équivalente aux crimes du Hamas, ont été interprétées par plusieurs organisations juives comme un usage de doubles standards.

Les conséquences sont visibles dans la vie quotidienne. À Madrid et Barcelone, des manifestations ont ciblé des équipes sportives israéliennes, des établissements juifs ou des entreprises supposées liées à Israël. La diffusion récente d’une carte recensant des institutions juives à Barcelone a ravivé la crainte de violences ciblées.

Face à cette situation, des voix s’élèvent pour réclamer des mesures structurelles : création d’un organe public spécifiquement chargé de lutter contre l’antisémitisme, application rigoureuse des engagements internationaux et distinction claire entre débat diplomatique et stigmatisation collective. Pour beaucoup, l’Espagne représente désormais un test pour l’Europe : celui de la capacité des démocraties à empêcher que la haine idéologique ne s’installe durablement au cœur du pouvoir.

Jforum.fr

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