En Syrie, l’opération tourne au piège

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En Syrie, l’opération tourne au piège

Dans la nuit syrienne, les images diffusées par Tsahal montrent des silhouettes progressant dans des ruelles sombres, sous les flashes des tirs. La vidéo, captée par des caméras embarquées, documente l’intervention de la brigade 55 dans le village de Beit Jann, au sud de la Syrie, dans le cadre de la mission « Flèche du Bashan ». Ce qui devait être une opération d’arrestation ciblée s’est rapidement transformé en combat rapproché.

Selon l’armée israélienne, les forces de la division 210 avaient reçu pour mission d’interpeller plusieurs membres de l’organisation Jamaa Islamiya, un groupe islamiste sunnite actif au Liban et dans la région, accusé de préparer des attaques contre Israël depuis le territoire syrien. Agissant sur la base de renseignements collectés depuis plusieurs semaines, les soldats ont pénétré dans le village pour arrêter trois suspects, appréhendés dans leur lit, sans résistance initiale.

C’est au moment du repli que la situation a basculé. Immédiatement après les arrestations, des tirs nourris ont pris pour cible les soldats. S’est alors engagé un affrontement direct à très courte distance, dans un environnement urbain où la visibilité est limitée et où chaque coin de rue peut abriter un tireur. D’après le porte-parole de Tsahal, les militaires ont riposté, neutralisant plusieurs assaillants tout en poursuivant leur mission d’exfiltration.

Le bilan côté israélien illustre la violence de l’échange : six soldats blessés, dont trois grièvement. Tous ont été évacués par hélicoptère vers les hôpitaux Rambam et Sheba, où leur état est décrit comme stable. Parmi eux figurent des officiers de la brigade de réserve parachutiste 55, engagée depuis plusieurs mois dans la sécurisation de la nouvelle zone tampon que l’armée a établie en territoire syrien, au-delà du Golan.

Sur le plan opérationnel, l’armée insiste sur le fait que « tous les objectifs ont été arrêtés ». Les trois membres présumés de Jamaa Islamiya ont été transférés en Israël pour interrogatoire, et plusieurs terroristes ont été tués au cours de l’échange de tirs. Un véhicule militaire, qui avait ouvert le feu sur les troupes et s’était ensuite immobilisé, a été détruit par une frappe aérienne afin d’empêcher toute réutilisation et d’éliminer la menace résiduelle.

Sur le versant syrien, le tableau est tout autre. Des sources locales et les médias officiels évoquent au moins une dizaine de morts parmi les combattants, et avancent des bilans plus lourds, parlant d’une trentaine de victimes et de possibles civils parmi les tués. Damas dénonce une « incursion » et un « massacre », accusant Israël de violer la souveraineté syrienne et de frapper dans des zones habitées. Ces chiffres ne sont pas confirmés par Israël, qui maintient que ses frappes visaient des terroristes impliqués dans des tirs de roquettes et la pose d’explosifs.

L’incident s’inscrit dans un contexte plus large : depuis la chute du régime d’Assad et la désintégration de nombreuses structures étatiques, le sud de la Syrie est devenu un puzzle d’acteurs armés. On y retrouve des milices pro-iraniennes, des cellules proches du Hezbollah, mais aussi des groupes sunnites, dont Jamaa Islamiya, déjà présente dans les camps palestiniens du Liban et dotée d’une branche armée. Pour Israël, la combinaison d’un État affaibli, de frontières poreuses et de groupes idéologiquement hostiles constitue une menace directe.

À Jérusalem, l’incursion de Beit Jann est présentée comme un exemple de la doctrine actuelle : frapper loin, tôt et de manière chirurgicale, afin de perturber des infrastructures terroristes avant qu’elles ne puissent lancer des attaques vers le territoire israélien. Les responsables militaires soulignent que les suspects arrêtés sont soupçonnés d’avoir déjà participé à des tirs de roquettes et à la préparation d’engins explosifs improvisés.

Mais ces opérations répétées ont un prix. Elles exposent les soldats à des embuscades complexes, comme celle qui a blessé six d’entre eux, et renforcent la tension avec Damas, qui appelle la communauté internationale à condamner Israël. Sur le terrain, des habitants de Beit Jann témoignent de la peur suscitée par les raids nocturnes, les échanges de tirs et les frappes aériennes.

Pour l’instant, rien n’indique un retrait israélien de la zone tampon mise en place en Syrie. Au contraire, les responsables de la défense expliquent que l’incident renforce la conviction qu’il faut maintenir une présence robuste le long du mont Hermon et dans les villages syriens proches du Golan. Entre la nécessité de protéger ses frontières et le risque d’escalade régionale, Israël poursuit une stratégie de pression constante contre les groupes armés, dont Jamaa Islamiya, tout en sachant que chaque opération peut, en quelques secondes, transformer un raid ciblé en bataille ouverte.

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