En Israël, la solitude tue dans le silence
Un phénomène silencieux et profondément inquiétant gagne du terrain en Israël : celui de personnes décédant seules à leur domicile, sans que leur disparition ne soit remarquée avant de longues semaines. Les données récemment communiquées par l’organisation de secours ZAKA dressent le portrait d’une réalité sociale de plus en plus lourde, marquée par l’isolement, la rupture des liens familiaux et une solitude extrême touchant toutes les catégories de la population.
Selon le bilan annuel établi par ZAKA, 213 corps en état de décomposition avancée ont été découverts à travers le pays au cours de l’année écoulée. Ce chiffre représente une hausse de 8 % par rapport à 2024, confirmant une tendance déjà observée les années précédentes. Derrière ces statistiques se cachent des histoires individuelles, souvent tragiques, d’hommes et de femmes décédés dans l’indifférence la plus totale.
Dans la majorité des cas recensés, les victimes vivaient seules. Leur décès est passé inaperçu pendant plusieurs jours, parfois plusieurs semaines, jusqu’à ce que des voisins alertent les autorités à cause d’odeurs inhabituelles ou qu’un proche s’inquiète d’un silence prolongé. Tel-Aviv arrive en tête des villes les plus touchées, avec environ 57 corps retrouvés dans un état critique, reflet d’une grande métropole où l’anonymat peut devenir un piège mortel. En parallèle, 44 corps ont été découverts en extérieur, dans des terrains vagues, des parcs ou des zones isolées.
ZAKA qualifie cette situation de « fléau silencieux », soulignant que le phénomène ne cesse de s’aggraver d’année en année. Son porte-parole, Israel Hasid, alerte sur une réalité humaine souvent ignorée : « Ce sont des hommes et des femmes qui vivent une situation tragique. Ne soyez pas indifférents aux personnes âgées, gardez le contact avec elles. Un simple appel téléphonique peut parfois sauver une vie. » Ce message, martelé par les volontaires, vise à réveiller les consciences face à l’isolement croissant de nombreux citoyens.
Plusieurs interventions récentes illustrent la gravité de la situation. En octobre, les équipes de ZAKA ont été appelées dans un appartement d’Ashkelon, où le corps d’un homme a été retrouvé réduit à l’état de squelette, signe qu’il était décédé depuis une période très longue. Les volontaires décrivent une scène glaçante, traitée avec dignité et respect, mais révélatrice d’un abandon total. Quelques mois plus tôt, en juillet, un homme de 56 ans a été découvert dans son logement à Rishon LeZion, près de deux ans après sa disparition. L’alerte avait été donnée par sa sœur, inquiète de ne plus avoir de nouvelles depuis des mois.
Ces cas extrêmes mettent en lumière une problématique qui dépasse la seule dimension sanitaire ou sécuritaire. Ils interrogent le lien social en Israël, dans un pays pourtant réputé pour la solidarité communautaire. Le vieillissement de la population, la précarité, les ruptures familiales, mais aussi la pression économique et le rythme urbain contribuent à fragiliser des individus qui disparaissent progressivement des radars sociaux.
Face à cette réalité, ZAKA appelle à une responsabilité collective. Maintenir un contact régulier avec des proches isolés, prêter attention aux voisins âgés ou solitaires, signaler une absence prolongée : autant de gestes simples qui peuvent éviter que des décès ne passent inaperçus. Derrière chaque chiffre se cache une vie, et derrière chaque silence, parfois, une tragédie évitable.
Jforum.fr
Similaire
La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.
La source de cet article se trouve sur ce site

