Ma’ariv | Dr Anat Hochberg-Marom
L’Europe abandonne l’Iran — sur les plans politique, militaire et économique. C’est une excellente nouvelle pour Washington et Jérusalem, mais beaucoup moins pour Moscou et Téhéran, qui pourraient réagir par des mesures de rétorsion.
Dr Anat Hochberg-Marom
L’escalade des tensions entre l’Iran et les États-Unis, combinée à la décision de l’Union européenne de classer les Gardiens de la Révolution (IRGC) comme organisation terroriste — suivant ainsi les pas de Washington (2019) et du Canada (2024) — marque un changement drastique de la politique européenne envers Téhéran. Presque du jour au lendemain, l’Europe a perdu son statut de médiateur entre Washington et le régime iranien, précisément au moment où se prennent des décisions cruciales pour l’avenir de l’Iran.
Que le président américain Donald Trump choisisse la voie des négociations ou celle d’une confrontation militaire directe, l’Europe ne dispose plus d’aucun levier de pression réel sur Téhéran. Elle dépend désormais du parapluie de défense américain pour les routes commerciales du Golfe Persique et du régime de sanctions américain — d’une valeur d’environ 20 milliards d’euros par an — qui force des géants comme TotalEnergies et Siemens à se retirer de projets communs avec l’Iran, subissant des pertes et des amendes se comptant en milliards.
La fin de trente ans de conciliation
En d’autres termes, l’Union européenne a perdu sa capacité à proposer une aide économique, à offrir des garanties de sécurité ou à construire des canaux de communication avec Téhéran. Après trois décennies d’une doctrine conciliante — mêlant une pression technico-militaire limitée à un dialogue diplomatique permanent — l’UE a choisi de « s’aligner » sur l’approche ferme de Washington.
Plusieurs facteurs ont approfondi cette rupture :
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L’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022 et le renforcement de l’axe Moscou-Téhéran.
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L’échec des discussions sur le nucléaire en 2023.
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Le retour des sanctions internationales en 2025.
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La répression sanglante des manifestations en Iran, entraînant le massacre de dizaines de milliers de citoyens.
Un nouvel espace de risques
L’effondrement de la politique européenne, le rapprochement avec Trump et le soutien à une possible action militaire augmentent considérablement l’exposition de l’Europe aux risques géo-stratégiques :
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Dépendance énergétique : L’Europe dépend à 40% des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar transitant par le Golfe. L’accélération du programme REPowerEU vise à remplacer le gaz russe et iranien par du gaz américain (qui fournit déjà environ 40% des besoins).
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Sécurité maritime : L’UE a dû augmenter ses dépenses de défense de 50 milliards d’euros d’ici 2027 pour protéger les routes commerciales, dépendant de l’OTAN et de la 5ème flotte américaine.
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Menaces de rétorsion : La position de Bruxelles l’expose à des vengeances iraniennes : accélération de l’enrichissement d’uranium, attaques de drones contre des pétroliers en Mer Rouge, sabotage de câbles sous-marins et cyberattaques sur les infrastructures énergétiques.
L’impact économique et le rôle d’Israël
Une fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran pourrait faire bondir le prix du pétrole au-delà de 120 dollars le baril et entraîner une hausse de 3% de l’inflation européenne.
Cependant, la création d’un axe énergétique alternatif profite à Israël. L’exportation de gaz israélien (via les gisements Leviathan ou Tamar) vers l’Europe, à hauteur de 10 à 15 milliards de m³ via le gazoduc EastMed, génère des revenus de 5 à 7 milliards de dollars pour Israël et renforce son statut de partenaire stratégique majeur.
Conclusion : Une opportunité pour Israël
L’adoption d’une ligne européenne dure n’est pas qu’un geste symbolique. Elle bloque l’accès de Téhéran aux marchés européens et freine ses avancées nucléaires et balistiques par des sanctions technologiques.
Malgré les risques de cyberattaques, l’alignement de l’Europe sur les États-Unis et Israël renforce la légitimité internationale des actions israéliennes. Cela approfondit également la coopération sécuritaire dans des domaines de pointe (défense aérienne, cyber). Par exemple, des projets conjoints entre Siemens ou Airbus et des entités israéliennes renforcent l’avantage technologique de l’État hébreu face aux menaces des Houthis et du Hezbollah.
Ce renforcement de l’axe Washington-Europe-Israël face à l’Iran offre à Israël une occasion réelle de consolider son statut régional et pourrait redessiner durablement la carte des rapports de force au Moyen-Orient.
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