En réponse aux attaques israélo-américaines en Iran, Téhéran a annoncé le blocage complet du détroit d’Ormuz, un bras de mer par lequel passe 20% de la production mondiale d’hydrocarbures. Si ce blocage ne devrait pas impacter directement la France, quelques répercussions sont toutefois attendues dans l’Hexagone.
«Le détroit d’Ormuz est sous le contrôle total de la marine» iranienne, ont annoncé ce mercredi les Gardiens de la révolution, cités par l’agence Fars, au cinquième jour de la guerre qui oppose l’Iran à Israël et aux États-Unis. Large de 55 kilomètres, ce bras de mer est un passage obligatoire pour plus d’un cinquième du pétrole et du gaz mondial, en provenance des plus grands pays exportateurs que sont l’Iran, l’Irak, le Koweït, le Qatar, et les Émirats arabes unis.
Si la France, qui importe majoritairement son pétrole régional d’Arabie saoudite, ne devrait pas être directement concernée par le blocage, la forte hausse de la demande en direction du Royaume de Mohammed ben Salmane pourrait néanmoins créer un phénomène de rareté, conduisant à une flambée des prix du baril. À ce stade, seule une hausse de quelques centimes du prix du carburant a été observée en France, mais la situation demeure pour le moins incertaine.
Si l’Arabie saoudite, qui fait face à une explosion de la demande mondiale, peut directement faire transiter son pétrole jusqu’en Europe via le canal de Suez, la sur-demande de tous les pays qui s’approvisionnaient depuis l’Iran, l’Irak, le Koweït, le Qatar, ou les Émirats arabes unis, peut provoquer une augmentation de la production et des retards dans l’acheminement. Une demande qui augmente face à une offre qui diminue a pour conséquence une hausse des prix dans les pays importateurs.
«Pas de pénurie nationale», promet le gouvernement
Le prix de l’essence «augmente de quelques centimes actuellement», a confirmé ce mercredi le ministre de l’Économie Roland Lescure. Une hausse «normale compte tenu de la hausse du prix du pétrole». D’après les relevés quotidiens des prix des stations centralisés par Bercy, le litre de SP95-E10 se vend ce mercredi en moyenne pour 1,77 euro, 5 centimes de plus que le 27 février, veille des premières frappes en Iran.
Roland Lescure a toutefois appelé à «garder son sang-froid». «Il n’y aura pas de pénurie nationale», a-t-il tempéré. «Pour la suite, cela dépendra de l’intensité du conflit», a-t-il déclaré, assurant qu’il n’y avait «aucun risque de rupture d’approvisionnement» en carburants en raison de «stocks» et d’importations diversifiées.
En 2024, l’Amérique du Nord est devenue la première région d’origine du pétrole brut importé en France, avec 23% du total, à la suite de la hausse importante des livraisons depuis les États-Unis (+33% entre 2023 et 2024). L’Afrique subsaharienne (principalement le Nigéria et l’Angola) représente 21% du marché en 2024. Elle est suivie par l’Afrique du Nord (17%). Vient ensuite le Moyen-Orient, avec environ 15% des importations dont près de la moitié en provenance de l’Arabie saoudite.
Les distributeurs anticipent
Dimanche soir, Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E.Leclerc, qui sont leaders français de la grande distribution, avait estimé sur X qu’une «nette hausse des marchés» d’hydrocarbures était «à prévoir».
L’enseigne assure mercredi n’avoir pas de problème pour le réapprovisionnement des cuves de ses stations-service, bien que «le début de semaine a été marqué par un phénomène d’achats de précaution et une demande deux fois supérieure à la normale».
Du côté des Mousquetaires/Intermarché, «on remarque, depuis le début de la semaine, une hausse de 50% en volume» des ventes de carburant, a indiqué le distributeur.
Dans ce genre de situation, les consommateurs ont tendance à anticiper d’éventuelles hausses et pénuries en s’approvisionnant plus tôt qu’ils ne l’auraient fait habituellement, ce qui peut entraîner des files d’attente voire quelques ruptures temporaires.
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