Des milliers de morts ; l’Iran reconnaît le massacre

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Des milliers de morts ; l’Iran reconnaît le massacre

L’aveu est venu du sommet du pouvoir iranien, sans détour ni tentative réelle d’atténuation. Pour la première fois depuis le début de la vague de contestation qui secoue le pays, le guide suprême Ali Khamenei a reconnu publiquement que « plusieurs milliers de morts » avaient été recensés lors de la répression des manifestations. Une reconnaissance tardive, mais lourde de sens, qui confirme l’ampleur d’un bain de sang que la République islamique s’efforçait jusque-là de minimiser, voire de nier.

Dans son intervention diffusée par les médias d’État, Khamenei n’a toutefois exprimé ni regret ni remise en question. Fidèle à une rhétorique bien rodée, il a imputé la responsabilité des violences aux États-Unis et à Israël, décrivant les manifestants comme des « criminels », des « mercenaires » et des mohareb, des ennemis de Dieu. En droit iranien, cette qualification ouvre la voie à la peine capitale. Le message est clair : toute contestation intérieure est assimilée à une agression étrangère et traitée comme telle.

Cette stratégie n’est pas nouvelle. Depuis plus de quarante ans, la survie de la République islamique repose sur un triptyque immuable : répression interne brutale, désignation d’un ennemi extérieur et pari sur l’hésitation de la communauté internationale. Lorsque les Iraniens descendent dans la rue pour dénoncer l’inflation, la corruption ou l’effondrement du niveau de vie, la réponse du régime est militaire. Lorsque les morts s’accumulent, Téhéran accuse l’étranger, certain que l’indignation mondiale restera sans conséquences concrètes.

Les troubles actuels constituent pourtant l’un des défis les plus graves pour le pouvoir depuis les manifestations déclenchées par la mort de Mahsa Amini en 2022, et peut-être depuis l’instauration du régime en 1979. Les estimations divergent fortement : les autorités parlent d’environ 5 000 morts, tandis que des organisations de défense des droits humains avancent un chiffre dépassant les 16 000 victimes, sans compter des dizaines de milliers d’arrestations. À plusieurs reprises, l’accès à Internet a été coupé afin d’empêcher la coordination des protestations et de dissimuler l’ampleur de la répression.

Malgré ces éléments, la réaction internationale reste marquée par une prudence extrême. Les condamnations verbales se succèdent, soigneusement calibrées, mais elles ne sont suivies d’aucune mesure significative. Aucune ambassade iranienne n’a fermé ses portes. Aucun ambassadeur n’a été rappelé. Les relations diplomatiques se poursuivent presque normalement, tandis que les autorités iraniennes menacent ouvertement de sanctions exemplaires et d’exécutions de masse.

Dans les instances internationales, l’Iran continue d’être traité comme un interlocuteur légitime. À l’ONU, les déclarations de préoccupation n’ont débouché ni sur une résolution contraignante ni sur un mécanisme d’enquête indépendant de grande ampleur. Cette absence de coût réel est perçue à Téhéran comme une confirmation : la répression peut continuer sans risque majeur.

Face à ce silence, des manifestants iraniens ont lancé des appels directs à l’étranger. Des pancartes et des messages vidéo adressés au président américain Donald Trump et au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu ont circulé, appelant à une aide concrète. Ces deux dirigeants sont cités car ils ont exprimé un soutien plus explicite aux manifestants, Trump allant jusqu’à avertir que les massacres auraient des conséquences.

Le régime a réagi en durcissant son discours, menaçant de répondre par la force à toute intervention étrangère. Ce réflexe traduit la crainte d’un pouvoir fragilisé, mais aussi sa conviction profonde que le temps joue en sa faveur. Chaque jour sans réaction forte permet aux forces de sécurité de se réorganiser, aux prisons de se remplir et à la peur de s’installer durablement.

En accusant une prétendue ingérence étrangère, le régime cherche aussi à masquer la réalité : une contestation née de griefs économiques et sociaux profonds. Cette construction narrative offre le prétexte nécessaire pour justifier des violences de masse. Après plus de trois décennies au sommet de l’État, Khamenei connaît parfaitement ce mécanisme. La véritable question reste ouverte : pourquoi le monde continue-t-il de lui laisser croire que ce pari peut encore fonctionner ?

Jérémie de Jforum.fr

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